Belgique

Le collectif de coursiers qui réclame le maintien du statut Smart pour les livreurs de Deliveroo compte mener un arrêt de travail tous les samedis soir jusqu'à la fin du mois si la direction n'entend pas ses revendications, a indiqué mercredi Martin Willems, permanent syndical à la CNE. Le collectif, organisation autonome d'environ 200 livreurs soutenue par le syndicat chrétien, mène actuellement un bras de fer avec la direction. Cette dernière souhaite imposer à tous ses collaborateurs le statut d'indépendant d'ici la fin du mois de janvier. Elle avait annoncé fin octobre mettre un terme à sa collaboration avec la Smart, une coopérative qui permettait aux livreurs de bénéficier du statut de salarié pendant leurs prestations - et donc d'une protection sociale.

Lundi, une rencontre entre les protestataires et la direction belge a eu lieu, mais la direction a réaffirmé sa volonté de faire passer tous les coursiers sous statut indépendant à la fin du mois, tout en demandant la suspension des actions du collectif. Un arrêt de travail avait suivi, mobilisant également quelques restaurants.

Un nouveau courriel de revendication a été envoyé mardi à la direction. Sans réponse de sa part, une action est prévue dès samedi à 18h à Ixelles et dans le centre ville de Bruxelles, a indiqué Martin Willems.

De son côté, la direction de Deliveroo invoque des raisons juridiques pour la fin de sa collaboration avec Smart et rappelle que le collectif ne représente pas l'ensemble des 2.000 coursiers du pays.

"Les manifestants qui veulent retirer aux autres coursiers la liberté de travailler quand et où ils veulent ne représentent pas les meilleurs intérêts de la majorité des coursiers Deliveroo", indique la société mercredi soir. "Deliveroo a cherché à accroître la sécurité des livreurs travaillant avec elle, en introduisant l'assurance accident et l'assurance responsabilité civile. Nous voulons combiner flexibilité et sécurité."

Soutien du député Ecolo Gilles Vanden Burre

Le député Ecolo veut une législation claire vis-à-vis du statut des coursiers. Il propose une solution semblable à celle appliquée aux sociétés de livraison traditionnelles.

Lundi, une quarantaine de coursiers Deliveroo (société de livraison à vélo de plats préparés par des restaurants) se rassemblaient pour mener leur toute première grève. Celle-ci était organisée suite à l’échec des négociations entre les coursiers et la direction. Les livreurs manifestaient principalement contre le nouveau système de paiement à la course, qui devrait leur être imposé à la fin du mois de janvier.

Soutenus par la CNE et la CSC dans leur démarche depuis plusieurs mois, les coursiers pourront désormais également compter sur l’appui du député Ecolo Gilles Vanden Burre. Hier matin, celui-ci publiait un communiqué, s’insurgeant du changement de statut qui menace les coursiers. “Le statut antérieur, via la Smart et des contrats de travail de courte durée, n’était pas idéal mais prévoyait au minimum une assurance en cas d’accident de travail et des bénéfices de prestations de sécurité sociale”, pouvait-on notamment y lire.

Contacté par nos soins, le député dénonce fortement les conditions proposées par la plateforme à ses coursiers. “Il est inacceptable, en 2018 et en Belgique, de rémunérer des travailleurs 7,50 euros brut la course et 5 euros pour les étudiants, sans couverture sociale ni assurance”, martèle-t-il. Ce matin, Gilles Vanden Burre doit rencontrer une délégation de coursiers afin de se pencher sur des solutions.

Alors, quelles alternatives le pouvoir législatif peut-il apporter aux coursiers face à Deliveroo ? Gilles Vanden Burre mentionne deux cas de jurisprudence qui pourraient influencer une future décision. Premièrement, la loi de 1991 qui concerne le secteur de la distribution postale. Celle-ci impose que tous les travailleurs de ce secteur doivent être employés en vertu d’un contrat de travail. Aussi, le député rappelle la décision de la Cour de Justice Européenne (CJUE) concernant les chauffeurs Uber. En décembre 2017, celle-ci a identifié Uber comme une société de transport (et non une simple plateforme numérique), imposant à l’entreprise de se plier aux normes en vigueur dans chaque pays de l’Union Européenne.

En attendant, la date fatidique du 31 janvier approche pour les livreurs, et ceux-ci n’ont pas l’intention de baisser les bras. Sauf retour en arrière (très peu probable) de Deliveroo cette semaine, la prochaine grève aura lieu samedi, et a pour but cette fois d’impliquer les clients via une action “zéro commande”, en les invitant à boycotter l’application.

Peeters presse la commission d’enquête

La semaine prochaine, Gilles Vanden Burre (Ecolo) compte interpeller le ministre de l’emploi Kris Peeters en commission économie, afin de connaître ses intentions en ce qui concerne le problème Deliveroo. Au mois d’octobre, le ministre demandait à l’inspection du travail de mener un enquête à ce sujet. Kris Peeters a également rencontré la direction de Deliveroo mais, deux mois plus tard, aucun résultat n’a encore été communiqué. Pour le moment, le cabinet du ministre ne peut pas donner “de réponse concrète”, mais nous informe que Kris Peeters a “exhorté l’administration à travailler de manière rapide mais approfondie”.