Belgique La "suédoise" est, après Dehaene Ier, le gouvernement qui a suscité la plus grande contestation sociale, selon le Crisp.

Après une année 2014 marquée par une très forte contestation du fraîchement installé gouvernement Michel, 2015 a vu fortement diminuer la mobilisation syndicale, et singulièrement le nombre de jours de grève. En 2016, celle-ci est nettement repartie à la hausse, apparaît-il à la lecture du dossier annuel du Centre de recherche et d’information sociopolitiques (Crisp), "Grèves et conflictualité sociale en 2016" (www.crisp.be).

L’an 2016 a compté 409 752 jours de grève, soit presque deux fois plus que 2015 (voir infographie 1). L’année avait pourtant débuté calmement, mais le deuxième trimestre a connu à lui seul davantage de jours de grève (247 333) que l’ensemble de 2015. En cause, surtout, les grèves menées dans le secteur public et les actions organisées au niveau interprofessionnel pour protester contre les mesures budgétaires du gouvernement Michel (atteinte à la pension des fonctionnaires, flexibilisation du temps de travail).

Cette période a également été marquée par des conflits sociaux à la SNCB et dans les prisons, particulièrement suivis au sud du pays. Ce qui avait fait dire au ministre-Président de la Flandre Geert Bourgeois (N-VA) : "La frontière linguistique est devenue une frontière de la grève et les Flamands crachent dessus." Une affirmation qu’a voulu vérifier le Crisp, à l’aune du nombre de jours de grève en Wallonie et en Flandre. Il en ressort que, sur la période 1991-2016, les données sont insuffisantes pour se prononcer de manière absolue sur le comportement de grève en Wallonie et en Flandre. Pour la seule année 2016, par contre, le nombre de jours de grève, par 1 000 travailleurs, est inférieur en Flandre. La différence est toutefois faible, sauf pour ce fameux deuxième trimestre, au cours duquel la Flandre a enregistré 42 jours de grève par 1 000 travailleurs, contre 102 jours en Wallonie et 75 jours à Bruxelles.

Le gouvernement Michel, médaille d’argent

Le Crisp a également voulu savoir quelle était l’intensité de la contestation de la coalition N-VA-MR-CD&V-Open VLD, en comparaison avec ses prédécesseurs. Pour ce faire, il a additionné le nombre de jours de grève durant chaque législature depuis 1991 (sans donc prendre en compte les très contestés gouvernements Martens-Gol). "Bien que les grèves d’envergure, telles que les grèves générales et du secteur public, soient prédominantes au sein des statistiques, toutes les grèves ne visent pas explicitement la politique du gouvernement fédéral, précise le Crisp. Néanmoins, les grèves menées au niveau des secteurs et des entreprises ne peuvent être complètement dissociées de la politique fédérale. Autrement dit, ces chiffres fournissent une indication de la ‘paix sociale’relative sous les différents gouvernements fédéraux."

Et à ce petit jeu (voir infographie 2), avec une moyenne mensuelle de 12,2 jours de grève par 1 000 travailleurs (deux fois plus que sous Di Rupo), la "suédoise" se place à la deuxième place du classement des gouvernements les plus chahutés, derrière Dehaene Ier (1992-1995) et son Plan global. Mais la législature n’est pas terminée, note le Crisp, et, les gouvernements planifiant généralement les réformes qui fâchent en début de législature, la moyenne mensuelle du gouvernement Michel diminuera probablement.

 

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