Belgique

Le roi Philippe a évoqué la disparition de la reine Fabiola et délivré un message d'espoir à une époque marquée par la peur. Découvrez le discours royal dans son intégralité.

Le discours royal:

Mesdames et Messieurs,

Il y a peu de temps, la Reine Fabiola nous a quittés. Aux côtés du Roi Baudouin, elle a adopté notre pays et l’a aimé de tout son cœur. Par des mots et des gestes simples, elle avait le don d’insuffler de l’espoir à chacun. Elle s’est dévouée sans réserve à ceux que la vie avait durement frappés. Nous sommes très profondément reconnaissants pour tout ce qu’elle a fait, pour tout ce qu’elle a été. Au nom de notre famille, je voudrais vous dire merci pour les nombreux témoignages de sympathie et d’affection que vous nous avez exprimés à l’occasion de son décès.

La Reine Fabiola nous laisse un grand témoignage d’espoir et d’optimisme. Ce témoignage a une valeur inestimable à une époque marquée par la peur. La peur du lendemain, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de l’autre. Lorsqu’elle se fait trop envahissante, la peur paralyse, elle engendre le repli sur soi et la solitude, et fait perdre le goût de l’avenir.

Je comprends votre inquiétude et le sentiment de découragement devant l’immensité des défis de notre génération, la faible croissance de notre économie, l’augmentation de la précarité. Pourtant, refusons de nous laisser gagner par la résignation. Tous ensemble, en partageant les efforts, nous pouvons surmonter la crise. Il faut un certain courage pour réagir à la morosité.

Essayons d’abord de changer notre regard sur le monde. Un vrai regard positif libère l’action et la créativité, chez celui qui porte ce regard mais aussi chez celui sur qui il est porté. Je pense notamment à ces nombreuses personnes que la Reine et moi avons rencontrées et qui puisent dans une difficulté ou un échec la force pour un nouveau départ. Le regard positif mène à l’engagement. Il possède aussi une réelle puissance d’entraînement. Cet état d’esprit renforce les complémentarités et la cohésion dans notre société. Il sécurise, il sort de l’isolement, il crée des ponts, il donne un souffle à l’avenir.

Ensuite, regardons autour de nous. Nous avons la chance de vivre dans une société où sont à l’œuvre de nombreuses forces positives. Je pense à tous ceux qui s’engagent, souvent bénévolement, en faveur des jeunes, des personnes âgées, des malades, des isolés ou des plus démunis. Je pense à la solidarité dont nous faisons preuve à tous les niveaux. A nos administrations publiques, quotidiennement au service de la population. A ces entreprises et ces services publics qui allient avec succès efficacité et humanité. Je pense à l’impressionnante capacité d’innovation de nos entreprises et de nos scientifiques. Cette capacité d’innovation aussi est l’expression d’un regard d’espoir et d’optimisme. C’est d’abord par un regard positif que se façonne toute avancée même discrète.

Mesdames et Messieurs,

En cette période de Noël et à l’aube d’une année nouvelle, posons sur nous-même et sur ceux qui nous entourent un regard d’espoir. Ayons le goût de l’avenir. C’est ce que la Reine et moi vous souhaitons, ainsi qu’à tous ceux qui vous sont chers.




Analyse du discours: Le roi Philippe résolument positif

Méthode Coué. Dans son discours de fin d’année, le roi Philippe invite les Belges à positiver, à croire en des lendemains un peu meilleurs, alors que la crise économique dure depuis plus de sept ans, que la croissance reste morne, que les chiffres du chômage ne sont pas bons, que la précarité gagne du terrain... “La reine Fabiola nous laisse un grand témoignage d’espoir et d’optimisme”, dit-il en hommage à sa tante, l’épouse du roi Baudouin, décédée le 5 décembre dernier (une photo du défunt couple était mise en évidence dans le bureau du Roi du Palais de Bruxelles). “Ce témoignage a une valeur inestimable à une époque marquée par la peur. La peur du lendemain, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de l’autre.”

C’est là l’axe central de son discours – assez court, de cinq minutes, alors que les allocutions du roi Albert s’approchaient du quart d’heure. Pas de rétrospective des événements de l’année écoulée. Plutôt un message d’espoir pour 2015.

On aurait, par exemple, pu s’attendre à un mot sur les nombreuses commémorations de la guerre 14-18 qui ont émaillé 2014, ou des septante ans de la Bataille des Ardennes. Mais rien. Était-ce pour éviter toute interprétation abusive quant aux amitiés sulfureuses de certains ministres N-VA ? Disons que le Roi a préféré prendre de la hauteur sur les événements passés, enfiler son costume de chef d’État, et porter un regard enthousiaste sur 2015.

Rappelons que toute allocution royale est lue et validée par le Premier ministre. Assez classiquement, le Souverain y défend les grandes lignes de la politique gouvernementale, celle de la majorité. Le discours de Noël de Philippe, son second depuis son intronisation le 21 juillet 2013, s’est voulu plus nuancé qu’à l’accoutumée.

La forme et le fond

Sur la forme, il pointe “l’immensité des défis de notre génération, la faible croissance de notre économie, l’augmentation de la précarité”. En évoquant “notre génération”, il laisse clairement entendre que le besoin de réformes est immédiat pour espérer sortir le pays de la crise. Que, par conséquent, il revient au gouvernement en place d’agir dès à présent. On est bien là dans le message ressassé par le Premier ministre Charles Michel et son équipe.

En revanche, sur le fond des mesures adoptées par le gouvernement, Philippe reste hyper-prudent, alors que la société belge a rarement été aussi divisée. On le sent désireux de ne prendre fait et cause pour personne. Ni pour le gouvernement, ni pour l’opposition, ni pour les patrons, ni pour les syndicats, ni pour les grévistes du 15 décembre dernier, ni pour ceux qui les conspuaient.

Responsabilité

Il lance plutôt un appel à la responsabilité. “Tous ensemble, en partageant les efforts, nous pouvons surmonter la crise”, dit-il. “Il faut un certain courage pour réagir à la morosité.” Suivez son regard : il invite les partenaires sociaux (patrons et syndicats) à se retrousser les manches, à faire en sorte que la concertation sociale fonctionne et accouche de réformes audacieuses – dont la nécessité n’est contestée par personne.

Et, à nouveau, il martèle. “Essayons d’abord de changer notre regard sur le monde. Un vrai regard positif libère l’action et la créativité (…) Le regard positif mène à l’engagement. Il possède aussi une réelle puissance d’entraînement. Cet état d’esprit renforce les complémentarités et la cohésion dans notre société. Il sécurise, il sort de l’isolement, il crée des ponts, il donne un souffle à l’avenir.”

“Ensuite, regardons autour de nous”, poursuit le Roi, déterminé. “Nous avons la chance de vivre dans une société où sont à l’œuvre de nombreuses forces positives.” Il cite les bénévoles, le secteur public, les entreprises, les scientifiques. Et de conclure, toujours avec le contexte social et économique en arrière-fond : “C’est d’abord par un regard positif que se façonne toute avancée même discrète. (…) En cette période de Noël et à l’aube d’une année nouvelle, posons sur nous-mêmes et sur ceux qui nous entourent un regard d’espoir. Ayons le goût de l’avenir.” La positive attitude. Décidément.

Le "regard" et la "peur" au cœur du discours

Lorsqu'on analyse le discours royal au niveau de la forme, on remarque que le mot "regard" est celui qui revient le plus souvent (8 fois). Viennent ensuite les mots "peur" (5 fois) et "reine" (4 fois).