Belgique Kharkhach, le fournisseur de Laeken, et Kerbache, le faussaire de St-Gilles, étaient sous écoute 2 mois avant les attentats de Paris.

Dès septembre 2015, donc deux mois avant les attentats de Paris, Khalid El Bakraoui utilisait déjà, pour se déplacer dans Bruxelles, des déguisements que toute la bande utilisera par la suite. Perruque, lunettes noires et capuche rabattue à mi-visage : le 15 septembre, El Bakraoui se rend chez Kharkhach à Laeken. Farid Kharkhach est son founisseur. Les deux se connaissent depuis au moins décembre 2014.

Le 15, Bakraoui vient réceptionner la commande passée quelques jours plus tôt: faux permis de conduire, faux passeports, fausses cartes d’identité. Pour le satisfaire, Kharkhach a un filon : Abdelouhab Kerbache et son labo super équipé de la rue Defnet à Saint- Gilles. Selon l’enquête, il faut de trois à cinq jours pour confectionner des documents presque aussi vrais que des vrais.

Mais là, il y a eu un contretemps. La pluie. Il n’a pas cessé de pleuvoir. Trop humide. Kharkhach dit à Kerbache : "Mets-les à sécher sous une lampe". Kerbache répond : "J’ai essayé, ça ne marche pas. Le papier gonfle et l’encre a tendance à s’effacer". Comment le sait-on ? Parce qu’ils étaient sous écoute. Déjà deux mois avant les attentats de Paris.

Si la police avait compris le contexte, elle remontait de Kerbache à Kharkach et de Karkach à Khalid El Bakraoui. Dès septembre 2015. En fait, Kerbache est coffré le 13 octobre. On n’ira pas plus loin. Mais bien sûr, il n’était jamais question de terrorisme dans les écoutes.

Farid Kharkhach, lui, comme la DH l’a révélé (DH des 11, 12, 13 et 14 janvier 2017) ne sera arrêté que la semaine passée. C’est lui qui a chargé sa femme en septebre 2015 de remettre dans des enveloppes fermées à Bakraoui les faux papiers qui serviront à Belkaid et Najim Laachraoui. À combien Kharkhach les a-t-il vendus à Bakraoui ? Kharkhach distinguait deux qualités : la qualité inférieure, appelée "2", vendue 300 euros. La qualité supérieure, appelée "1", à 500 euros.

Pour le trafic, Farid Kharkhach se fait appeler Bilal. Sa couverture ? Il vend des véhicules d’occasion. Du moins, c’est ce qu’il prétend à sa femme pour expliquer toutes ces allées et venues de gens bizarres à la maison : "C’est pour les voitures".

Cette mère de deux enfants, dont un bébé, n’imagine pas que c’est pour des terroristes qui préparent Paris et Bruxelles. Du moins à ce moment-là. Le doute ne s’installera chez elle qu’après Paris.

Elle s’en inquiète auprès de son mari. Farid Kharkhach lui répond que non. Il a une nouvelle version. On ne parle plus de ses ventes de voitures, mais d’aider des gens du Maroc à venir travailler en Belgique.

Selon nos révélations toujours, Kharkhach reverra pourtant El Bakraoui - toujours déguisé avec perruque, capuche, et lunettes noires - après les attentats de Paris, exactement le 31 décembre 2015, quand la bande est traquée et l’alerte maximale à Bruxelles est de mise. Ils se revoient chez Omar qui tient une agence à deux pas de la gare du Midi.

Avenue de la Reine, on nous décrit Kharkhach comme un grand naïf très influençable. Depuis que sa femme a été interpelée mardi passé et libérée le lendemain sous conditions, celle-ci réagit comme si le ciel lui tombait sur la tête et se dit horrifiée. Son couple n’était pas radicalisé.

Si Farid faisait dans les faux papiers, c’était pour aider le ménage à arrondir les fins de mois. Le pire est qu’au moment de l’attentat à la station Maelbeek, sa femme se trouvait à Arts-Loi, la station suivante sur la même ligne de métro. "Tous ces innocents… Et dire qu’on a joué dans tout ça sans le savoir".


Peine alourdie pour le pseudo indic

La peine de Mouatassim M. a été alourdie hier par la 14e chambre de la cour d’appel de Bruxelles, passant de 50 à 66 mois de prison ferme. Jugé comme dirigeant d’une association de malfaiteurs en charge de receler des objets volés aux touristes en visite à Bruxelles, l’homme n’a pas su convaincre ses juges.

Lors de son procès, Mouatassim M. avait affirmé être un informateur de la police fédérale, l’homme qui, contre rémunération, avait donné aux policiers de précieux tuyaux leur permettant de faire tomber le réseau criminel en charge de l’atelier de faussaires de la rue Gustave Defnet, à Saint-Gilles (lire plus haut). L’homme avait donné le prénom et les numéros de téléphone de "deux fédéraux" avec qui il disait être en contact. Selon lui, ses infos ont provoqué la chute de l’atelier qui a préparé les faux documents de terroristes des attentats de Bruxelles et Paris.

La réponse judiciaire est cinglante : "La cour ne suivra pas ces allégations qui ne reposent sur aucun fondement", indique l’arrêt lu hier à l’audience. Le ministère public avait dit n’avoir reçu aucune information tendant à admettre que Mouatassim M. avait aidé la justice. Me Nathalie Gallant, l’avocate du prévenu, avait affirmé que son client n’avait pas pu inventer les noms et numéros de GSM des policiers qu’il a évoqués, et que la loi protège mal les informateurs de police.

Quant aux faussaires de Saint-Gilles, leur jugement sera prononcé jeudi.


De Farid Kharkhach aux Benhattal (Euro 2016)

Selon nos informations, l’enquête ayant conduit à l’arrestation mardi passé à Laeken de Farid Kharkhach fait aussi mention de liens avec un certain Jamal A. Le 21 novembre 2011, ce Jamal A. fut jugé à Bruxelles pour un vieux hold-up de 300.000 euros commis le 13 novembre 2000 contre la bijouterie Stesssens à Grand Bigard. Jamal était jugé avec Mustapha Benhattal. Tous deux furent acquittés.

Mustapha Benhattal est l’un des suspects arrêtés le 18 juin dernier lors de cette fameuse opération de perquisitions à la recherche d’armes et d’explosifs dans 152 box de garage : le parquet fédéral les soupçonnait de préparatifs d’attentat pendant l’Euro 2016 et la fan zone de la place Rogier.

Avec son frère Jawad, les Benhattal étaient suspects aussi en raison des liens familiaux qui les unissent aux frères El Bakraoui qui se sont fait exploser lors des attentats de Bruxelles le 22 mars, les Benhattal comme les El Bakraoui étant d’ailleurs également liés à Oussama Atar toujours en fuite et considéré comme le cerveau potentiel, le grand coordinateur ou l’inspirateur de ces attentats et de ceux de Paris.