Belgique

Le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration a déclaré, devant les Parlementaires, qu'il avait "conscience d'avoir heurté certaines personnes.

Les députés Julie Fernandez Fernandez (PS), Fatma Pehlivan (sp.a), Zakia Khattabi (Ecolo) et Ahmed Laaouej (PS) ont clamé jeudi leur fierté d'être belges et rendu hommage à leurs aïeuls et au parcours de ceux qui ont contribué à développer la Belgique, le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken ayant il y a quelques années estimé que toutes les migrations ne se valaient pas.

"Le PS a entendu les excuses. Ce n'est pas rien mais ce n'est pas assez. Nous ne demandions pas des excuses mais une démission. C'est trop facile de s'excuser en vingt secondes, puis de dire 'on oublie tout'", a dit Julie Fernandez Fernandez (PS) dénonçant la "faute" et la "faiblesse" du Premier ministre Charles Michel.

Si seuls les socialistes ont continué à exiger la démission du secrétaire d'Etat, Ecolo, cdH et sp.a ne sont pas montré rassurés, plusieurs élus d'origine étrangère disant au secrétaire d'Etat Francken leur "fierté d'être belges", une nationalité que ce dernier avait dit "haïr". Ils ont également rappelé les nombreuses plus-values des immigrations congolaises, marocaines, algériennes et autres que le secrétaire d'Etat avait remises en cause.

"No pasaran!", a lancé Julie Fernandez accusant le secrétaire d'Etat de vouloir distiller la peur dans la population.

"Vos déclarations sont racistes et discriminantes", a asséné à Theo Francken Fatma Pehlivan (sp.a), s'étonnant que Najma Lanjri (CD&V) et Zuhal Demir (N-VA), sur les bancs de la majorité aient plu oublier la plus-value économique des migrants venus dans les années '60.

Erigeant un "cordon sanitaire" autour de Theo Franncken, Zakia Khattabi (Ecolo) s'est adressée au Premier ministre Charles Michel qui avait évoqué, dans sa condamnation de la collaboration, le sort de son grand-père mort au sortir de la guerre. Elle a elle-même rendu hommage à ses propres grands-parents et à toute la diaspora qui a contribué au développement de la Belgique. Ahmed Laaouej (PS) s'est joint à cet instant de solennité pour rappeler le rôle des tirailleurs marocains, algériens et africains qui ont freiné l'offensive allemande en mai 1940 à Gembloux, ainsi que celui de nombreux mineurs morts de maladie. "N'est-ce pas là une plus-value?", a-t-il lancé à Theo Francken.

Alors que le chef de groupe MR Denis Ducarme avait loué la volonté du gouvernement d'opter pour une "maîtrise de la migration", "humaine et ferme", dans la foulée du gouvernement précédent, la cheffe de groupe PS Laurette Onkelinx s'est montrée dubitative, certainement avec "un raciste à la tête du département".

"Je ne permets pas de dire que Theo Francken est raciste, que la N-VA est raciste", a coupé Zuhal Demir (N-VA). Sa collègue Sarah Smeyers (N-VA) a défendu la nouvelle politique migratoire, plus économique, plus moderne et plus "efficace" en matière de rapatriement.

Theo Francken a regretté la lecture "sélective" de l'accord faite par l'opposition. Il s'est étonné du peu de cas fait autour de l'amélioration des procédures et des charges administratives, l'attention portée aux victimes de trafics et aux mineurs non accompagnés. Il y a effectivement une "tendance à caricaturer", a regretté Denis Ducarme.

"Je peux entendre partiellement les excuses", avait dit préalablement Monica De Coninck (sp.a) mais votre politique souffre d'un problème de formulation présentant trop souvent les étrangers comme des fraudeurs, des gens à rapatrier, des sans-papiers criminels, des gens dont il faut vérifier le patrimoine".

"Qui a dit que la N-VA avait des relents racistes, après moi? C'est le Premier ministre. Pour une fois, je suis d'accord avec lui", a conclu Francis Delpérée (cdH).


Les excuses de Francken

Le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken a demandé la parole lors de la reprise des travaux sur la déclaration de gouvernement jeudi à la Chambre pour s'excuser de certaines déclarations qu'il a tenues dans le passé et qui ont blessé. Il a ajouté qu'il serait un secrétaire d'Etat agissant au nom de tous et dans le respect de chacun. Les médias ont relevé ces derniers jours d'anciennes déclarations de Theo Francken méprisant certaines minorités, après qu'une première polémique avait été soulevée à son endroit pour avoir participé à la fête d'anniversaire d'un ancien collaborateur.

"Il y a eu ces derniers jours beaucoup d'agitation à propos de certaines déclarations que j'ai tenues dans le passé. Je réalise que ce faisant j'ai blessé des gens. Cela n'a jamais été mon objectif. Je souhaite sincèrement m'excuser. Je vous garantis que je serai un secrétaire d'Etat dans l'intérêt de tous les habitants de ce pays, avec un grand respect pour chacun", a dit M. Francken dans un texte lu dans l'hémicycle.

Les excuses de M. Francken ont été formulées après un contact informel jeudi matin entre le Premier ministre Charles Michel et ses vice-Premiers ministres à la suite de quoi le chef du gouvernement a exigé qu'une telle démarche ait lieu au Parlement.

L'opposition avait demandé des explications au gouvernement et bon nombre de députés ont exigé la démission de Theo Francken.

La politique d'asile et d'immigration ressortissant à la compétence du secrétaire d'Etat doit être débattue jeudi après-midi à la Chambre. Les députés doivent également encore débattre de la politique de sécurité et de l'Intérieur défendue par le vice-Premier ministre Jan Jambon, également dans le collimateur d'une partie de l'opposition pour des déclarations ambiguës sur la collaboration.

Mercredi, au cours d'une séance houleuse, le Premier ministre Charles Michel a condamné la collaboration au nom de l'ensemble des membres de son gouvernement.

La séance a repris jeudi avec un débat sur le volet Justice. Les discussions ont lieu dans une sérénité un moment perturbée par des militants d'Agir pour la Paix et VredesActie qui ont étendu de grandes banderoles depuis les tribunes du public appelant à la disparition des armes nucléaires sur le territoire. "Les Belges ne veulent plus des armes nucléaires. Au travail!", pouvait-on lire en référence à un récent sondage. Les militants ont été évacués par les services de sécurité.