Belgique Magda Aelvoet veut y consacrer plusieurs centaines de millions

BRUXELLES Ministre de la Santé publique, de la Protection du consommateur et de l'Environnement. S'il fallait établir un hit-parade des portefeuilles ministériels qui touchent au plus près les préoccupations quotidiennes de la population, celui de Magda Aelvoet se situerait dans le trio de tête. Entretien.
L'économie belge montre des signes évidents de bonne santé. Quel bénéfice les patients vont-ils en retirer?

`L'une des priorités du gouvernement repose sur la consolidation de la Sécurité sociale, afin d'assurer une meilleure redistribution des richesses. Pour cela, il importe de prendre en compte le statut socio-économique de chacun. Je pense ici, par exemple, aux chômeurs, auxquels nous accordons une attention extrême.´

Vous vous montrez également très attentive aux malades chroniques...

`C'est exact. Nous allons dégager des moyens financiers importants pour qu'ils bénéficient d'une prise en charge sensiblement améliorée. Ainsi, dès la mi-septembre, nous aurons à notre disposition la liste définitive des maladies chroniques qu'il convient de mieux soutenir; ce qui nous permettra de définir précisément les besoins des patients et de dégager les budgets correspondants.´

Les attentes de la population portent également sur un développement des soins palliatifs, en particulier ceux qui sont dispensés à domicile.

`Je peux vous annoncer que, grâce aux marges dégagées par le budget de l'Inami, nous allons pouvoir investir plusieurs centaines de millions le montant exact reste à préciser afin d'assurer une meilleure prise en charge de ces soins. Plusieurs axes seront développés. Ainsi, nous comptons renforcer le financement des soins palliatifs à domicile, afin de permettre aux patients qui le souhaitent de pouvoir être traités à la maison, sans souffrir des lourdes pénalités financières qui les frappent actuellement. En fait, nous réduirons notablement les différences qui existent entre le coût, pour le malade, des soins palliatifs selon qu'ils sont dispensés à l'hôpital ou à chez eux. Nous comptons, par ailleurs, augmenter les moyens disponibles pour les lits palliatifs en clinique afin de permettre, notamment, de prolonger la durée d'accueil , et d'améliorer le financement des centres d'accueil de jour. On peut donc parler d'effort très visible´.

Qu'en est-il de cette aide accordée aux patients soignés à domicile, qui s'élève actuellement à 19.000 F par mois (471 euros)?

`Pour l'instant, ce soutien financier n'est accordé que pour une période maximale de deux mois. Nous allons la prolonger, mais il ne m'est pas possible, à l'heure actuelle, de vous dire dans quelle mesure. Tout dépendra de nos disponibilités budgétaires.´

La santé mentale s'inscrit en bonne place dans vos préoccupations...

`Je pense notamment à la psychiatrie pédiatrique, qui souffre de structures très mal adaptées. Franchement, le tableau est sombre. Je pense ici à ces trop nombreux enfants qui sont soignés, faute de place dans les unités qui leur sont spécifiques, dans des services psychiatriques pour adultes. C'est la raison pour laquelle nous allons procéder à des investissements supplémentaires pour créer des conditions spécifiques pour les plus jeunes. Il est question de la création de davantage de centres spécialisés, ainsi que de la formation de psychiatres très pointus dans la prise en charge des mômes.´

A l'inverse, phénomène de vieillissement de la population oblige, de plus en plus de personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer sont recensées en Belgique. Allez-vous entreprendre des actions spécifiques à leur égard?

`Nous devons d'abord mesurer l'ampleur de la situation, avant de porter un gros effort sur ce plan.´

ON DEMANDE DES INFIRMIÈRES

Comment comptez-vous compenser la carence de personnel infirmier dans nos hôpitaux?

`Tout d'abord par la sensibilisation de la population. Une campagne médiatique sera lancée au début de l'année prochaine, afin de valoriser l'image du métier d'infirmière et attirer davantage de jeunes vers cette profession. Nous allons également puiser dans le fonds Maribel un fonds d'aide à l'emploi, pour schématiser afin de financer la formation de quelque six cents candidats qui souhaiteraient intégrer le personnel infirmier. Les demandes nous en avons déjà reçu plus de 1.600! doivent émaner de personnes qui travaillent déjà dans le secteur des soins de santé.´

Il est également question d'efforts d'encadrement...

`C'est exact. Nous prévoyons d'instaurer, dans chaque clinique, un personne-ressource chargée d'encadrer les infirmières et les infirmiers débutants ou ceux qui reviennent après une absence prolongée. Ceci permettra de dégager du temps pour les infirmières en place, qui ont bien d'autres choses à faire...´

Le travail ne manque pas...

`Nous ne l'ignorons évidemment pas. Nous mettons en oeuvre des mécanismes permettant aux blouses blanches soit de diminuer leur temps de travail en gardant le même salaire; soit de continuer à travailler autant en gagnant davantage. Par ailleurs, je vous rappelle que nous avons harmonisé les salaires entre le personnel de soins des maisons de repos et celui des hôpitaux. La différence était considérable. Elle ne l'est plus aujourd'hui.´

LE SECTEUR DE L'ALIMENTATION DOIT APPRENDRE À SE CONTRÔLER

On a beaucoup évoqué, dans le prolongement de la crise de la dioxine, la création d'une agence fédérale chargée de la protection de la chaîne alimentaire en Belgique...

`Elle démarrera ses activités le 16 août, lors de l'entrée en fonction de son administrateur. A charge, pour lui, de structurer cet organisme, par l'installation d'un comité scientifique et d'un comité d'avis, regroupant les professionnels du secteur et les consommateurs. Le rôle de cette agence? En coordonnant les différents services de contrôle existants ministère de l'Agriculture, Institut d'expertise vétérinaire, Inspection des denrées alimentaires , elle assurera l'innocuité de la nourriture que nous retrouvons dans nos assiettes.´

Les contrôles officiels ne suffisent pas à tout maîtriser, surtout s'ils ne sont pas accompagnés de sanctions vraiment dissuasives. Le dernier rapport de l'Institut bruxellois de bactériologie et de microbiologique a montré combien les aliments sont porteurs de germes imputables à de mauvaises manipulations, que ce soit dans les snacks, les boucheries, chez les glaciers...

`Il faut être clair: le secteur privé affirme qu'il a mis en place un système d'autocontrôle sérieux et efficace; mais la réalité du terrain prouve que c'est loin d'être toujours le cas. Nous devons encourager cet autocontrôle. Toutefois, il faut également faire comprendre aux professionnels que si les résultats ne suivent pas, nous prendrons les sanctions qu'il faudra. J'ai déjà agi de la sorte à propos du tabac dans le secteur Horeca, et j'ai constaté que la situation s'est nettement améliorée. Je ferai de même ici.´

Une série de nouvelles mesures sanitaires risquent de compromettre la survie de nombreux abattoirs, en particulier en Wallonie...

`Effectivement, dans le cadre de sa consolidation, l'Institut d'expertise vétérinaire va demander des frais d'inspection plus élevés. Toutefois, pour les petits abattoirs, nous allons faire en sorte que ces coûts supplémentaires ne deviennent pas insupportables. Ces abattoirs alimentent en effet un important circuit de distribution production artisanale, biologique qu'il ne faut pas mettre en péril.´

LE BIEN-ÊTRE DES ANIMAUX

Des reportages récents ont montré combien le transport de bétail pouvait se dérouler dans des conditions abominables. Comment stopper ces pratiques?

`Par la plus grande fermeté! J'ai reçu énormément de réactions de la part de la population à propos de cette problématique. Et je comprends que l'on puisse être scandalisé! J'ai pris des contacts avec le ministre de la Justice, afin de renforcer notre politique de sanctions et de poursuites. Je serai intraitable sur ce plan!´

Par contre, concernant les chiens dangereux, vous faites preuve de beaucoup de tolérance...

`Vous savez, dans notre pays, 90% des morsures sont le fait de chiens qualifiés de paisibles, d'inoffensifs. Ce sont les propriétaires, dans leur ensemble, qu'il faut éduquer. A part les chiens de combat, il n'entre donc pas dans nos intentions d'interdire l'une ou l'autre race.´

Un mot à propos de l'expérimentation animale?

`Elle est utile et nécessaire dans le domaine des médicaments, faute de techniques alternatives scientifiquement fiables à 100%. Par contre, en ce qui concerne les cosmétiques, nous demandons l'interdiction, à l'échelle européenne, des tests sur animaux de produits finis, ceux qui seront effectivement commercialisés. En cas d'infraction, le cosmétique ne pourrait pas être mis en vente, ou serait retiré du marché. Les discussions sont en cours.´

PRÉSERVATIFS DANS LES ÉCOLES

La distribution de la pilule du lendemain dans les écoles françaises a suscité des réactions en sens divers. Que pensez-vous de cette initiative?

`Le taux d'avortement, dans notre pays et parmi les jeunes, est le plus bas du monde après celui des Pays-Bas. Notre situation est donc différente par rapport à une série d'autres pays européens. Nos campagnes d'information, en matière de contraception, portent manifestement leurs fruits.´

A ce propos, ne pourrait-on pas envisager afin de prévenir les grossesses indésirées et la propagation des maladies sexuellement transmissibles de distribuer gratuitement des préservatifs dans les écoles?

`Cette démarche relèverait d'une réelle logique. Les préservatifs ne sont pas bon marché, alors qu'il est souvent délicat, pour un jeune, de se rendre dans une pharmacie pour s'en procurer. Je réfléchis donc à la question. Des contacts doivent être pris avec les entitées fédérées, elles aussi compétentes dans ce domaine.´

LES ERREURS MÉDICALES

Quel système d'indemnisation adopter pour dédommager ces patients, en sachant que les procédures judiciaires sont interminables et d'une rare complexité?

`Il faut aboutir à un système qui permette d'indemniser la victime d'une erreur médicale de manière systématique, pour autant, évidemment, que le dommage soit clairement démontré et qu'il soit lié à une intervention thérapeutique. La différence avec le système actuel, c'est qu'il ne s'agirait plus de prouver et c'est ce qui entraîne aujourd'hui les marathons judiciaires que le praticien a commis une faute. Ceci étant, le patient pourrait toujours refuser ce dédommagement forfaitaire et opter pour une action devant les tribunaux civils; alors que l'indemnisation n'empêcherait évidemment pas des poursuites devant les juridictions pénales.´

Quand tout ceci sera-t-il mis en oeuvre?

`Je fixe une première étape: l'examen d'un pré-projet de loi sur les droits des patients, que je présenterai, en octobre, à la Chambre. J'y évoquerai des thèmes majeurs, comme l'information, la transparence, le consentement... Les erreurs médicales s'inscrivent dans ce contexte.´