Belgique

A l’heure où vous lirez ces lignes, France 2 aura déjà diffusé (c’était à 7h15, dans l’émission Télématin de William Leymergie) une séquence tournée le week-end passé, à Bruxelles, par le correspondant permanent de la chaîne, François Beaudonnet. Ce sont nos confrères de La Libre Belgique qui relaient cette information.

On y voit le cortège des "Noirauds" déambuler, comme c’est le cas chaque année, le deuxième samedi de mars, dans les rues du centre de la capitale. Parmi ces personnages qui ont le visage noirci et sont vêtus d’un haut-de-forme blanc, d’un habit noir et de pantalons bouffants de couleur vive, l’équipe de France 2 a eu la surprise d’identifier Didier Reynders, le ministre MR des Affaires étrangères. "Cela nous a interloqués, raconte François Beaudonnet. Qu’une personnalité politique de premier plan puisse se promener grimé de la sorte et se mettre en scène à la manière d’un chef de tribu africaine a de quoi étonner, n’est-ce pas."


Pour sauver une crèche de la faillite

L’ancien bâtonnier du barreau de Bruxelles, Me Jean-Pierre Buyle, membre des "Noirauds" de longue date, n’y voit pas du tout malice. "Les "Noirauds" existent depuis 1876 et leur costume tient au fait que l’époque était à la découverte de l’Afrique. De plus, le maquillage noir s’avère pratique pour sauvegarder l’anonymat des membres de la "troupe"." Ce groupe folklorique est né pour sauver de la faillite une crèche des Marolles, quartier populaire de Bruxelles. "De bons bourgeois , explique Me Buyle ont fait le tour des grands restaurants pour collecter des fonds à l’aide de troncs en forme de poupée noire. Ils ne tenaient pas à ce qu’ils soient reconnus par les convives assis à des tables qu’ils fréquentaient eux-mêmes régulièrement. Comme on était en période de carnaval, ils ont imaginé ce déguisement particulier."

Aujourd’hui, les "Noirauds" comptent une septantaine de membres parmi lesquels Didier Reynders, dont c’était toutefois la première sortie en costume, et le bourgmestre de Bruxelles, le socialiste Yvan Mayeur, nouvellement intronisé et qui était aussi du défilé de samedi, au cours duquel, comme c’est la tradition, Manneken-Pis a été revêtu de la tenue des "Noirauds" et notamment de l’une des sept culottes de couleur qui font partie de la panoplie.

Le roi Philippe en était

"Notre raison d’être est restée la même. Nous venons en aide à l’enfance en difficulté. Nous prenons à notre charge leurs frais scolaires ou médicaux, leurs voyages en classe verte, etc. Les "Noirauds" ont aussi conclu un partenariat avec la prison de Berkendael et aident les mamans détenues", relève Me Buyle.

Il y a quelques semaines, les "Noirauds" ont investi un restaurant étoilé de la capitale. Ils ont eu la surprise d’y croiser le roi Philippe et la reine Mathilde : "Ils ont conversé un bon quart d’heure avec nous et se sont montrés très généreux. Philippe nous a expliqué qu’il avait été "Noiraud" dans sa jeunesse avec son frère, le prince Laurent, et qu’ils avaient, eux aussi, effectué des collectes dans les bons restaurants de Bruxelles."

Ils avaient sans doute une bonne raison pour cela. En effet, en 1959, la princesse Paola, qui devint reine par la suite, a accepté la présidence d’honneur de l’œuvre qui prit alors pour nom : "Œuvre royale des berceaux princesse Paola/Conservatoire africain". "D’autres parrains prestigieux nous aident , commente Me Buyle. Ainsi Johnny Hallyday et Francis Cabrel ont-ils offert à notre association le cachet de concerts qu’ils ont donnés en Belgique."

Quoi qu’il en soit, ceux qui regarderont le reportage de France 2 entendront M. Reynders se réjouir de faire partie d’un groupement alliant folklore et philanthropie. Quand on lui demande si, au fil de ces années, personne n’a fait aux "Noirauds" le reproche d’être racistes et de se moquer des Noirs, Me Buyle est formel : "Jamais. Certains dîneurs ont pu ne pas apprécier notre présence quelque peu envahissante mais nous n’avons jamais été taxés de racistes. Ce que nous ne sommes évidemment pas."