Belgique

Interrogé par nos confrères de LaLibre.be, le directeur du musée de la photographie de Charleroi se montre acide à l'égard de la ministre de la Culture, dont les décisions sont "prises à l'emporte-pièce". Extraits de l'interview :


Fadila Laanan va quitter ses fonctions en mai prochain, après 10 années à la tête du ministère de la Culture. Vous lui attribuez un bilan plutôt positif ou négatif ?

Négatif ! Ses premières années ont été des années d'observation, avec les états généraux de la culture. Elle était servie par un chef de cabinet intelligent et qui, surtout, connaissait les domaines culturels. Son second mandat a montré toutes ses carences et surtout une désorganisation au niveau de son cabinet : un chef de cabinet incompétent et sectaire et, au fond, aucun membre qui ne connait véritablement la situation des musées. Les décisions de la ministre ont donc été prises à l'emporte-pièce. Ces quatre dernières années ne sont plus des années utiles. On a perdu quatre ans !

Une part des subsides culturels va à une émission comme The Voice. Cela vous fâche ?

Bien entendu ! Mais Mme la ministre adore The Voice. Je suis assez inquiet quand on a une ministre qui semble préférer cela à toute une série de démarches culturelles qui existent depuis très longtemps, même bien avant sa naissance. C'est le type même d'émission qui peut parfaitement exister dans le privé. Si on court à l'audience et qu'on essaie de ressembler à RTL, c'est un choix... Comme directeur de musée et comme citoyen, je considère qu'il s'agit d'argent jeté ! C'est une nouvelle tendance avec ces ministres : nous vivons une culture de l'événementiel. Quand on crée un événement, on crée de l'argent. Mais le travail de fond des musées, qui se fait sur la durée, est balayé d'un revers de la main. Tout simplement parce que le cabinet Laanan ne le comprend pas...

Vous lui avez aussi reproché d'imposer la gratuité des musées les premiers dimanches du mois...

Cela ne fonctionne pas ! Tout d'abord, parce que le public qu'elle prétendait toucher, les gens défavorisés, ne vient pas. Et les gens qui payaient à d'autres moments viennent maintenant le dimanche ! Ensuite, il existe un problème de médiation. Ce n'est pas parce que les gens viennent qu'ils ont compris quelque chose. Il faut avoir un service éducatif qui puisse expliquer les images. Résultat : nous perdons de l'argent, et cette perte va se répercuter sur la qualité de nos expositions. Je vais même devoir supprimer une période d'exposition ! C'est un déni démocratique car certains photographes ne pourront plus être présentés ! Voilà l'effet d'une mesure faite à l'emporte-pièce et sans doute, encore une fois, pour faire dans le clinquant et dans l'événementiel. C'est malheureusement le style de Mme Laanan.


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