En Belgique, le changement, c’est jamais...

V.d.W. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Depuis 7 mois, la Belgique est stabilisée. Mais les fragilités demeurent selon une analyse de nos confrères de La Libre Belgique

BRUXELLES Au Nord, la N-VA occupe tout l’espace. Au Sud, l’alternance n’existe pasLe soleil a ceci de bien. Les apéritifs se multiplient. On retrouve des amis perdus de vue. La politique n’est jamais éloignée des conversations. Lorsqu’ils rentrent au pays, après quelques mois d’absence, nombre d’expatriés s’étonnent parfois de voir que leur pays existe encore, respire, fonctionne, rit et pleure. Extraits.

- Et vous, comment ça va, en Belgique ?

- Bien, bien.

- C’est dingue, ça. Il y a un an, quand je lisais les infos sur le site des journaux belges, j’avais le sentiment que la Belgique ne passerait pas l’hiver 2012. Aujourd’hui, on n’en entend plus parler... Tout baigne, alors ? Pas si vite...

1- Que s’est-il passé en un an ?

Lors du week-end de Pentecôte, en 2011 - cela paraît si loin -, on n’était encore nulle part. Elio Di Rupo venait d’être nommé formateur. De Wever, tel un empereur romain, levait ou baissait le pouce pour signaler la mise à mort de l’un ou l’autre négociateur. Cette fois-là, il s’était trompé. Trois gladiateurs flamands épargnèrent le légionnaire Di Rupo qui réussit à sauver cette petite partie de la Gaule. Six mois plus tard, l’accord entre 6 partis était scellé, et le 6 décembre, ils se mettaient au travail. En 7 mois, l’équipe Di Rupo ne s’est pas trop mal débrouillée. Des réformes sont engrangées (les pensions, marché du travail). Le budget est sur les rails, le désendettement - toujours abyssal - est programmé. La discussion sur le plan de relance va bientôt commencer.

2- Et Di Rupo, dans tout cela, comment s’en tire-t-il ?

Sa cote de popularité est au beau fixe. Son image personnelle est plutôt bonne. Son truc? Il s’est "présidentialisé", et il a essayé de se placer au-dessus de la mêlée. A-t-il le choix? Pas vraiment. Quand on doit faire vivre, dans un même gouvernement, de vrais libéraux (Van Quickenborne) et de vrais socialistes (Onkelinx), cela n’est pas simple. Imaginez que figurent, dans la même équipe en France, Jean-François Copé et Arnaud Montebourg (voire Jean-Luc Mélenchon)... ils ne tiendraient pas 24 heures. La stature du Premier ministre comporte des inconvénients. Di Rupo apparaît souvent en réserve, peu enclin à forcer des compromis. Dès lors, des dossiers importants traînent. Ses amis politiques y voient un autre inconvénient majeur pour leur "famille" : il apparaît de moins en moins socialiste (sauf quand il va fêter la victoire de François Hollande). Dès lors, avec un président du PS, Thierry Giet, très discret et désarmé, et une vice-Première ministre, Laurette Onkelinx, fidèle d’entre les fidèles - qui réserve ses critiques lors des séances du kern -, le PS a beaucoup moins de visibilité qu’avant. On ne peut pas tout avoir...

3- Pourquoi le moral des Belges est-il en berne ?

Tout d’abord, c’est une évidence, la crise est toujours là. Si, demain, la Grèce fait défaut, imitée par d’autres, on imagine le chaos politique, institutionnel, économique, financier qui adviendrait. Sur le terrain belgo-belge, le malaise, l’inquiétude persistent. Pourquoi? Il est vrai que les citoyens belges sont passés maîtres dans un sport au moins: l’autoflagellation. Tout est toujours mieux ailleurs: les autoroutes sont plus sûres en Allemagne, les fromages, plus savoureux aux Pays-Bas, la météo, plus clémente en France, les banques, plus solides en Suisse, les filles, plus sexy en Italie... Les Belges ont pris l’habitude de maugréer, de rouspéter, de râler. Alors qu’honnêtement, il suffit d’ouvrir un journal, papier, radio ou télévisé, pour se rendre compte qu’ici, plus qu’ailleurs, on est à l’abri.

4- Donc, tout va bien, le pays est sauvé ?

Non, non, non. Pas du tout, loin de là. Car il y a toujours de grands déséquilibres politiques qui menacent et qui pourraient avoir des conséquences majeures. On peut les résumer ainsi: en Flandre, la classe politique est très, trop faible, et se laisse dominer par le même De Wever. Au sud du pays... le changement, ça n’existe pas. Hollande disait: le changement, c’est maintenant. Ici, c’est jamais. On s’explique.

© La Dernière Heure 2012

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