Belgique

Eric-Emmanuel Schmitt et Igor de Camargo

BRUXELLES Ce que Johnny Hallyday n'a pas eu, le footballeur du Standard Igor de Camargo et la star de l'écriture pour le théâtre, Eric-Emmanuel Schmitt, l'ont reçu : la nationalité belge. Nous l'annoncions déjà hier sur dh.be.

Il faut dire que l'homme de lettres, par exemple, habite à Bruxelles depuis six ans. Et, en homme de lettres, il ne pouvait réagir que par l'écriture. "Dans cette histoire-là, c'est moi qui ai fait les premiers pas. J'ai adopté ce pays avant qu'il ne m'adopte. Ouf, je ne me suis pas pris un râteau... Je suis donc étrangement ému de recevoir cette nationalité. La première nationalité qu'on reçoit à la naissance, on ne la quitte jamais mais on ne l'a ni voulue ni désirée. De même qu'on appartient à sa famille et qu'on choisit ses amis, je viens de France et j'ai choisi la Belgique. Et, si cette seconde nationalité-là me paraît amicale, c'est parce que, comme l'amitié, elle s'est décidée à deux : je t'ai choisi, tu m'as choisi. Pourquoi la Belgique ? Parce que c'est un pays chaleureux malgré son climat. Parce que c'est un pays modeste, bien qu'il abrite la capitale de l'Europe. Parce que c'est un pays trilingue, ouvert aux autres, constitué de multiples communautés, qui préfigure ce que sera l'univers de demain. Parce que c'est un pays de culture qui pratique la folie douce. Parce que c'est un pays de cocagne où il est impossible de faire un régime, ce à quoi j'ai renoncé depuis longtemps. Parce que c'est un pays si petit qu'il vous conduit, après quelques semaines à Knokke ou en Ardennes, à visiter le vaste monde.

"C'est ici que je vis, que j'aime, que je travaille. Depuis six ans, ma vie de citoyen se trouve à Bruxelles et, au lieu de voter sur la planète Mars, je vais pouvoir, comme tout homme, peser par mon vote. Désormais, je m'étriperai à armes égales avec mes amis sur la politique belge, ce qui, l'âge venant, constitue une gymnastique pour le cerveau tout aussi exigeante que d'apprendre le chinois.

"Que vais-je gagner ? Que vais-je perdre ? Désormais, lorsque je dirai une bêtise, on dira C'est normal, il est belge, on m'excusera. Désormais, lorsque j'aurai une fulgurance de fantaisie, on dira C'est normal, il est belge, on minorera. En tout cas, on va enfin comprendre pourquoi, depuis toujours, je grasseyais mes r; quant à moi, je vais enfin comprendre pourquoi, depuis toujours, je ne connais qu'une seule chanson par coeur, Le plat pays de Jacques Brel. Ce n'est pas l'hymne national belge ? Il faudrait que je le demande à M. Leterme."



© La Dernière Heure 2008