Allocation universelle : “Des gens qui glandent il y en aura toujours”

Interview > Stéphane Tassin Publié le - Mis à jour le

Belgique

L’économiste Philippe Defeyt pense que les principes d’une allocation universelle peuvent être appliqués au système actuel


BRUXELLES Philippe Defeyt, président du CPAS de Namur, ancien président d’Écolo et chercheur prolifique à l’IDD, Institut pour un développement durable, s’est beaucoup investi dans cette idée d’allocation universelle.


Vous défendez l’idée d’un système d’allocation universelle ?

“Je défends en tout cas l’idée, dans le contexte actuel, que les principes à la base d’une allocation universelle (AU) peuvent nous aider à améliorer notre système de sécurité sociale. Deux exemples : pendant des années, la gauche a réclamé des allocations familiales droits de l’enfant. Cette mesure est clairement inspirée des principes de l’AU. Deuxièmement, on parle en Wallonie de tarification progressive de l’électricité. Pourquoi ne pas accorder à chaque individu un quota de kW/h gratuit, vu le caractère indispensable de l’électricité ? Ce n’est jamais que le principe de l’AU appliqué à la consommation électrique.”


Quel montant idéal envisagez-vous pour chacun ?

“C’est la chose la plus mécomprise de l’extérieur. Il faut savoir que même un petit montant peut modifier les comportements. Prenons l’exemple suivant : dans certains systèmes de pause-carrière, l’Onem vous verse une petite allocation. Même si cette allocation est minime, cela n’empêche pas que les gens adhèrent au système.”


On parle de 800 € par adulte et 400 € par enfant, c’est tenable selon vous ?

“Des montants de cet ordre sont, selon moi, finançables mais je n’aime pas me prononcer sur des montants. Il faut les remettre dans le contexte économique.”


Dans l’idée d’une AU idéale, comment la financer ?

“Ma thèse à moi, c’est qu’un système d’AU ne remplace pas totalement d’autres mécanismes. Si demain on dit qu’un nouveau pensionné touche d’office 700 € et que les montants supplémentaires sont liés à sa carrière et à ses cotisations, on mixe un système de sécurité sociale et un système de redistribution.”


Quid des soins de santé ?

“Quelle que soit la formule envisagée, les soins de santé, on n’y touche pas.”


Quel est l’objectif d’une telle mesure ?

“Je reprends les arguments classiques. Une meilleure redistribution des revenus, une plus grande liberté individuelle vis-à-vis des réalités du marché du travail et une totale liberté pour les choix privés.”


Beaucoup pensent que cette mesure renforcera le nombre d’inactifs.

“Non, parce que l’homme a un besoin fondamental d’être actif. C’est une vision méprisante que de croire cela. Des gens qui glandent, il y en a aujourd’hui déjà et il y en aura toujours. Des gens qui ont un boulot et qui ne font rien, il y en a aussi. Notre système est un échec d’intégration pour la jeunesse et pour les handicapés. Pour moi, des personnes sans emploi qui aident leurs voisins ou les personnes âgées réalisent un travail plus utile que de fabriquer des choses qui seront cassées.”


Combien de temps faudrait-il pour mettre un tel système en place ?

“Avant de parler de ce système ou de parler de transition, il faut être conscient que le problème est culturel. Il faut, par exemple, convaincre les gens que le choix de la personne avec qui ils vivent est un droit inaliénable.”


Ce type de système peut engendrer d’autres effets positifs insoupçonnés si on prend par exemple le cas de la Namibie (voir ci-contre) ?

“Je n’oserais pas prétendre que c’est la solution miracle mais ce ne sont pas les gens qui proposent cette idée qui doivent la défendre mais c’est plutôt à ceux qui défendent notre système de démontrer qu’il est encore viable et qu’il peut produire autre chose que de l’exclusion...”

© La Dernière Heure 2012

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