Belgique
Le roi des Belges Albert II a consacré les vingt années de son règne a défendre la cohésion d'un royaume menacé par les conflits entre communautés et faire face à une contestation croissante de sa fonction en Flandre.

Né le 6 juin 1934, le deuxième fils de Léopold III et de la reine Astrid était devenu le roi Albert II, sixième monarque belge, le 9 août 1993, après le décès inopiné de son frère le roi Baudouin, qui n'a pas eu d'enfant.

A l'époque les Belges avaient été surpris par l'accession au trône, à 59 ans, de celui qui avait été pendant plus de 30 ans le "super-ambassadeur" du commerce extérieur belge. Le royaume s'était en effet fait à l'idée que le fils aîné d'Albert, Philippe, succèderait le jour venu à son oncle Baudouin.

De plus Albert, bon vivant, amateur de bons mots et de grosses cylindrées, "n'avait pas la vocation sacrificielle de son frère", souligne le biographe de la monarchie Patrick Roegiers.

Pourtant, chez celui qui avait épousé en 1958 une ravissante aristocrate italienne, Donna Paola Ruffo di Calabria, "le sens du devoir a pris très vite le dessus", relève un autre chroniqueur royal, Christian Laporte.

Moins intéressé par les arcanes de la vie politique que son aîné, Albert II perçoit néanmoins mieux que d'autres la détresse des Belges lorsque qu'éclate la terrible "affaire Dutroux" en 1996.

En recevant les victimes survivantes du pédophile et les familles des enfants assassinés, au soir d'une "Marche Blanche" ayant rassemblé des centaines de milliers de Belges dans les rues de Bruxelles, "il ne fait pas de doute que le roi a sauvé les institutions", assure Christian Laporte.

Albert II a également été le premier roi de la "nouvelle Belgique", qui adopta en 1993 une constitution fédérale dotant la Flandre, la Wallonie et Bruxelles-Capitale de pouvoirs étendus.

Il est surtout devenu l'un des derniers symboles de l'unité fragile du pays lorsque le conflit politique entre francophones et néerlandophones sur l'avenir de la Belgique s'est brutalement aggravé à l'été 2007.

Inlassablement, il a tenté de rassembler Wallons et Flamands, aux cultures différentes. Très actif dans les coulisses de son palais, où il reçoit régulièrement les chefs de partis politiques, il a joué les entremetteurs alors que les crises politiques se succédaient et que le pays ne parvenait pas à se doter d'un gouvernement stable.

Albert II a pris des risques en dénonçant un jour le "séparatisme explicite ou feutré". Cela lui vaut une méfiance tenace des responsables politiques flamands, les indépendantistes de la N-VA en particulier, qui le considèrent trop proche des francophones et aimeraient transformer le pays en République.

Sur le plan privé, la vie d'Albert II n'a pas été de tout repos. Il est âgé d'un an lorsque sa mère, la reine Astrid, meurt dans un accident de voiture.

Après l'invasion de la Belgique le 10 mai 1940, il est confiné au palais de Laeken avec sa famille, qui sera emmenée par les Allemands en Autriche, où ils furent libérés par l'armée américaine en mai 1945.

En raison de l'opposition d'une partie des Belges au retour du roi Léopold III en Belgique, la famille royale s'installe en Suisse, dont elle ne rentrera qu'en 1950.
Pour apaiser un pays alors au bord de l'insurrection, Léopold III s'était effacé au profit de Baudouin, qui régnera pendant 43 ans, laissant son cadet dans l'ombre.
Albert II et la Reine Paola ont eu trois enfants, Philippe l'héritier du trône né en 1960, puis Astrid et Laurent.

Lors de son traditionnel message de Noël en 1999, Albert II a surpris en évoquant la longue crise que son couple traverse à la fin des années 60. Il a reconnu alors à demi-mots l'existence d'un enfant né hors mariage. Mais il n'a jamais reconnu officiellement que Delphine Boël, fille de la baronne Sybille de Selys Longchamps avec qui il avait eu une longue liaison, était cet enfant et a refusé tout contact avec elle.