Belgique

Bien qu'ils restent élevés, les chiffres officiels en matière de violences sexuelles commises en Belgique en 2013 diminuent par rapport aux années précédentes. Ainsi, 689 cas de violences sexuelles intrafamiliales ont été enregistrés (contre 754 en 2012), tandis que dans la sphère publique les autorités ont recensé 2.903 viols (3.223 en 2012) et 195 viols collectifs (248 en 2012), a indiqué vendredi la ministre de l'Intérieur et de l'Egalité des chances Joëlle Milquet à l'occasion du lancement d'une semaine de sensibilisation visant à inciter les victimes de viol à briser le silence et à se manifester. Néanmoins la prudence reste de mise au sujet de cette baisse, tempère la ministre. Environ 90% des victimes de viols ne portent pas plainte à la police. Ces faits ne figurent dès lors pas dans les statistiques criminelles de la police.

C'est pourquoi, en collaboration avec la ministre de la Santé publique Laurette Onkelinx, la ministre de la Justice Annemie Turtelboom, l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH) et plusieurs associations de défense des droits des femmes, Joëlle Milquet a lancé vendredi une campagne de sensibilisation visant à encourager les victimes de violences sexuelles à porter plainte.

Intitulée "Viol. Brisez le silence", elle se compose notamment d'un clip vidéo, d'une campagne sur les réseaux sociaux et de la mise en ligne d'un site internet (www.aideapresviol.be), où les victimes, leurs amis et familles trouveront toutes les informations nécessaires sur leur sentiment de culpabilité, les possibilités de porter plainte, la procédure à suivre, etc.

"Les victimes de viol peuvent avoir le sentiment que c'est de leur faute, qu'elles ont mérité ce qui est arrivé. Ce n'est bien sûr pas le cas! Il faut oser briser le silence et porter plainte. C'est important à la fois pour les victimes mais aussi pour les autres victimes potentielles", a insisté Annemie Turtelboom.

De son côté, l'IEFH a édité une brochure, elle aussi destinée aux victimes, qui sera diffusée à 100.000 exemplaires dans les commissariats de police, les parquets, les communes ou encore les CPAS. Y sont notamment renseignés les différents points de contact pour les victimes et leurs proches, dont fait partie SOS Viol, une asbl qui offre une écoute téléphonique dans l'anonymat, un soutien psychologique, un accompagnement social dans les démarches à effectuer ou encore une information juridique. Située dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles, l'association a d'ailleurs inauguré ses nouveaux locaux vendredi.

Philippe Hensmans, le directeur d'Amnesty International Belgique, a justement déploré que SOS Viol, étant subventionnée par la Région bruxelloise, ne puisse venir en aide aux victimes ne provenant pas de la capitale. Estimant que cette problématique doit représenter une priorité pour le prochain gouvernement, il a plaidé auprès des différentes ministres pour une approche transversale et une collaboration avec les régions.

Des lacunes également pointées par l'IEFH, qui a dressé une liste de 73 recommandations en matière d'approche de la violence sexuelle. Michel Pasteel, le directeur de l'Institut, a notamment cité la modification qu'il estime nécessaire de l'article 162 du Code d'instruction criminelle afin que le magistrat puisse lui-même décider de ne pas imputer les frais de justice aux victimes de violences sexuelles. Il a également appelé à une simplification du système de prescription et une harmonisation des délais en la matière, estimant qu'il fallait notamment gommer les différences importantes entre victimes mineures et majeures.

Enfin, Laurette Onkelinx a annoncé vendredi qu'en compagnie de six pays membres de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) -Etats-Unis, Inde, Mexique, Pays-Bas, Norvège et Zambie-, la Belgique était en train de négocier une résolution. Celle-ci imposera à tous les Etats-membres de l'OMS de travailler sur cette problématique et de développer des collaborations entre les secteurs de la santé, de la police et de la justice comme on le fait en Belgique depuis 2001. La résolution chargera en outre l'OMS d'assurer le suivi de cette initiative et d'écrire un rapport tous les quatre ans sur les progrès enregistrés par les Etats-membres dans ce domaine.