Belgique

Eric Parmentier et Jérémy Wintgens se disputaient le rôle de leader dans un rapport de force, a estimé mercredi un psychologue devant la cour d'assises de Liège. Cet expert a analysé la dynamique qui existait dans le groupe des accusés pour tenter d'expliquer pourquoi ils ont été entraînés dans un emballement de violences qui a permis une décharge d'agressivité jusqu'à la mise à mort d'Ihsane Jarfi. Ihsane Jarfi (32 ans), disparu la nuit du dimanche 22 avril 2012, avait été retrouvé mort le 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier sont accusés de l'avoir assassiné parce qu'il était homosexuel.

Le psychologue Serge Garcet a tenté d'expliquer les différents rapports qui existaient entre les quatre accusés et la dynamique de groupe qui a pu influencer le déroulement des faits. L'expert a reconstitué le scénario le plus plausible qui s'est déroulé le 22 avril. Il s'agit d'une analyse tracée sur base d'hypothèses mais réalisée à travers les connaissances professionnelles de cet expert.

Serge Garcet a relevé que, dans le groupe des quatre accusés, il existait une rivalité entre Eric Parmentier et Jérémy Wintgens, deux structures psychopathiques. Parmentier se positionnait dans ce groupe comme un leader mais Wintgens, manipulateur, revendiquait cette position de leader. Il aurait aimé subtiliser cette position occupée par Parmentier.

Le psychologue a résumé, sur le plan psychologique, la succession d'événements qui se sont produits la nuit des faits quelques heure après que Wintgens fête son anniversaire. Cet événement lui avait permis de se mettre en avant et de bénéficier d'une inflation narcissique. Une bagarre est survenue, lors de laquelle Eric Parmentier est intervenu pour y mettre fin. C'est ce dernier qui, dans un jeu de pouvoir, a mis un terme à la bagarre et a maîtrisé Wintgens. L'un des leaders du groupe a donc pris l'ascendant sur l'autre.

Plus tard dans la soirée, lorsque les accusés ont abordé une fille dans la rue, c'est Jérémy Wintgens qui s'est exprimé et a pris le dessus dans le groupe. Il avait le besoin de se montrer. Après cet épisode, les accusés ont embarqué Ihsane Jarfi dans leur voiture. Il se serait alors produit la scène lors de laquelle Ihsane Jarfi a formulé des propositions homosexuelles, soit par jeu ou pour tenter de dédramatiser, sous une forme d'humour, une situation dans laquelle il se sentait menacé.

Confronté à une proposition de fellation de la part d'un homosexuel, Eric Parmentier n'aurait pas accepté qu'on touche à son intégrité virile. Il aurait porté les premiers coups à Ihsane Jarfi sous l'impulsion provoquée par cette frustration. Jérémy Wintgens, qui ambitionnait le rôle de leader, aurait senti l'obligation de réagir. "En frappant le premier, Eric Parmentier avait donné le feu vert et volé la vedette à Jérémy Wintgens. Wintgens, devant un public constitué de Lekeu et de Kizilaslan, avait besoin de se mettre en scène. Il a déclenché sa propre violence et l'emballement de la scène", a analysé le psychologue.

Jonathan Lekeu, à la recherche d'une reconnaissance face à ses modèles, et Mutlu Kizilaslan, réfractaire aux homosexuels, auraient frappé à leur tour. Le psychologue Serge Garcet voit dans l'attitude de Jonathan Lekeu une violence débridée de la part d'un élève qui aurait voulu dépasser le maître.

Plus loin dans l'expédition qui a coûté la vie à Ihsane Jarfi, Eric Parmentier serait intervenu pour mettre fin à la scène. Le psychologue analyse cette démarche comme celle d'un leader qui reprend le contrôle de son groupe et fait un rappel à la hiérarchie en utilisant une agressivité plus froide et psychopathique.