Belgique

Le Premier ministre, Charles Michel, a désapprouvé mercredi à mots couverts la mise à l'honneur de Ken Loach à l'Université Libre de Bruxelles (ULB). 

Il s'est exprimé à l'occasion d'une cérémonie organisée à la Grande Synagogue de Bruxelles pour les 70 ans de l'Etat d'Israël. L'ULB remettra jeudi au cinéaste britannique le titre de docteur honoris causa. Ce choix a été dénoncé par plusieurs organisations et personnalités juives en raison de déclarations de M. Loach à propos de la Shoah et l'antisémitisme jugées ambigües.

"Notre fermeté doit être totale. Aucun accommodement avec l'antisémitisme ne peut être toléré. Quelle que soit sa forme. Cela vaut aussi pour ma propre Alma Mater", a déclaré M. Michel qui a étudié le droit à l'ULB.

Au MR, d'autres voix se sont exprimés pour dénoncer la décision de l'université, en particulier celle du sénateur Jacques Brotchi.

Mardi, à l'invitation de l'ULB, le cinéaste a réaffirmé sa condamnation de "toute forme de déni de l'Holocauste" et s'est dit choqué de devoir faire une telle mise au point. Des spécialistes appartenant à l'Université ont également analysé les propos incriminés de Ken Loach et conclu qu'il n'y avait aucun fondement à ces accusations d'antisémitisme et de négationnisme.

Les deux camps semblent toutefois irréconciliables. Le même jour est parue dans l'Echo une tribune libre demandant à l'ULB de ne pas honorer M. Loach. Elle est signée par quelques personnalités éminentes de l'université dont le lauréat du prix Nobel François Englert et les professeur Guy Haarscher, Lambros Couloubaritsis, Claude Javeau ou Arsène Burny. Des personnalités étrangères ont également témoigné de leur soutien, dont Serge Klarsfeld, Pierre-André Taguieff, Elie Barnavi et Pascal Bruckner.


Malgré la polémique, l'Université maintient son choix

Le recteur de l'ULB Yvon Englert a maintenu jeudi matin la mise à l'honneur du réalisateur Ken Loach, en rejetant ces accusations et en soulignant l'indépendance de son institution. "Je suis certainement d'accord" avec M. Michel lorsqu'il affirme, comme il l'a fait mercredi à la Grande Synagogue de Bruxelles pour les 70 ans de l'Etat d'Israël, qu'aucun accommodement avec l'antisémitisme ne peut être toléré, a répondu M. Englert, interrogé sur La Première (RTBF).

"Je n'ai pas de conseil ni de critique à donner au Premier ministre. Il fait ce qu'il estime devoir faire, mais l'université est très attentive à son indépendance. Les arguments d'autorité ne sont pas des arguments que l'on peut accepter dans un établissement du libre examen", a ajouté M. Englert.

Il assure que son institution a examiné les déclarations controversées de ce dernier "avec rigueur et indépendance" pour conclure qu'aucun négationnisme ni antisémitisme ne pouvait être reproché à Ken Loach.

Le recteur de l'ULB a souhaité retourner la question. "Pensez-vous que les université de Birmingham, d'Oxford, de Liverpool Hope et l'ULB flirtent avec l'antisémitisme ? ", elles qui vont ou ont mis à l'honneur le cinéaste britannique.

M. Englert a aussi mis en garde contre la volonté de certains de profiter de la controverse pour "en faire un match politique", et réaffirmé l'attachement de son université à la lutte contre l'antisémitisme et la xénophobie. Il s'est dit attristé d'une division "que nous n'avons pas voulue" au sein de son université.


De nombreuses réactions politiques

Dans le paysage politique francophone, certaines personnalités ont réagi aux propos du Premier ministre critiques envers l'ULB.

Ainsi, l'ex-président du PS Paul Magnette a affirmé sur Twitter que ce qu'il attendait de son alma mater - pour lui aussi l'ULB - "c'est qu'elle défende la liberté de penser, envers et contre tout, et ne cesse jamais de résister aux pressions politiques, d'où qu'elles viennent".

Co-président d'Ecolo, Patrick Dupriez s'est certes réjoui que le Premier ministre "s'engage résolument contre l'antisémitisme et toute forme de racisme", mais "cela vaut aussi pour son gouvernement, n'est-ce pas? ", a-t-il ajouté.

Le député PTB Marco Van Hees a été plus frontal en estimant qu'"au lieu d'inventer un antisémitisme chez Ken Loach, Charles Michel ferait mieux de se soucier des vrais racistes qui s'expriment de plus en plus au sein du MR."

Cet après-midi, l'ULB décernera les insignes de docteur honoris causa à sept personnalités en plus de Ken Loach: Christiane Taubira, Ahmet Insel, Siegi Hirsch, Monique Capron, Agnès van Zanten, Christian Debuyst et Jan Van Impe.