Belgique

Il n'existe actuellement aucune procédure officielle pour déterminer si un jeune arrêté a besoin ou non d'un interprète, déplore jeudi l'Union professionnelle de, pour et par les traducteurs et/ou interprètes assermentés en Belgique (UPTIA). 

La police agit "au feeling", bien que le droit à un interprète est prévu par la loi en Belgique. L'UPTIA interpelle le gouvernement depuis plusieurs années sur la pénurie d'interprètes. "Une réévaluation et un refinancement de la fonction d'interprète assermenté, combinée à une meilleure formation, est vraiment nécessaire", plaide l'organisation professionnelle. Dans le cadre du dossier relatif au décès de Mawda, le chef de corps de la zone de police Mons-Quévy a déjà mentionné le manque d'interprètes, à la suite d'informations selon laquelle la procédure de protection des mineurs non accompagnés n'aurait pas été respectée dans ce dossier.

L'UPTIA ne se dit pas surprise et rappelle qu'elle interpelle le gouvernement depuis des années au sujet du manque d'interprètes.

Une directive européenne prévoit d'ailleurs la mise en place d'une procédure permettant d'évaluer si un prévenu ou un suspect comprend ou parle la langue de la procédure ou s'il a besoin de l'assistance d'un interprète.

"Le recours à un interprète dépend des listes de noms dont dispose la police et de la disponibilité de ces interprètes." L'Union des interprètes assermentés souligne qu'actuellement, les services de police n'ont pas encore accès au registre national des traducteurs et interprètes. "Il n'y a pas non plus suffisamment d'interprètes disponibles pour certaines langues ou dialectes. De plus, ils ne sont pas assez payés, ce qui n'est pas motivant et explique que certains traducteurs ne veulent plus se déplacer. Il faut absolument dégager des moyens supplémentaires."

Le policier qui a tiré sur Mawda se dit "anéanti", voici sa version des faits

Son avocat revient sur les événements qui ont mené à la mort de Mawda. "En aucun cas, il n’essaie de justifier son acte."


V ., qui a, le 17 mai 2018, tiré en direction d’une camionnette au cours d’une course-poursuite, est anéanti depuis l’annonce du décès de Mawda. Il n’existe pas de mot assez fort pour exprimer ses regrets à l’attention de sa famille." Dans un courrier envoyé à "La Libre", Laurent Kennes, avocat spécialisé en droit pénal général et droit pénal des affaires, livre la version de son client, policier depuis un peu plus de dix ans. "C’est la première fois qu’il était confronté à une telle situation et qu’il a fait usage de son arme."

Une conduite dangereuse et agressive

C’est à 2 h 10 du matin, le jeudi 17 mai, que V. et son équipier ont été avertis de la course-poursuite. N’ayant pas pu obtenir d’informations sur les motifs de l’intervention en cours, ils se sont placés sur la bande d’arrêt d’urgence. Lorsqu’ils aperçoivent la camionnette, talonnée par leurs collègues de la police de la route, ils montent sur l’autoroute et rattrapent la camionnette, dont la conduite est décrite comme "particulièrement dangereuse".

Alors qu’ils somment le conducteur de s’arrêter "par des signes des bras et des mains", ce dernier donne des coups de volant et tente de faire sortir de la route le véhicule des policiers. "Il s’est avéré ultérieurement qu’elle avait préalablement percuté un autre véhicule de police au cours de la course-poursuite", ajoute l’avocat.

Le policier ignorait que des migrants étaient à l’intérieur

D’après Laurent Kennes, son client ignorait la présence de migrants à l’intérieur de la camionnette. "Rien ne lui a laissé penser que plusieurs personnes étaient réfugiées dans cette camionnette destinée au transport de marchandises et non de personnes."

Selon une source proche du dossier, les policiers impliqués dans la course-poursuite ont en effet cru à ce qu’on appelle dans le jargon policier un "vol cargo", c’est-à-dire les vols dans des camions stationnés le long des autoroutes. Toujours selon cette source policière, les vols cargo sont très récurrents sur les aires de repos. "Il arrive régulièrement que nous soyons appelés pour un vol cargo alors qu’il s’agit de migrants qui tentent de s’introduire dans un camion, et inversement", nous explique-t-on.

La camionnette a braqué au moment du tir

Face à un comportement très agressif, V. et son collègue montrent leurs armes, faisant ainsi signe au conducteur qu’ils sont susceptibles de faire feu. Cela n’a toutefois pas intimidé le conducteur, qui a "persévéré dans sa conduite insensée". "V. a alors pris la décision de tirer dans le pneu avant gauche dans l’espoir d’arrêter le véhicule fou." Les policiers se placent alors à quelques mètres de la camionnette. Malheureusement, au moment où V. fait usage de son arme, la camionnette tente une nouvelle fois de les percuter et donne ainsi un coup de volant. Avec les suites tragiques que l’on connaît aujourd’hui.

Immédiatement après le tir, la camionnette - dans laquelle se trouvaient 26 personnes - quitte l’autoroute par l’entrée d’un parking autoroutier, où elle percute un poids lourd et s’arrête enfin. Les deux équipiers se rendent également sur l’aire d’autoroute. "Ce n’est que par la suite que mon client a appris qu’une enfant avait été touchée et qu’il y avait, outre le conducteur, plusieurs migrants à l’intérieur du véhicule, indique l’avocat. A aucun moment celui-ci n’a tiré ni pour tuer, ni pour blesser."

Choqué par les propos de De Wever

Le but de ce courrier, précise l’avocat, n’est pas de justifier l’acte de son client. Il s’agit, ni plus ni moins, de fournir des informations sur les circonstances qui l’ont amené à tirer.

Laurent Kennes décrit un homme "anéanti" qui "n’a pas assez de mots pour exprimer ses regrets à l’attention de la famille de Mawda". Un homme qui, en outre, ne cautionne pas les propos tenus par Bart De Wever, sans toutefois le nommer. "Il ne s’associe en rien à tout propos stigmatisant les migrants comme délinquants. Il a lui-même, malgré sa situation délicate, été profondément heurté que la responsabilité des parents soit envisagée dans un tel contexte. Au-delà du décès de Mawda, il est épouvantable que 28 personnes - à suivre la presse - se soient entassées dans une camionnette de transport de marchandises et aient été mises en danger dans le cadre d’une course-poursuite. La misère qui pousse ces personnes à vivre de telles situations ne peut qu’inspirer tristesse et compassion. C’est ce qu’a toujours ressenti cet homme, et c’est plus encore ce qu’il ressent aujourd’hui. Il se sent totalement dépassé par l’ampleur de ce drame et par la douleur des parents. Il ne sait comment réagir, tout simplement parce qu’il est impossible de bien réagir. Il tient en tout cas à le faire dans le respect des victimes et des migrants et avec humanité."

V., dont les parents ont émigré en Belgique dans les années 60, reste à disposition de la justice. Son avocat indique encore qu’il collaborera pleinement à l’enquête.