Cybersécurité: la Belgique n'en fait pas assez

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Le gouvernement fédéral a certes dégagé des moyens pour renforcer la sécurité électronique du pays mais la Belgique n'en fait pas encore assez, ont souligné mardi plusieurs parlementaires lors d'un échange de vues en Commission de la Chambre avec le premier ministre Elio Di Rupo.

Ces derniers mois, la Chancellerie, les Affaires étrangères et Belgacom ont été victimes d'attaques informatiques. Parallèlement, les révélations d'Edward Snowden ont mis au grand jour l'espionnage auquel se livrent les Etats-Unis, y compris vis-à-vis de pays alliés.

Depuis 2005, le gouvernement fédéral développe une stratégie de sécurité électronique. Au mois de décembre, il a décidé de l'accélérer malgré les difficultés budgétaires. Dix millions d'euros ont été dégagés, notamment pour créer un Centre belge de cybersécurité. Cinquante personnes seront bientôt engagées dans les différents services chargés de cette politique (police, Sûreté de l'Etat, renseignements militaires, etc.). Un arrêté royal ainsi qu'un projet de loi sont par ailleurs en préparation.

Une coopération existe avec le secteur privé, a précisé le premier ministre, interrogé sur ce point par plusieurs députés, mais les entreprises demandent la discrétion, voire le secret.

"Il s'agit d'actions concrètes pour lesquelles nous sommes, me dit-on, cités en exemple par les pays voisins, dont la France", a souligné M. Di Rupo.

Et si la Belgique a été victime d'attaques électroniques, elles n'ont rien de comparable à celles qui ont frappé l'Estonie en 2007 (une attaque a visé les institutions, les banques, les médias et même les services d'urgence) ou les Pays Bas l'an passé (10 millions de Néerlandais ont été privés de signature électronique).

Tant dans la majorité que dans l'opposition, ces efforts, s'ils sont réels, ont semblé insuffisants au regard de l'importance de l'enjeu.

"Nous sommes en deçà de la réponse que nous devons apporter à un problème aussi grave", estime Georges Dallemagne (cdH). "J'ai l'impression qu'on se partage la pénurie", a-t-il ajouté.

"Je me demande si nous n'avons pas perdu une législature dans ce dossier", a renchéri Denis Ducarme (MR), selon qui "ce ne sont pas 10 millions qui vont nous rendre moins vulnérables".

Dans l'opposition, Ronny Balcaen (Ecolo) a exprimé ses doutes sur l'efficacité des moyens déployés aujourd'hui. Les Verts ont proposé qu'une Commission d'enquête parlementaire consacrée à ce thème soit créée dès le début de la prochaine législature.

Le premier ministre ne s'est pas prononcé sur l'origine des attaques dont des institutions belges et Belgacom ont été la cible, et qui ont fait l'objet de plaintes devant les autorités judiciaires tant du gouvernement, en octobre, que de l'opérateur télécom.

"Je n'ai aucune information qui permette de dire que c'est tel ou tel service qui est responsable", a-t-il affirmé.

M. Di Rupo n'a pas voulu non plus faire de distinction entre une intrusion électronique qui viendrait des Etats-Unis et un acte similaire d'un autre pays: "Il n'y a pas un bon espionnage et un mauvais espionnage".

A ses yeux, ces aspects de sécurité doivent être abordés dans le cadre d'une coopération internationale. Le premier ministre belge a donc soutenu l'appel de la présidente brésilienne en vue d'un traité international sur la protection de la vie privée des citoyens ou les initiatives du président français et de la chancelière allemande en vue d'un code de bonne conduite entre alliés américain et européens en matière d'espionnage.

"Il faut veiller à ce que les révélations NSA/Snowden n'entraînent pas la cyberbalkanisation, un repli sur soi ou la réduction des libertés d'expression sur la toile et sous des prétextes sécuritaires", a-t-il conclu.


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