Belgique Child Focus déplore le manque de moyens donnés à la police pour les retrouver.

Le nombre de signalements de disparitions de Mena (mineurs étrangers non accompagnés) est en augmentation en Belgique. En 2015, 66 disparitions inquiétantes ont ainsi été signalées auprès de Child Focus soit par des centres d’accueil soit par les tuteurs des mineurs.

La situation de ces enfants arrivant sur le sol belge est compliquée. Quand ils posent le pied sur le territoire, ils sont d’abord accueillis par un centre d’observation et d’orientation. Ils peuvent alors décider d’introduire une demande d’asile. Si c’est le cas, Fedasil (l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile) les prend en charge.

Les mineurs qui ne demandent pas l’asile sont pris en charge par des centres d’accueil gérés par les Communautés.

Chaque année, des mineurs disparaissent des centres. "On a souvent affaire à des enfants qui ont perdu de vue leurs parents pendant le voyage jusqu’en Belgique et qui tentent de les retrouver quand ils en ont l’occasion", explique Bernard Devos, le délégué général aux droits de l’enfant. "Certains passent à travers les mailles du filet en mentant sur leur nom et leur âge parce que leur but n’est pas de rester en Belgique", ajoute Maryse Gallant, la porte-parole de Child Focus.

Pour l’association, ces disparitions sont préoccupantes. "On est particulièrement inquiets parce que les jeunes ont souvent vécu des événements traumatisants qui les rendent plus vulnérables à des associations criminelles", confie Maryse Rolland.

Child Focus déplore le manque de moyens mis en place pour retrouver ces jeunes.

Interpellé sur cette question à la Chambre le 8 juin dernier, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon a dit reconnaître la complexité du problème mais il juge inutiles les procédures de recherches classiques si la destination finale des mineurs n’est pas la Belgique.

Pour Bernard Devos, ce manque de moyens donné à la police fait partie d’une stratégie politique : "Le gouvernement supprime des places d’accueil et complique les règlements liés à l’accueil et le clame haut et fort. Tout ça fait partie d’un jeu politique pour dissuader les personnes de venir sur notre territoire. Le manque de moyens donnés à la police pour chercher les mineurs peut-être mis sur le même pied."


Des proies pour les organisations criminelles

Europol, la police criminelle intergouvernementale européenne, tire la sonnette d’alarme. Plus de 10.000 enfants migrants non accompagnés ont disparu en Europe les deux dernières années.

En Belgique aussi, ces disparitions sont en augmentation. En 2015, 66 disparitions jugées très inquiétantes par Child Focus ont été signalées. En 2014, il y en a eu 43. D’après cette Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités, ce chiffre ne représente que la partie émergée de l’iceberg. "Nous n’avons que les dossiers concernant des disparitions très inquiétantes. Toutes les disparitions ne sont pas signalées par les centres d’accueil et par la police", explique Maryse Rolland, leur porte-parole.

La plupart des jeunes disparus sont des garçons. Un tiers d’entre eux vient d’Afghanistan, suivi de l’Erythrée (10 %) et de la Syrie (5 %).

Ces jeunes ont souvent vécu des traumatismes qui les rendent très vulnérables à des organisations criminelles.

Les mineurs disparus sont notamment très recherchés par des bandes criminelles qui se servent de leur petite taille et les dressent à se glisser dans des soupiraux pour s’introduire dans des maisons et commettre des cambriolages.

D’autres jeunes disparus sont également en proie à des réseaux de proxénètes.

En 2012, des jeunes Afghans ont dû se prostituer pour survivre. Certains le faisaient dans des parcs bruxellois.