Belgique

Nordin Jbari, Mbaye Leye et Pierre Migisha font tous trois partie du paysage médiatique belge. A la suite de la publication d'une vidéo de Cécile Djunga, excédée par les critiques racistes dont elle est la cible, ils nous ont livré leurs réactions.


Nordin Jbari: premier Diable Rouge originaire du Magreb

"On dit trop vite que ce n’est pas grave"

"Les gens doivent comprendre que nous sommes Belges. Avec des origines dont nous sommes fiers, mais Belges ! OK, il ne faut pas se victimiser, c’est un autre problème. Mais il ne faut certainement pas tolérer ça. Le racisme est toujours là et on a tendance à l’oublier. Ça allait mieux ces dernières années mais la crise financière, la situation géopolitique et tout le reste n’ont fait que laisser plus de place au racisme. Je suis à 100 % avec Cécile Djunga. Ne banalisons pas ce qui lui arrive. On dit trop vite que ce n’est pas grave une remarque raciste alors que c’est méchant. Tu as le droit d’être raciste, on est en démocratie, pas au Goulag, mais il ne faut pas que ça touche quelqu’un."

Mbaye Leye: consultant RTL

"Des messages de Blacks…"

"J’ai aussi été confronté à ce genre de remarques quand j’ai commencé, lors de la première année. Vous seriez surpris d’où cela peut venir. En fait, les messages venaient essentiellement d’autres Blacks , principalement des jeunes qui n’avaient même pas la trentaine et qui disaient que j’étais trop noir alors qu’eux le sont aussi, ils disaient qu’on ne me voyait pas… Avec les réseaux sociaux, c’est tellement facile pour dire ou écrire des choses. Il n’y a quasiment aucune impunité, les législateurs des réseaux devraient faire la police. Depuis, cela s’est calmé en les ignorant. Et puis, la compétence annihile tout cela."

Pierre Migisha: "Un Noir à la télévision, c’est bizarre"

Pierre Migisha a aussi connu les affres des remarques racistes blessantes, lui qui fut l’une des premières personnes de couleur à apparaître à l’écran en Belgique. "Je me souviens d’une des premières fois où j’ai fait un face caméra durant le journal télévisé, donc quand même vu par des centaines de milliers de personnes, raconte-t-il. Une téléspectatrice avait appelé le rédacteur en chef de l’époque pour lui dire : ‘J’ai regardé le journal et j’ai vu un Noir.’ Le rédacteur en chef lui a répondu : ‘Oui, et alors ?’ La personne a poursuivi en lui disant : ‘Oui mais je voulais juste vous dire qu’il y avait un Noir à la télé et que je trouvais ça bizarre.’"

"Ce sont des attaques blessantes, gratuites et ignobles, d’ailleurs souvent anonymes et donc lâches, martèle l’ex-journaliste sportif. Je suis outré et révolté que cela puisse encore arriver aujourd’hui dans notre pays qui est un exemple, je pense, de multiculturalité. Nous avons des Diables rouges black-blanc-beur, des artistes en tout genre, des membres politiques de couleur, des ministres qui sont d’origine étrangère, un bourgmestre d’origine turque en Région Bruxelloise… Comment est-il encore possible aujourd’hui de s’abaisser à de telles pratiques ? C’est ça qui me révolte."