Belgique

Les profs qui ont moins de cinquante ans sont moins absents au travail que la moyenne de la population active.

Voici la première conclusion que l’on peut tirer des derniers chiffres en la matière issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles (voir infographie). Ces chiffres concernent l’enseignement organisé par la Fédération, mais ils peuvent, selon les spécialistes, être généralisés aux différents réseaux.

"Avec un taux d’absentéisme de 3,15 %, les profs de moins de trente ans sont même près de deux fois moins absents que leurs contemporains, note Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-Enseignement. La courbe s’inverse cependant dès que l’on dépasse l’âge de 50 ans. Le taux d’absentéisme des enseignants dépasse alors les 8 %, ce qui est bien plus élevé que la moyenne nationale".

La deuxième conclusion qu’il est possible de tirer des chiffres issus de la Fédération, est que la cause la plus importante de cet absentéisme est due aux ennuis psychosociaux. Lors de l’année scolaire 2014-2015, ces derniers représentaient 35 % des motifs d’absence, et se classaient juste derrière les "simples" maladies relevant de la médecine générale (grippe, etc.).

Les risques de l’allongement des carrières

Ces chiffres qui illustrent les risques de fatigue psychologique et même de burn out chez les profs ne sont pas nouveaux. D’une année à l’autre, ils se révèlent comme stables. Ils reviennent cependant au-devant de la scène, alors que se poursuivent au fédéral les débats sur l’allongement des carrières et sur la définition de la pénibilité de certains emplois.

"Dans ce cadre, il est important de noter que plus on allonge la carrière d’un enseignant, plus on retarde les mesures d’aménagement de fin de carrière, plus le taux d’absence des profs risque d’augmenter, souligne Eugène Ernst. Il est donc capital, pour que l’on puisse maintenir la qualité de notre enseignement, que le gouvernement fédéral prenne en compte la pénibilité du métier d’enseignant".

Si depuis le gouvernement Di Rupo l’âge moyen de départ à la retraite a été augmenté (il se situait entre 60 et 62 ans), Eugène Ernst redoute que le mouvement se poursuive encore sous le gouvernement Michel.

Il note par ailleurs, dans le Pacte d’excellence qui se discute au niveau de la Communauté française, une volonté positive de revoir la carrière des enseignants. Celle-ci sera plus progressive, se déploiera en trois temps, fera la part belle au travail d’équipe, et le temps face à la classe pourra être réduit en fin de carrière. "C’est positif, juge Eugène Ernst, mais ce ne sera qu’une réponse insuffisante face aux difficultés que représente une fin de carrière pour un enseignant".


© ipm


"On voulait me remobiliser, mais on me faisait juste culpabiliser"

Vaincue par le burn out, Anne Renard regrette le manque de soutien, mais aussi le manque de liberté pédagogique.  

A 52 ans, Anne Renard est déjà pensionnée. Un burn out a eu raison de cette professeur d’histoire. Depuis sept ans, elle reconnaît que se lever le matin est une épreuve. "Je me sens constamment fatiguée. Si je parviens à me lever, je ne sais pas quoi faire de ma journée. J’avais l’habitude d’avoir une vie bien remplie. Aujourd’hui, je ne sais plus comment m’organiser", déplore-t-elle.

L’enseignante n’est pas tombée malade du jour au lendemain. Progressivement, Anne a perdu sa motivation et son enthousiasme pour enseigner. La charge de travail devenait trop importante. Elle se sentait aussi surveillée. "On est constamment remis en question par le préfet, les inspecteurs, les parents. Au fil des années, les programmes et les méthodes ont également changé. C’est un peu comme si je devais tout recommencer à zéro. J’avais perdu ma liberté pédagogique", explique la professeur d’histoire.

Mise à la pension anticipée

Lorsque ses absences sont devenues plus régulières, Anne n’a pas reçu beaucoup de soutien. Ses collègues allaient même jusqu’à monter les élèves contre elle. Quant à sa préfète, elle l’a vaguement soutenue au début… "Elle me répétait que j’étais une bonne prof avec de la discipline, mais elle ne comprenait pas pourquoi je n’arrivais plus à tenir mes classes", se souvient l’enseignante. "Elle essayait de me remonter le moral mais elle me faisait juste culpabiliser."

Finalement, ce burn out provoquera sa mise à la pension anticipée. La maladie ne lui a cependant pas fait perdre le goût de l’enseignement. "Enseigner, ça me branche toujours autant. Il y a un an, j’ai essayé de donner des cours d’alphabétisation à des réfugiés. Mais je n’y suis pas arrivée parce qu’il fallait que je me lève tôt le matin."

Aujourd’hui encore, après deux ans à la retraite, Anne Renard n’est pas tout à fait remise de son burn out. L’école hante encore régulièrement ses rêves.


En Flandre, les directeurs se sentent abandonnés

Quatre semaines. C’est "Het Laatste Nieuws" qui a sorti ce samedi ces chiffres impressionnants. En Flandre, les directeurs des écoles primaires sont absents pour maladie à raison de quatre semaines par an. Et dans la moitié des cas, ces jours de maladie sont prescrits pour des motifs d’épuisement professionnel ou de burn out.

Vocation. La raison, expliquent les acteurs de l’école en Flandre, est la charge administrative qui pèse sur les directeurs. Ces devoirs administratifs ou logistiques les écartent des missions éducatives pour lesquelles ils se sont engagés dans le métier, reconnaît ainsi Lieven Boeve, responsable de l’enseignement catholique au nord du pays.

L’impact de l’âge. Comme du côté francophone, l’âge joue un rôle important. Plus un directeur est âgé, plus il sera soumis à l’épuisement professionnel. Notons également qu’en Flandre, les enseignants n’échappent pas non plus à ce genre d’épuisement, puisqu’en 2015 ils comptabilisaient en moyenne 16 jours d’absence pour une année scolaire.