Belgique

Anne Delvaux a mis sa menace à exécution. Elle se retire de la vie politique active et ne se présentera pas aux élections du 25 mai.

L’eurodéputée cdH voulait rempiler au Parlement européen, en tant que tête de liste. Une exigence ! Pour elle, c’était cela ou rien... Le président du cdH Benoît Lutgen lui a toutefois préféré Claude Rolin. En échange, il proposait à l’ancienne journaliste de la RTBF la deuxième place sur la liste liégeoise à la Chambre et un échevinat dans la Cité ardente. "Je ne prends pas !", nous dit-elle, déterminée. D’abord, "parce que je suis contre les cumuls". Ensuite, parce que l’Europe est "ma vraie passion". "Je ne veux pas des jeux politiques" du fédéral.

Surtout, la Liégeoise se montre très critique envers Benoît Lutgen et l’accuse d’avoir trahi sa parole. Le 25 janvier, assure-t-elle, "il m’avait donné l’Europe..." Quelques jours plus tard, le samedi 1er février, alors que vient de paraître dans Sudpresse un article où des propos "calomnieux et diffamatoires" sont tenus anonymement à son encontre (des membres du parti réclament sa tête), son président l’appelle et "il me dit: 'l’Europe, c’est mort...'" La parole de l’un contre celle de l’autre ? "Tout ce que je dis, je peux le prouver !"

"Je me sens trahie", reprend Mme Delvaux, très en colère contre l’appareil du parti. D’ailleurs, elle ne parviendra même pas à se mettre d’accord avec Benoît Lutgen sur un communiqué commun annonçant son départ. La confiance totalement rompue.

Adieu la vie politique ? "Je ne deviendra sûrement pas échevine. Mais est-ce que je vais démissionner du Conseil communal de Liège ? Est-ce que je vais rester au cdH ? Je m’interroge." En tout cas, "je ne peux pas accepter que mon parti n’ait même pas condamné les propos calomnieux tenus à mon égard". Suivez son regard: elle vise très directement Benoît Lutgen... Encore une fois.

Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’elle ne retournera pas à la RTBF. "Non, ce ne serait plus possible d’être neutre." Elle a décidé de reprendre une "formation certifiante". "J’ai plusieurs pistes dans le privé."

"La machine communicationnelle, stratégique, oserais-je dire machiavélique ne peut pas toujours gagner"

Une troisième carrière en perspective.

Ce jeudi matin, Anne Delvaux donnait une conférence au Parlement européen pour officialiser cette retraite politique. Elle eut des mots très durs envers le cdH et Benoit Lutgen. "Je refuse d'être l'attrape-voix" a-t-elle déclaré, dénonçant le "lynchage" dont elle a fait l'objet de la part des "barons, caciques et huiles" humanistes. "On appelle ça l'humanisme", a-t-elle encore lâché, ironisant sur un parti qui mise sur "le développement humain".

Anne Delvaux a néanmoins voulu nuancer: "Je ne veux pas faire l'amalgame entre le vrai cdH, celui des militants" et "l'autre cdH, celui de l'appareil". Cette dernière souhaite rester conseillère communale à Liège, mais sans continuer à faire carrière dans la politique - "Je ne veux plus en faire une profession". Elle, qui a suivi une formation qualifiante au cours des derniers mois, pourrait se diriger vers le privé à l'avenir. Elle exclut en tout cas "totalement" de redevenir journaliste "parce que je ne pourrais plus jamais prétendre à la neutralité".

Enfin, elle conclut, revancharde: "La machine communicationnelle, stratégique, oserais-je dire machiavélique ne peut pas toujours gagner".