Belgique

“Cinq fois, j’ai perdu un enfant”... En avril 2008, à quelques semaines de ses 80 ans, la reine évoquait pour la première fois ces épisodes tristes de son existence.

Le 24 mai 1961, cinq mois après son mariage, Fabiola appréhende un nouvel aspect de son métier de reine. Pas le plus difficile, certes, mais tout de même très impressionnant. Elle entre dans le gotha en suivant son mari lors d’une visite officielle à Paris où elle est reçue par un Général de Gaulle qui se montrera tout simplement charmé.

Réception à la descente d’avion à Orly, tapis bleu et or, douze mille policiers mobilisés… Le couple belge réside au palais des Affaires étrangères. Avant le grand dîner prévu à l’intérieur même du Louvre, Fabiola a le temps de rejoindre, à l’hôtel Crillon, sa mère venue l’embrasser.

Le deuxième soir, le roi et la reine sont invités à l’opéra et, pendant le troisième acte du Lac des Cygnes, la jeune femme est prise d’un étourdissement. Baudouin la conduit dans le hall, l’aide à s’asseoir sur une banquette vide et, là, Fabiola lui sourit. Elle sait – ils savent – l’origine du malaise…

Le lendemain, Fabiola garde la chambre et Baudouin remplit seul le programme officiel. Un communiqué des médecins fait état de coliques néphrétiques. À Bruxelles, la rumeur commence à circuler : la reine des Belges serait enceinte !


Le palais ne confirme pas

Deux semaines plus tard, le mercredi 7 juin, deuxième voyage officiel pour le roi et la reine. Et celui-ci, Fabiola ne le manquerait pour rien au monde : Rome et le Vatican. Elle, issue d’une grande famille catholique d’Espagne, a l’intention de demander au pape Jean XXIII de bénir l’enfant qu’elle porte et de prier pour lui.

À Rome, tout le monde remarque l’extraordinaire pâleur de la reine belge. Les convenances sont même quelque peu bousculées pour elle, compte tenu de son état. Habituellement, les invités de marque arrivent dans les appartements papaux en montant l’escalier d’honneur qui part de la cour Saint-Damase. Baudouin et Fabiola prendront l’ascenseur.

Dans un moment de bonheur, le pape va commettre un impair diplomatique de taille en confiant à des journalistes ce que le palais de Bruxelles n’a jamais confirmé : la reine attend un heureux événement. Cette fois, c’est sûr ! L’information sera diffusée en France avant de l’être en Belgique où les représentants du peuple ne comprennent pas que leur roi et leur reine ne les aient pas informés en premier. Au retour du couple, le 10 juin, le Premier ministre, Théo Lefèvre, s’en sort par une déclaration manifestement embarrassée.

À partir de ce jour, Fabiola restera enfermée à Laeken. La Belgique attend l’heureux événement pour le mois d’octobre. Mais le vendredi 23 juin, l’agence Belga diffuse une dépêche annonçant que l’heureux événement attendu n’aurait pas lieu “cette année”. La mauvaise nouvelle doit être lue entre les lignes. Mais le fait est là : cette petite vie s’est éteinte dans le ventre de Fabiola. Le 25 juin, le grand maréchal de la cour le confirme officiellement.

À la fin de cette année 1961, c’est du Belvédère que viennent les heureuses nouvelles. La princesse Paola est enceinte. Son deuxième enfant, la princesse Astrid naîtra le 5 juin 1962. Fabiola considère cette grossesse, dans la famille, comme un signe d’espoir et, de fait, les observateurs remarquent, en février 1962, lors d’un gala au Théâtre du Parc que la reine trempe à peine les lèvres dans la coupe de champagne qu’on vient de lui offrir. Un signe ? Il est clair aux yeux de tout le monde que Fabiola évite d’accepter un trop grand nombre d’engagements. Tertio, une visite officielle en Grande-Bretagne, déjà reportée en 1961 et remise à l’été 1962, est à nouveau retardée.

Cette fois, le couple royal veut mettre toutes les chances de son côté. On fait venir, de Suisse, un gynécologue considéré comme le plus grand spécialiste mondial. Le professeur ramène le roi et la reine chez lui, à Lausanne. Il procède à des examens et il conclut à une malformation physiologique chez Fabiola. Le gynécologue estime qu’il existe dix chances sur cent pour que cette grossesse puisse être menée à terme et, même si c’était le cas, Fabiola n’aurait, selon lui, qu’une chance sur vingt de survivre à un accouchement.

En Belgique, certains praticiens suggèrent à la reine une interruption de grossesse. C’est évidemment totalement en dehors de ses principes religieux. Idem pour ce qui concerne le roi Baudouin.

L’accouchement aura lieu spontanément au quatrième mois de la grossesse. L’enfant est mort-né.

Fabiola ne renonce pas pour autant. Par-dessus tout, elle veut être mère. Avec son mari, elle part en pèlerinage à Lourdes, elle prie, va jusqu’à espérer un vrai miracle. En avril 2008, à quelques semaines de ses 80 ans, la reine évoquait pour la première fois ces épisodes tristes de son existence : “J’ai moi-même perdu cinq enfants. On tire quelque chose de cette expérience.” Elle a donc fait cinq fausses couches. Jusque là, on en connaissait trois. La troisième date de 1966 et, cette fois, la grossesse atteindra le cap des cinq mois. Mais le 12 juillet, le palais publiait un nouveau communiqué.

Fabiola continua à consulter les plus grands spécialistes. Elle repartira en pèlerinage, choisissant cette fois la ville d’Assise, celle de Saint-François. Elle subira aussi une intervention chirurgicale de la dernière chance en août 1968. En vain.

Fabiola n’a pas eu d’enfant. Par contre, mais ce ne fut qu’une maigre consolation, elle eut 37 neveux et nièces, rien que dans sa famille espagnole, trois autres, ceux d’Albert et Paola, en Belgique, et cinq, ceux de Joséphine-Charlotte, au Grand-Duché du Luxembourg.