Belgique Un aumônier de prison appelle le Roi à poser un geste fort: une grâce collective.

La grève dans les prisons francophones dure depuis 23 jours. Membre du Conseil central de surveillance pénitentiaire, Philippe Landenne lance un appel à l’aide "face à la démesure insoutenable des conséquences" de cette interminable grève.

Aumônier de prison, l’homme sait de quoi il parle : au cours de sa longue carrière, il a souvent été confronté à des conflits sociaux derrière les barreaux. "Je peux témoigner, fermement, que l’addition cachée des peines endurées par les détenus est incalculable : ils se trouvent littéralement aspirés par le tourbillon vertigineux d’une dramatique dégradation de leurs conditions de détention."

Cet homme qui circule de prison en prison dit se retrouver aujourd’hui encore confronté, impuissant, "au spectacle hallucinant d’un monde chaotique où des milliers de détenus sont abandonnés dans une précarité indigne".

Face à cette situation "honteuse", l’aumônier de prison demande au roi Philippe de poser " un geste fort qui pourrait restaurer quelque peu la confiance et rappeler les valeurs de l’État de droit que devrait rester notre pays."

Un geste fort ? Un arrêté royal de grâce collective annonçant une remise de peine d’un mois pour tous les détenus qui ont été victimes de cette violation de leurs droits élémentaires durant cette grève. "Cette initiative manifesterait d’abord clairement que la souffrance injustifiée dont les détenus et leurs familles ont été victimes en l’absence de tout régime minimum a été reconnue et entendue par le souverain."

L’aumônier y voit aussi une portée pédagogique essentielle. "Le Roi pourrait ainsi manifester que personne n’est au-dessus des lois dans notre État de droit." La Belgique peut-elle, telle une récidiviste, malgré les recommandations répétées du Comité de prévention de la torture, se soustraire à l’obligation de respecter la Convention européenne des droits de l’Homme en laissant se dégrader les conditions de détention à chaque conflit social dans les prisons, interroge-t-il.

Cette grâce serait un geste de "réparation" vis-à-vis des détenus affectés par les conséquences de cette grève.

Plus encore, cette initiative royale faciliterait certainement la reprise du travail pour les agents grévistes, qui devront reprendre leur service sur un terrain encore plus difficile, croit Philippe Landenne.