Belgique

Prévu de longue date, et on vous l'annonçait la semaine dernière, un conseil d'entreprise extraordinaire a lieu ce lundi matin, à 9h30, au sein du groupe Mestdagh. Ce conseil est consacré aux "difficultés rencontrées par l'entreprise ainsi que leurs éventuelles conséquences sur l'emploi", avait annoncé le groupe.

Ce dernier connaît effectivement, comme d'autres enseignes actives dans la distribution, une période difficile.

Cette réunion est toujours en cours mais on apprend déjà de source syndicale que le groupe prévoit de supprimer 450 emplois sur les plus de 2700 qu'il compte. Aucun des 83 supermarchés ne devrait fermer mais ils ouvriront dorénavant le dimanche. Il sera demandé à l'avenir au personnel une polyvalence étendue et le quart d'heure de pause payé sera supprimé.

L'entreprise, présente principalement en Wallonie et à Bruxelles, avait vu l'arrivée du Français Guillaume Beuscart à la tête du groupe le 1er mars dernier, John et Éric Mestdagh ayant laissé la main.

Malgré un chiffre d'affaire d'environ 700 millions d'euros, le groupe est en perte depuis quatre ans et une restructuration était prévue afin de réagir aux modifications des habitudes de consommation, selon le groupe.

Mryiam Delmée, vice-présidente du Setca en charge du commerce, a publié ce tweet :

La direction veut réduire ses frais de personnel, plus élevés que la moyenne du marché

BRUXELLES 07/05 (BELGA)La direction du groupe Mestdagh entend se séparer de 450 travailleurs sur les quelque 2.500 actuellement engagés. Les départs volontaires et à la prépension seront privilégiés, a fait savoir lundi la direction par voie de communiqué. Elle ajoute que la part des frais de personnel dans ses magasins est plus élevée que la moyenne du marché, à 16,3% du chiffre d'affaires des magasins. La direction a présenté lundi au cours d'un conseil d'entreprise extraordinaire à Gosselies un plan de transformation aux organisations syndicales.

"Mestdagh subit la concurrence de plus en plus grande des 'smart discounters' (Aldi et Lidl notamment, NDLR). Par ailleurs, l'e-commerce est une tendance de fond qui séduit de plus en plus de consommateurs. Mestdagh doit absolument s'adapter aux nouvelles tendances de consommation des clients", explique la direction. Selon elle, le consommateur demande des produits simples à utiliser, conçus localement et plus sains.

L'ouverture dominicale est envisagée, les clients prenant "de plus en plus l'habitude de faire leurs grandes courses alimentaires le week-end, et notamment le dimanche". La direction attend de ses effectifs restants "une vraie polyvalence".

Le groupe compte 83 Carrefour Market dont 7 à Bruxelles et 2 en Flandre. Aucune enseigne ne va fermer ses portes. Mestdagh a l'intention d'investir 21,2 millions d'euros dans tous les magasins d'ici 2020. Les responsables du groupe veulent redynamiser les ventes en investissant dans les rayons boucherie/traiteur, le frais, les fruits et légumes et la boulangerie.

La direction envisage encore de développer "une offre de service multi-canal, (...) incluant notamment un déploiement plus large des Drives (5 sont déjà prévus pour 2018), le déploiement de service de retraits d'achat dans les magasins et le développement de la livraison à domicile au départ de certains points de vente".

La direction a qualifié les résultats du groupe Mestdagh de "décevants" l'an dernier, en perte pour la sixième année consécutive. "Le chiffre d'affaires des magasins intégrés ne cesse de baisser depuis 6 ans (de -2% annuellement, avec une accélération à -5,3% en 2017), la structure de coûts est trop élevée et ne permet pas de garantir la pérennité de la société."

Les syndicats frappés par la lourdeur des mesures

Les syndicats ont réagi vivement lundi en fin de matinée aux mesures que le groupe Mestdagh venait de leur annoncer lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire. "C'est tragique, voire plus que tragique", a indiqué Danny Dubois, permanent CSC. "J'hésite entre étonnement et 'assommement'", a indiqué pour sa part Myriam Delmée, vice-présidente du SETCa. Dans un communiqué, la CNE a annoncé que "la majeure partie des magasins" avaient débrayé lundi ou étaient sur le point de le faire. La suppression de 450 emplois va obliger les magasins à fonctionner avec 10 à 15 travailleurs en moins, selon les syndicats. "Dans certains magasins, cela représentera la suppression d'un quart, voire d'un tiers du personnel", a indique Myriam Delmée. Selon elle, la charge de travail va augmenter d'autant plus pour le personnel restant que le recours à l'intérim va diminuer. "Le personnel ne va jamais tenir", a indiqué Danny Dubois.

A la décision de supprimer 450 emplois s'ajoutent d'autres mesures comme la suppression du quart d'heure payé, l'ouverture des magasins le dimanche, la polyvalence. "L'ouverture des magasins le dimanche, c'est une forme de double peine. Comment faire fonctionner des magasins avec moins de monde et un jour d'ouverture en plus?", s'est interrogé Danny Dubois, qui pointe en outre pour le personnel la difficulté de ménager vies professionnelle et privée avec l'ouverture dominicale décidée.

Selon Danny Dubois, le groupe Mestdagh a historiquement dissocié les tâches à la caisse et celles dans les rayons. "C'est une profonde évolution que d'imposer désormais la polyvalence comme les hard discounters", a-t-il indiqué.

"Plus de produits frais, de produits traiteurs, de circuits courts, de bio, un peu d'e-commerce, c'est très bien mais le plan de la direction est essentiellement basé sur des économies qui impactent le personnel", a indiqué Myriam Delmée. La vice-présidente du SETCa n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle la direction du groupe Mestdagh a surdimensionné ses mesures pour se laisser de la marge durant les négociations. "Peut-être mais même amoindries, les mesures annoncées sont très lourdes", a-t-elle indiqué.

Le groupe doit limiter le nombre de licenciements, réclame Charles Michel

La direction du groupe Mestdagh, qui a annoncé lundi un important plan de transformation, doit assumer ses responsabilités et mettre "tout en œuvre" pour limiter le nombre de licenciements, réagit le Premier ministre Charles Michel dans un communiqué. Le gouvernement fédéral est en contact avec la direction et les syndicats. Le groupe Mestdagh entend se séparer de 450 travailleurs sur les quelque 2.500 actuellement engagés mais aucune enseigne ne fermera ses portes. Les employés de nombreux magasins Carrefour Market (Groupe Mestdagh) ont débrayé après l'annonce de cette restructuration lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire.

Dans un communiqué, le Premier ministre Charles Michel et le ministre de l'Economie Kris Peeters expriment "leur soutien" aux travailleurs et à leurs familles. Ils soulignent quel l'employeur devra "assumer ses responsabilités", notamment en matière d'accompagnement des travailleurs licenciés, et mettre "tout en oeuvre" pour limiter le nombre de licenciements.

Le gouvernement s'engage à suivre la situation "au plus près" et à soutenir les travailleurs concernés. "Il étudiera avec les Régions toutes les pistes légales et envisageables" pour les accompagner, poursuit le communiqué.

Kris Peeters ajoute qu'il a pris contact avec les syndicats et souhaite que la procédure Renault démarre dans les plus brefs délais. "Dans le cas d'une telle restructuration, la phase initiale est primordiale", explique-t-il. "L'expérience démontre qu'une concertation avec les syndicats permet dans de nombreux cas de trouver des alternatives et de sauver des emplois." Le ministre souhaite une analyse approfondie sur les alternatives aux licenciements secs.