Belgique Une course-poursuite entre migrants et policiers a coûté la vie à Mawda, 2 ans, sous les yeux de son frère et de ses parents.

Lunettes de soleil vissées sur le nez, les agents de la police domaniale contrôlent un semi-remorque tandis qu’à quelques mètres, la tenancière du snack sert ses premières portions de frites. Pas plus que les automobilistes qui font halte sur cette aire de repos du Bois du Gard, le long de l’E42 à Nimy, ils n’ont conscience du drame qui s’est joué ici, quelques heures plus tôt. Et quel drame, pourtant !

Une fillette innocente, qui venait de fêter ses deux ans le 14 avril, est décédée dans des circonstances dépassant l’entendement. Elle aura passé les dernières minutes de sa courte vie exhibée au travers de la fenêtre d’un Peugeot Boxer blanc conduit par un passeur de migrants sans scrupules !

Ce véhicule avait été repéré sur le coup de 2 h, dans la nuit de mercredi à jeudi, sur l’aire de Hulplanche, sur cette même E42, entre Daussoulx et Namur-Ouest. La marque d’immatriculation belge encodée machinalement par une équipe de la police fédérale de la route de Daussoulx avait matché : elle correspondait à un bon client des autorités judiciaires.

C’est une copie. Mais à l’approche des policiers, le conducteur démarre en trombe, déclenchant une course-poursuite en direction de Mons, à laquelle il tente d’échapper par tous les moyens : manœuvres d’évitement, coups de volant et coups de frein. La réplique policière prend la forme de coups de feu de sommation puis d’arrêt, en direction des pneus. Rien n’y fait : la camionnette suspecte file dans la nuit.

Soudain, la vitre arrière de la fourgonnette vole en éclats et… un bambin, porté à bout de bras, est agité dans le vide !

Pour demander aux policiers de cesser les poursuites et préserver l’intégrité de l’enfant et des autres passagers ? Ou pour s’en servir comme d’un bouclier humain censé garantir leur fuite vers l’Eldorado anglais ? Le bébé est-il vivant ou s’agite-t-il par la force des éléments ? Pire : s’est-on servi de son corps pour briser la vitre ? Ces questions sont difficiles à poser. Et pourtant, elles sont d’ores et déjà au cœur de l’enquête menée par la police judiciaire fédérale (PJF) de Mons, dans le cadre d’une instruction ouverte pour entrave méchante à la circulation, rébellion armée, traite des êtres humains et, surtout, homicide volontaire.

Car, lorsque le Peugeot Boxer, encerclé par une quinzaine de véhicules de police, finit par s’immobiliser, contraint et forcé, sur le parking du Bois du Gard, avec à son bord… 26 adultes et quatre mineurs d’âge, les policiers font face à l’horreur. Sous leurs yeux, dans l’habitacle, git le corps inanimé de la fillette de deux ans. Son visage est tuméfié, le sang qui s’écoule encore frais. Des lambeaux de peau sont relevés sur le montant de la vitre brisée.

Les policiers tentent de la réanimer avant l’arrivée des secours, tandis que les cris de ses parents percent. Mais rien n’y fait. Le cœur de l’enfant cesse de battre définitivement dans l’ambulance… Selon The Guardian, contacté par des proches de la victime, elle s’appelait Mawda, et voyageait aux côtés de ses parents et de son frère de 3 ans.

Depuis, l’enquête bat son plein. Vers 16 h, le laboratoire scientifique a examiné la camionnette, emmenée à l’abri des regards dans le hangar d’un dépanneur, à Havré. Les premières auditions des migrants d’origine kurde, parmi lesquels devait se trouver au moins un passeur, ont été exécutées, tandis que l’autopsie de la petite victime devait être menée dans la soirée. À Daussoulx, au siège de la police de la route, les mines sont graves, les sentiments partagés entre colère, impuissance et abandon par le monde politique.

© D.R.