Belgique

Deux policiers fédéraux ont comparu mardi devant la chambre du conseil de Bruxelles, suspectés d'avoir saisi la caméra d'une équipe de tournage de ZIN TV et effacé des données vidéos des cartes mémoires de cette caméra, le 15 octobre 2015 lors d'une manifestation. ZIN TV et ATTAC se sont constitués partie civile contre les policiers. A l'appel de la Ligue des Droits de l'Homme, de nombreuses personnes s'étaient rassemblées mardi matin devant le palais de justice de Bruxelles, en soutien à ZIN TV et à tous les citoyens qui subissent des censures policières.

Le juge de la chambre du conseil francophone a décidé mardi de renvoyer l'affaire devant son homologue néerlandophone, étant donné que les deux policiers poursuivis parlent le néerlandais. Une nouvelle audience sera donc fixée dans cette affaire dans quelques semaines, devant la chambre du conseil néerlandophone cette fois. Dans cette affaire, deux policiers sont suspectés d'avoir illégalement supprimé des enregistrements vidéo d'une caméra appartenant à une équipe de tournage de ZIN TV, lors d'une manifestation contre le TTIP, le 15 octobre 2015 dans le quartier européen à Bruxelles. Thomas Michel et Maxime Lehoux, les reporters de ZIN TV, s'étaient dans un premier temps vus contraints de stopper leur enregistrement, alors qu'ils filmaient des militants se faire arrêter par la police. Plus tard dans la soirée, ils avaient à nouveau filmé la police libérant les militants arrêtés et les déposant du côté de la Porte de Hal. 

C'est à cette occasion que leur caméra a été saisie et que toutes les données, y compris celles récoltées durant la journée, ont été effacées par les deux policiers en cause. En janvier dernier, le comité P a confirmé qu'un policier ne peut pas supprimer lui-même ou imposer la suppression des images à la personne les ayant réalisées. "En ce qui concerne la saisie et la suppression des images de la caméra, l'enquête a permis de relever un dysfonctionnement tant organisationnel qu'individuel qui a mené le chef de corps de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles à diffuser à l'ensemble de son personnel une instruction générale relative à la gestion des personnes privées de liberté dont une fiche précisant qu'un policier ne peut pas supprimer lui-même ou imposer la suppression des images à la personne les ayant réalisées", affirme le Comité P dans un courrier adressé à l'avocat de ZIN TV, précisant encore que les policiers concernés avaient fait l'objet d'un rappel à la norme. 

"La question ne concerne pas uniquement les médias mais tous les citoyens en situation de filmer la police dans ses interventions, que ce soit en manifestation, lors d'arrestations, d'expulsions ou encore plus récemment lors des rafles qui ont eu lieu au parc Maximilien. Des migrants, des volontaires de la plateforme citoyenne de solidarité aux réfugiés ainsi que des photographes ont subi des intimidations et des violences alors qu'ils filmaient les interpellations et les arrestations. Ils se sont fait saisir leurs téléphones, certaines photos et vidéos ayant été effacées par les agents de police, en toute illégalité. Nous ne pouvons tolérer une telle atteinte à nos libertés et à nos droits fondamentaux, qui constituent l'essence de nos démocraties. Sans eux, que reste-t-il?", a commenté ZIN TV mardi, lors d'un rassemblement devant le palais de justice de Bruxelles.