Belgique La députée fédérale Julie Fernandez (PS) s’inquiète des plans du ministre de la Défense pour le devoir de mémoire belge.

La désillusion frappe le musée de l’Armée (MRA), dans son écran de pierres d’antan, sur l’Esplanade du Cinquantenaire, dès l’entrée. Depuis le 1er janvier, il faut payer. Cinq euros, c’est peu, et tellement à la fois pour une institution qui jusqu’alors jouissait de la gratuité de l’entrée.

"Oui, l’aspect financier est évoqué pour parler des travaux qui ne sont pas réalisés", opine Julie Fernandez Fernandez. "Chose étonnante : il y a 400.000 euros non engagés dans le budget du musée" de l’année passée. De l’argent irrémédiablement perdu dans, semble-t-il, un laisser-aller général.

L’affaire n’est pas neuve. Depuis plusieurs législatures, ministres de la Défense et parlementaires s’engagent dans des joutes à ce propos. À l’aube d’une nouvelle réforme de l’armée belge et du plan stratégique nécessaire pour la mener à bien, une résolution demandait que cette mission de mémoire soit incluse.

"Or elle ne se trouve nulle part", s’inquiète la députée socialiste. "Il n’y a pas une ligne !" Sauf que, précise cette membre de la commission Défense à la Chambre, en coulisses, le ministre Vandeput (N-VA) y travaille. Entre autres cas évoqués : l’éventuel déménagement de la riche collection d’avions vers Coxyde…

Cette éventualité inquiète d’autant plus l’élue liégeoise, qui interpellera le ministre ce matin et déposera une motion pour, notamment, rétablir une politique scientifique au sein du MRA et de ses antennes, préserver les collections, réformer l’Institut des Vétérans sans remettre en cause son ancrage fédéral… Bref, d’assurer à la Mémoire de l’histoire belge un avenir commun.

"Cela implique, avant tout, d’établir un véritable inventaire des collections, pour en assurer une répartition - j’évite le mot partage, qui implique une scission - équitable. J’ai peur que le ministre considère cela comme du tourisme et invoque la régionalisation…".

"Ma crainte est que ce soit un axe de la N-VA qui détricote l’État fédéral, insiste-t-elle. L’objectif de ce démantèlement est aussi de régionaliser l’histoire des Belges. Or elle doit permettre l’échange."

L’élue prend en exemple les commémorations de 14-18. Elle avait inspiré une autre résolution parlementaire, visant à faire coopérer les Régions. En pratique, ce ne fut pas simple. Quant à la résolution, deux partis ont voté contre : le Vlaams Belang et… la N-VA. Aujourd’hui, l’un de ses représentants est aux manettes de la Défense et de ses joyaux historiques.

"Le musée est un symbole mais il y a aussi ses antennes, le patrimoine communal, local", rappelle Mme Fernandez. "C’est un combat de symboles et de valeurs. Nous avons besoin de nous rappeler d’un socle commun, cette histoire en est un : nos valeurs ne viennent pas de nulle part."