Belgique Carnavals, Grands Feux, Laetare et autres mascarades, vous saurez tout sur ces fêtes qui célèbrent la fin de l’hiver.

Ce week-end, la Belgique vibre au rythme des jours gras. L’occasion de se pencher sur cette tradition des fêtes de fin d’hiver dans nos contrées.

"Ces rituels masqués ou mascarades prennent leurs racines dans d’anciennes fêtes païennes et sont communes à tout l’espace européen. Elles ont pour but de célébrer la fin de l’hiver et le début du printemps", explique Clémence Mathieu, directrice du Musée international du Carnaval et du Masque. "Vers le XIe siècle, l’église chrétienne a voulu canaliser ces fêtes païennes en les plaçant dans le cadre des jours gras mais on remarque encore aujourd’hui des rituels masqués, qui ont lieu (de la fin novembre jusqu’à la mi-mars - début avril), en dehors des jours gras. Il s’agit d’une période de réjouissance avant le carême ; c’est le moment de faire la fête avant la diète et le jeûne. Les laetares et autres carnavals de mi-carême témoignent de ces éléments anciens qui n’ont pas réussi à se calquer dans le calendrier chrétien. Ces fêtes se calent dans le calendrier mais sont contraires au sens réel du Carême."

Quant aux Grands Feux, ils prennent eux aussi leurs origines dans la tradition païenne : "Le feu, c’est la symbolique du renouveau. Dans les Carnavals, on voit parfois le brûlage à la fin du mardi gras, par exemple, à La Louvière, on brûle les bosses du Gilles. Parfois c’est un bonhomme Carnaval ou un bonhomme hiver qui est symbolisé par un mannequin. On rejette les fautes de la communauté sur ce personnage avant de le brûler."

La figure du Prince du Carnaval se retrouve au centre des festivités en divers endroits. "C’est le moment où on peut se permettre des choses qu’on ne se permettrait pas en temps normal. Dans la Rome ancienne, il y avait déjà des festivités, notamment les Saturnales, où l’ordre des choses était renversé : les esclaves devenaient les maîtres et les maîtres devenaient des esclaves. On le voit encore aujourd’hui dans certains Carnavals. Par exemple à Alost, le bourgmestre remet les clefs de la ville au Prince Carnaval. Il y a aussi l’inversion des genres : les hommes se travestissent en femmes. Enfin, il y a aussi la symbolique de la critique politique, qu’on voit à Alost où des chars politiques font la critique de l’année écoulée."

D’autres personnages emblématiques ou gestes typiques sont communs aux Carnavals. C’est le cas par exemple "du fait de frapper les passants avec soit des vessies de porc - comme à Malmedy - soit des fouets où, alors, on attrape les femmes. Ça, ça relève de la symbolique du diable". Car, rappelle Clémence Mathieu, le Carnaval, c’est un peu comme Halloween. "C’est un moment où on considère que les enfers s’ouvrent et que les diables, les sorcières, les démons, les morts, les squelettes, reviennent hanter les vivants. C’est le moment ou ces diables peuvent ennuyer le monde autour d’eux. Au Luxembourg, par exemple, on a les Macralles de Vielsalm, c’est la symbolique de la sorcière et du feu. Cet aspect diabolique se retrouve dans d’autres pays d’Europe. En Autriche, les diables sont déguisés en peaux de bêtes, d’ours ou de moutons. Les masques sont faits avec des cornes, des peaux… ce sont des masques effrayants."

La distribution des fameuses oranges ou plus simplement des bonbons n’est pas récente n’ont plus. "Dans des périodes plus anciennes, en Europe, des processions passaient de maison en maison et faisaient don de nourriture aux habitants. Ça se fait encore en Roumanie ou en Bulgarie. C’est le sacrifice de dire : "Je donne quelque chose pour attirer à moi la bienveillance des Dieux". Ça a un sens très ancien. À Binche, on pense que c’était probablement des pommes ou des morceaux de pain, de la nourriture locale. On a décidé de mettre des oranges quand la cité s’est embourgeoisée au XIXe siècle - Binche était un centre de confection de textile important qui a pris son essor à cette période - pour montrer le caractère précieux du don. Ces oranges étaient importées et avaient donc un coût plus important qu’une nourriture locale. "

Pour en savoir plus sur le Carnaval, rendez-vous au Musée international du Carnaval et du Masque de Binche. www.museedumasque.be - Tél. : 064/33.57.41. Retrouvez le calendrier complet des Carnavals en Wallonie sur le site Web walloniebelgiquetourisme.be.

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Binche au cœur de la tradition

L’une des spécificités du Carnaval de Binche réside dans son caractère rituel et codifié. Pour cause, c’est ici que le personnage du Gilles est né. Le mardi gras, le public regarde le cortège défiler mais ne participe pas. Les Gilles ont d’ailleurs une série de règles à respecter ce jour-là : ils ne peuvent pas boire ni embrasser leur femme. Selon la légende, le Gilles et ses plumes viendraient des Incas. Ces derniers seraient apparus en costume lors de fêtes organisées par Marie de Hongrie en 1549 - à l’époque de la conquête des Amériques - pour accueillir son frère, Charles Quint. Les Binchois auraient conservé leurs costumes. Bien qu’ayant remporté un franc succès, cette légende ne tient pas la route. Le Gilles est en fait un personnage qui a été influencé par la commedia dell’arte. Dans son costume, on retrouve le Polichinelle par le fait qu’il est bossé ; il a une collerette, des manchettes et des guêtres comme le Pierrot ou le Gilles, l’un des personnages secondaire du théâtre italien. Enfin, le masque du Gilles - un visage figuratif portant moustache et petites lunettes - représente un homme bourgeois. C’était un masque en vogue dans les années 1900 en Europe. Le chapeau a pris de l’ampleur avec l’ajout de plumes d’autruches importées au moment de l’embourgeoisement de la cité.

Aux côtés du Gilles, on retrouve trois costumes de fantaisie : les paysans, les pierrots et les arlequins portés par des groupes d’enfants. Grande nouveauté cette année, le personnage du marin refait son apparition après 30 ans d’absence.

Le Cwarmê de Malmedy

Le Cwarmê - carnaval, en wallon - de Malmedy est un cortège participatif au cours duquel les différents personnages taquinent le public. À ce jeu, Lu long-né - les longs nez - ne sont pas en reste. Quand ils jettent leur dévolu sur une victime, ils la suivent et la singent sans relâche jusqu’à ce que celle-ci leur paie un verre pour en être quitte. Lors du cortège du dimanche - temps fort des festivités et unique journée où les masques traditionnels sont de sortie - chaque personnage a un rôle à jouer. Autre personnage emblématique, Lu Haguète - la Haguète - est un ancien travestissement. Son costume en velours est garni de bouillonnées de satin brodé de galons argentés ou dorés, des franges au masque, aux manches, au pantalon. Elle porte un bicorne français empanaché de plumes d’autruches, une cagoule. Enfin le dos de la veste comporte un aigle bicéphale du Saint-Empire Romain de la nation germanique. La Haguète est armée d’un hape-tchâr - un happe-chair - avec lequel le masque saisit les spectateurs à la cheville et les oblige à mettre un genou à terre pour exiger le pardon.

Le lundi est la journée des rôles : des revues satiriques jouées sur des tréteaux en extérieur - en wallon - qui se moquent de ce qui est arrivé aux Malmédiens et aux politiques au cours de l’année écoulée. Les festivités se clôturent le mardi avec le brûlage de la Haguète.