Belgique

Le ministre Di Antonio (CDH) interrogé par La Libre Belgique veut rouvrir le débat sur l'interdiction du glyphosate.

Une amende monstre. Monsanto a été condamné le 11 août dernier par un tribunal de San Francisco à payer quelque 289 millions de dollars de dommages à un jardinier américain. Il est reproché au géant de l’agrochimie, qui a été racheté par le groupe pharmaceutique Bayer, de ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup, à l’origine du cancer du plaignant. Par son jugement, le tribunal estime que le glyphosate, l’agent actif du Roundup, est bien cancérigène, ce que Monsanto conteste. Si l’entreprise a annoncé son intention d’aller en appel, le ministre wallon Carlo Di Antonio, qui a l’Environnement dans ses attributions, entend déjà tirer les leçons de cet épisode judiciaire.

En novembre dernier, l’Union européenne se prononçait en faveur d’une prolongation de cinq ans de l’autorisation du glyphosate. Pour le ministre, "compte tenu des nouveaux éléments, il faut rouvrir le débat au niveau européen. Je vais mettre ce point à l’ordre du jour du gouvernement wallon de rentrée (ce jeudi 23 août, NdlR) . J’espère bien convaincre mes collègues que nous devons être en pointe dans ce combat. Convaincre aussi les ministres des autres Régions et du fédéral d’aller ensemble demander une réouverture du débat européen parce que ces éléments nouveaux sont quand même très alarmants. La dangerosité du glyphosate semble aujourd’hui avérée".

"On m’oppose souvent le problème des alternatives, poursuit-il, mais elles existent ! On ne parle que d’un herbicide… Pour le traitement des maladies dans les plantes, c’est vrai qu’il est plus difficile de trouver des alternatives. Même chose quand des insectes s’attaquent à une culture. Mais ici, on parle de mauvaises herbes… Il existe des traitements mécaniques. Si un règlement européen interdisait le glyphosate, on devrait pouvoir s’en sortir sans problème."

La pression sur Denis Ducarme

Carlo Di Antonio en profite pour mettre la pression sur Denis Ducarme (MR), le ministre fédéral en charge du dossier. La répartition des compétences est ainsi faite en Belgique que l’usage du glyphosate relève des Régions, mais sa commercialisation du fédéral. Wallonie, Flandre et Bruxelles ont chacune interdit l’usage de la substance par les particuliers (l’interdiction pour les professionnels a été renvoyée au niveau européen pour éviter une distorsion de concurrence entre la Belgique et les pays voisins). "Le Roundup ne peut donc plus être utilisé, mais, de manière paradoxale, il peut toujours être vendu, résume M. Di Antonio. Le ministre Ducarme a dit qu’il allait interdire la commercialisation pour les particuliers. Il y a eu une annonce. Mais moi, ce que j’aimerais, c’est que pour le printemps prochain, on ne trouve effectivement plus ces produits pour les particuliers. Qu’une date de disparition soit fixée."

"Je pense que les professionnels sont aujourd’hui conscientisés des risques du produit et se protègent en conséquence , termine-t-il. En revanche, les particuliers croient parfois que c’est de la simple eau de Javel. Non, c’est un produit dangereux ! La meilleure façon de les protéger, c’est qu’ils n’en trouvent plus dans les magasins."