Belgique La ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault souhaite que la Belgique parle d’une seule voix.

Un an après l’accord de Paris, cinq ministres belges du fédéral et des régions se retrouvent à Marrakech pour la mise en pratique de ce qui a été décidé à la COP21 en matière, entre autres, de lutte contre le réchauffement climatique et de réduction des gaz à effet de serre.

On se rappelle que l’an passé, la Belgique est arrivée en ordre très dispersé en France. Les différents niveaux de pouvoir n’avaient signé un accord sur la répartition des efforts à faire entre régions et fédéral que la veille de leur arrivée à Paris.

Pour remédier à cette piètre image et placer le dossier au-dessus de cette perpétuelle mêlée institutionnelle typiquement belge, la ministre bruxelloise en charge de l’Environnement Céline Fremault (CDH) souhaite que l’on crée une agence belge du climat en Belgique.

La ministre fédérale en charge de l’Énergie Marie-Christine Marghem a récemment déclaré que cette matière devrait être fédéralisée. Elle n’est pas la seule à défendre ce point de vue.

Bruxelles qui lutte pour le climat mondial, ça ne vous semble pas dérisoire ?

"Non. Au vu du cadre institutionnel et des réalités politiques actuelles. Envisager une refédéralisation de la matière climat n’est pas envisageable. Dans ce dossier, on semble oublier que les leviers qui permettent d’assurer une telle politique sont de la compétence des régions. Je parle ici du logement, de l’énergie, de l’environnement, de la planification urbaine, de l’aménagement du territoire ou de la mobilité. Si l’on suit ce raisonnement, il faudrait refédéraliser ces matières. Or, cela ne paraît pas réaliste aujourd’hui. Une refédéralisation créerait une coquille vide puisque sans compétences concrètes. De plus, défendre cette position signifie que les régions ne sont pas capables. Or c’est faux. Nous avançons."

En quoi la lutte contre le réchauffement climatique diffère à Bruxelles et en Wallonie ?

"À Bruxelles, si l’on veut baisser les émissions de gaz à effet de serre (GES), on peut travailler sur des leviers en parallèle : le bâti qui génère 60 % des GES sur notre territoire et la mobilité. À titre de comparaison, la consommation énergétique des bâtiments produit 25 % des GES en Wallonie. Les priorités sont donc spécifiques à chaque région."

Comment, dès lors, améliorer la lisibilité de la Belgique sur le plan international ?

"Je plaide pour la création d’une agence belge pour le climat. Il s’agirait d’un forum permanent où se rencontreraient les différents niveaux de pouvoir ainsi que les meilleurs spécialistes belges de la question climatique. Cette agence serait chargée de développer une expertise climatique à l’échelle nationale. Elle se situerait au-dessus des autres administrations car elles les défendraient toutes. Mais serait encadrée et contrôlée par les quatre entités (le fédéral et les trois régions, NdlR) via une représentation équilibrée au sein d’un conseil d’administration. Cet outil porterait ainsi la voix de la maison Belgique à l’étranger, lors des COP notamment."

Cette agence aurait un pouvoir contraignant sur les actions des régions, du fédéral ?

"Non, elle aurait pour objet la définition de la politique climatique belge via la coordination des politiques régionales et fédérale. L’idée est de travailler dans un esprit de loyauté avec des objectifs communs et un souci d’évaluation du travail mené dans les régions."

Il existe déjà une Commission nationale climat en Belgique…

"Oui mais elle fonctionne très mal. Elle est très mal valorisée dans le sens où son dynamisme dépend du volontarisme du ministre qui la dirige à ce moment-là. Meilleure preuve, cette Commission nationale climat aurait pu réaliser l’accord sur le burden sharing (répartition de l’effort climatique entre les régions, le fédéral) mais cet accord s’est décidé directement entre ministres compétents."

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50 millions pour les pays en voie de développement, c’est trop peu

Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, les pays riches doivent donner 100 milliards d’euros aux pays en voie de développement. Un soutien indispensable si l’on veut que l’effort pour le climat soit mené à l’échelle planétaire. La Belgique a dégagé 50 millions d’euros dans ce fonds.

De l’avis de nombreux spécialistes, c’est trop peu. Céline Fremault estime en effet "que l’on aurait très clairement pu être plus ambitieux. Mais cela faisait partie de la négociation de l’accord politique du burden sharing. Ce montant fut d’ailleurs l’un des éléments qui a permis de faire atterrir le dossier, même si on peut regretter le manque d’ambition."

Sur ces 50 millions d’euros à dégager chaque année jusqu’en 2020 - soit 200 millions d’euros au total -, le fédéral en donne 25, la Wallonie 8,25, la Flandre 14,5 et la Région bruxelloise 2,25. "Nous avons décidé d’anticiper la mise à disposition de ces fonds", précise la ministre bruxelloise.

Six millions d’euros seront donc affectés à différents projets, dont 2,5 pour le fonds pour l’adaptation des pays en voie de développement aux changements climatiques, 2,5 pour le green climate fund, 2,5 millions pour l’Agence belge de développement (CTB), 450.000 pour le centre de tri de Rabat (Maroc), etc.