Belgique

Une petite-fille qui accuse son grand-père d’avoir abusé d’elle dans le secret d’une chambre à coucher : pour le tribunal correctionnel de Charleroi qui devait juger cette affaire, la question est épineuse. 

C’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Aurélie (prénom d’emprunt), n’avait que six ans lorsque les faits se seraient produits. Suite au disputes de ses parents, elle avait été confiée deux nuits à son nono. Mais selon ses dires, ce dernier en aurait profité pour se glisser dans son lit, lui caresser le sexe et la forcer à des fellations.

Si dès le lendemain, Aurélie s’est jetée en pleurs dans les bras de sa maman en affirmant qu’elle ne voulait plus remettre les pieds chez son grand-père, la jeune fille a gardé le secret sur les prétendus abus. « Ce n’est que dix ans plus tard, en 2014, qu’elle s’est confiée à sa cousine et que cette dernière, choquée, l’a poussée à parler à sa mère. C’est un contexte de dévoilement qui démontre bien qu’il ne s’agit pas d’une cabale », a plaidé Me Mayence, conseil des parties civiles. « Son audition vidéofilmée démontre qu’elle ne ment pas. L’expertise de crédibilité fait apparaître des signes révélateurs d’abus sexuels. Ses résultats scolaires ont chuté et c’est à cette période que ses crises d’épilepsie ont débuté ».

Du côté du parquet, on était également convaincu de la culpabilité de Gaëtano, le grand-père. « Elle a été forcée à en parler à sa maman par sa cousine. Et elle n’a aucune raison de mentir. Au contraire, on s’aperçoit que ses difficultés scolaires commencent à ce moment-là, à l’instar de ses crises d’épilepsie », avait précisé la substitute Van Hollebeke qui a requis 5 ans de prison.

Gaëtano, lui, niait formellement les faits : « J’ai d’autres petits-enfants et tout se passe bien avec eux. Je ne comprends pas ce qu’on me veut. J’étais en dispute avec la maman d’Aurélie que je trouvais un peu trop volage. C’est tout ».

Me Martines, conseil du prévenu, avait d’ailleurs insisté sur des discordances entre les différentes versions rapportées selon elle par la jeune victime. Et l’avocate précisait qu’aucune preuve n’était rapportée quant aux crises d’épilepsie et aux mauvais résultats scolaires. « Il peut mentir, il vivra avec sa conscience. Mais je mets en garde les parents de ses trois autres petites-filles », avait conclu Aurélie.

Ce mercredi, le tribunal a rendu son jugement, estimant les faits établis. La victime, dit le juge, n’avait aucune raison d’inventer une histoire. Et le contexte de dévoilement démontre bien qu’elle ne cherchait pas à faire du tort à son grand-père. Vu l’ancienneté des faits et l’absence de casier judiciaire, ce dernier a écopé de 4 ans de prison avec sursis total.