Belgique Ces hommes, sans-papiers, ont dénoncé les rackets dont ils auraient été victimes auprès d’un groupe de citoyens.

Cela fait plusieurs semaines que des centaines de migrants ont réinvesti la gare du Nord et le parc Maximilien tout proche. Pour la plupart sans-papiers et originaires d’Afrique, ils s’y réfugient en journée avant d’essayer de rejoindre le Royaume-Uni la nuit, en tentant de se cacher dans des camions. Désormais, les migrants du parc Maximilien dénoncent des faits de racket de la part des forces de l’ordre. Ils se sont confiés au groupe Solidarité avec les réfugiés de la gare du Nord, un collectif de citoyens bénévoles qui se charge de leur distribuer nourriture, vêtements et sacs de couchage.

"Plusieurs réfugiés sont venus me trouver en disant qu’ils n’avaient plus leur argent ni leur GSM. Ils ont fini par me dire que c’était la police. Je suis tombée de haut. C’était un groupe de jeunes qui se promenait à 6 h du matin aux alentours de la gare du Nord. Le conducteur d’un combi de police leur a crié de s’arrêter. Après la fouille, les policiers ont gardé l’argent. L’un d’eux dit avoir perdu 450 euros ! Ces deux dernières semaines, j’ai entendu quatre histoires similaires", témoigne Françoise Romnée, coordinatrice du groupe.

La police de Bruxelles-Ixelles n’a pas connaissance de tels faits, pas plus que les autres instances de police et judiciaires contactées. Ilse Van de Keere, porte-parole de la zone de police, a précisé qu’aucun corps de police n’est nommément désigné et que ces accusations font suite à des récits de "quelques migrants".

Un contact a été pris avec le Comité P. et une enquête judiciaire va être lancée sans délai, assure la porte-parole. "Au besoin, nous prendrons les mesures nécessaires car, si ces allégations sont avérées, elles nécessiteraient la réaction la plus ferme de notre part", conclut-elle. "Il faudrait que des migrants puissent déposer plainte ou nous informent plus précisément", commente le porte-parole du parquet de Bruxelles, Gilles Dejemeppe.

Selon Françoise Romnée, les personnes rackettées et les témoins de la scène sont tous sans-papiers. Déposer plainte serait donc extrêmement risqué pour ces personnes qui pourraient dès lors être arrêtées et transférées en centre fermé avant d’être rapatriées dans leur pays d’origine.

Alexis Deswaef, président de la Ligue des droits de l’homme, ajoute que "si ces faits sont avérés, ces policiers ne sont pas dignes de faire partie du service public police. Ils doivent être sanctionnés, et les victimes indemnisées. Non seulement les migrants sont en situation de vulnérabilité, laissés sans soins ni accueil par l’État, mais en plus, ils sont les victimes des agents de l’État. Honte à la Belgique."