Belgique Charles Michel nous parle de sa rencontre, en avril, avec Emmanuel Macron

En tant que chef d’État, que pensez-vous du nouveau président français ?

"Je l’ai rencontré en privé, il y a quelques semaines, accompagné notamment du Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel (ils se sont retrouvés avec le couple Macron, chez Stéphane Bern). On se rejoint clairement sur notre vision de l’Europe."

Lors de votre rencontre, que vous a inspiré sa personnalité ?

"Il m’a donné l’impression sur le plan humain d’être extrêmement à l’écoute. Je l’ai trouvé aussi très mobilisé. La rencontre a eu lieu avant le premier tour et on sentait qu’il y croyait réellement. Il m’a donné l’impression de quelqu’un qui laisse le moins de choses possible au hasard : très organisé et méticuleux. C’est une qualité quand on vise la présidence."

C’est un jeune chef d’État. Il a 39 ans, vous en avez 41.

"Et nous sommes tous deux nés le même jour, le 21 décembre ! J’ai directement senti que nous étions de la même génération. Cela crée inévitablement des affinités."

Comment qualifier vos rapports avec Macron, comparés à ceux entretenus avec Hollande ?

"Je ne veux pas faire de comparaison. Car j’ai avec François Hollande de très bonnes relations. C’est un homme très sobre, humain et qui a énormément d’humour. Je garderai avec François Hollande des relations personnelles dans le futur, j’en suis convaincu. J’ai par contre avec lui des divergences idéologiques. Je vois d’ailleurs qu’il n’a pas pu être candidat à sa propre réélection, faute notamment d’avoir créé assez d’emplois. En Belgique, nous avons, à la différence de la France, inversé la courbe du chômage et créé plus de 100.000 emplois en deux ans."

Macron était-il votre candidat favori ?

"Je ne parlerai pas ici de son projet politique, car c’était aux Français d’en décider. J’observe cependant que le peuple français avait un choix à faire entre une vision destructrice du projet européen, celle de Marine Le Pen. Et une option qui représente l’espoir. J’étais ces dernières heures en République tchèque et en Slovénie avec mes homologues européens pour discuter d’améliorer le projet européen. L’élection d’Emmanuel Macron peut être une chance pour l’Europe. Je pense et j’espère qu’il pourra incarner le renouveau de l’Europe, après la montée de populismes qui l’ont mise à mal dans de nombreux pays. Nous partageons une même vision de l’Europe. C’est à lui et à nous de saisir cette chance."

Avec son élection, l’hémorragie populiste est-elle stoppée ?

"L’hémorragie n’est pas stoppée. Il faut être lucide. Elle le sera si on parvient à obtenir des résultats pour le citoyen, pour les jeunes, et concrétiser des projets dans l’emploi, l’éducation, la sécurité et la protection des frontières extérieures de l’Europe. Au Pays-Bas, Geert Wilders a encore atteint des résultats élevés. La meilleure réponse à l’extrême droite, c’est prendre des décisions courageuses, créer des emplois et d’obtenir des résultats."

Vous partagez sa vision pour contrer le terrorisme ?

"J’ai eu l’occasion lors de notre rencontre d’évoquer la coopération entre la France et la Belgique sur ce point. Nous avions déjà réussi à la renforcer avec Manuel Valls et François Hollande. Il faut aller sur la voie d’une amplification et être volontaristes pour faire reculer cette menace inédite en Europe."