Belgique

Le conseil d’entreprise n’a pas eu lieu. L’avenir de la sidérurgie liégeoise est sur le feu

LIEGE “Durant nos neuf jours de grève, tout le monde se demandait ce que nous faisions à vouloir des garanties quant à l’avenir du chaud à Liège. De l’extérieur, beaucoup ne nous comprenaient pas. Et maintenant, les gens voient pourquoi nous nous sommes mobilisés.” Grégory n’a que 28 ans et travaille depuis plus d’un an chez ArcelorMittal. Comme d’autres, il était sous le régime temporaire… il faisait partie de ces personnes à qui on a promis un contrat. “C’est donc normal d’être ici pour moi” , précisait-il jeudi devant le centre administratif de Flémalle.

Ce mercredi en fin de journée, il a appris, abasourdi, la fermeture de la phase à chaud. Cette fermeture qui fut déjà annoncée à plusieurs reprises ces dernières années. “Mais cette fois, ça semble définitif” , commente un délégué plus expérimenté. Le chaud, c’est plus de 600 emplois directs, “environ 2.800 si on tient compte du froid” , précise Stéphane Piron, du Setca.

Certains évoquent le chiffre de 10.000 en considérant les emplois intérimaires et en sous-traitance. L’annonce ne devait pas rester sans suite, on l’imagine. Rien que pour l’industrie technologique, l’impact social parmi les 60 sous-traitants locaux se traduirait par une perte de 250 emplois.

Ce jeudi, l’heure était donc à la rencontre. Et si elle fut annoncée dès 9 h, rien n’aura bougé. La récente séquestration de la direction liégeoise n’a pas aidé. “Pas question d’aller à Bruxelles” , lançait quelque peu énervé David Camerini, président CSC, face à la demande de la direction.

Quid dès lors ? On se cherche mais on ne se trouve point malgré le fait que la procédure Renault prévoit des conseils d’entreprise tant au niveau local qu’européen… Le coup de massue que fut l’annonce de la fermeture se prolongeait encore une journée.

Dans les rangs des travailleurs, les questions étaient légion. Quid du froid ? La sidérurgie intégrée, chaud et froid, serait donc un terme à proscrire dans le bassin liégeois. Le terme intégré sous-entend bien sûr une certaine assurance pour le froid (le traitement et la transformation de l’acier) à l’autre bout de la chaîne. “Ce qui nous fait peur pour le froid désormais, c’est que Liège va réellement devenir le dernier client, qui coûte cher à chaque redémarrage” , poursuit Stéphane Piron.

Liège sera alimenté par la phase à chaud de Dunkerque et d’autres sites maritimes, “privilégiés” .

D’autres sont plus pessimistes : “Le froid suivra, Mittal ne veut plus de l’Europe” , estime Alain Giroul, délégué FGTB. Et d’autres y croient, avec le maigre espoir de voir un repreneur sortir du bois.

L’une des pistes évoquées est bien sûr la reprise par le privé, mais personne n’y croit réellement. “Il y a la question de la propriété. Mittal ne voudra pas vendre à un concurrent direct.”

La perche est tendue vers le gouvernement. Le front commun a ainsi demandé une nationalisation de la sidérurgie liégeoise ce jeudi au formateur Elio Di Rupo. Pour ce faire, la somme d’un milliard d’euros est évoquée, pour remettre les outils en état et pour placer “des gens compétents” à leur tête.



© La Dernière Heure 2011