Belgique

Supprimer ou non l'accord du participe passé avec l'auxiliaire "avoir" ? La proposition émise par le duo de comédiens (et d'ex-enseignants) belges Arnaud Hoedt et Jérôme Piron s'étale dans tous les médias chez nous, en France et même... en Angleterre (le sérieux quotidien Times y a consacré un article).

Le débat ne squatte pas que la sphère médiatique et offre un sujet de conversation aux professeurs de retour à l'école. "On en a beaucoup discuté entre collègues au cours de la pause de midi", sourit un enseignant de sixième primaire d'une école de la région mouscronnoise. "Je n'étais pas pour la suppression de l'accord au départ, mais j'ai regardé la pièce à la télévision et les arguments développé ont remis mes convictions en question." Un collègue plus âgé, instituteur de cinquième, embraye : " Que l'on dise les feuilles que j'ai prises ou les feuilles que j'ai pris, ça ne change rien au sens de la phrase. On remarque juste une dissonance phonétique. Si ça peut simplifier l'apprentissage du français, pourquoi pas?"

Quelles sont les limites ?

Chez les secondaires, les professeurs de français saluent aussi l'intérêt du débat. "De l'espagnol au néerlandais, on remarque que les langues en général se sont simplifiées... Sauf le français. En dépit du caractère très noble de la langue, ça mérite qu'on se pose la question", souligne Anne-Sophie, professeur de français. "Toutefois, nous sommes un peu partagés entre collègues", reprend Anne-Sophie. "Si on supprime l'accord avec avoir, qu'est-ce qu'on modifiera ensuite ? En tant qu'école située dans une commune frontalière, c'est un sujet délicat. Nous avons un gros pourcentage d'élèves français dans nos classes. On pourrait craindre d'en perdre une partie si le français enseigné chez nous n'est plus le même qu'en France."

Pour Arnaud Hoedt, l'inquiétude quant aux limites à ne pas franchir n'a pas lieu d'être. "Jusqu'où on va ? C'est un argumentaire traditionnel. Lorsque la loi autorisant le mariage gay est passée, certains s'écriaient en se demandant si on allait bientôt autoriser le mariage avec des animaux (sic) ! Nous ne demandons pas une refonte de la langue française. On peut changer certaines choses, sans tout modifier. De manière parcimonieuse, intelligente, scientifique, en s'attaquant à des choses précises (pluriels en "x", consonnes grecques,...). Les experts estiment qu'il ne faudrait pas beaucoup de générations pour parvenir à parler une langue qui n'aurait plus besoin d'être modifiée ensuite."

Déficit de vocabulaire, le vrai problème

Le comédien rappelle aussi le temps passé à l'école à maîtriser cette règle et qui pourrait être utilisé à meilleur escient. De fait, plus encore que la grammaire ou l'orthographe, la principale lacune des élèves aujourd'hui est le manque de vocabulaire. "On le remarque tous les jours, et pas seulement en classe de français", réagit encore notre enseignante. "La grande mission des professeurs aujourd'hui, c'est élargir le champ lexical. On pourra toujours être mélancolique du bel usage de la grammaire française, la priorité pour les jeunes d'aujourd'hui est ailleurs. Dans l'apprentissage de l'anglais par exemple." Moins de grammaire, plus de langues étrangères ? Une piste à creuser pour l'enseignement.