Belgique

Lorsque l’imam Iliass Azaouaj est parti de Bruxelles vers la Syrie au mois d’avril, il avait fait savoir que son intention était de ramener de jeunes combattants belges au pays. Une noble initiative, basée sur le prestige dont il jouissait auprès de la jeunesse musulmane.

Quelques jours à peine après son arrivée, il a même semblé que sa vie était en danger vu qu’il était tombé entre les mains d’un groupe terroriste. "Ils le considèrent comme un traître et menacent de tuer sa famille", faisait savoir, terrifiée, la famille de l’imam.

Ensuite, il ne fut plus question de lui jusqu’au mois d’août, lorsqu’il commença à diffuser des messages menaçants à l’intention de notre pays. "Belges, préparez-vous, parce que le combat va commencer", fit-il savoir sur son compte Twitter.

Il faisait explicitement allusion à des attaques terroristes à bord des transports en commun. "Ne montez pas dedans", écrivait Azaouaj, "parce que le tram et le train vont changer votre vie."

Cela apparaissait clairement comme une menace et non comme un simple avertissement du fait que l’imam se désignait lui-même comme "un membre d’al-Qaida".

Sa famille n’a pas voulu croire que les messages venaient de lui et ont émis l’hypothèse que son compte Twitter avait été piraté. Mais au début de ce mois a également été publiée une vidéo dans laquelle Azaouaj promettait sa fidélité à al-Qaida, muni d’une arme et d’une ceinture d’explosifs.

Joëlle Milquet ne pouvait naturellement pas prévoir tout cela lorsqu’elle a rencontré Azaouaj. Mais en tant que ministre en charge des services de sécurité, elle aurait pu savoir que cet homme n’était pas un enfant de chœur. Il est connu depuis des années comme étant une figure de proue du salafisme, un des courants les plus radicaux de l’islam. Un trait commun à sa famille puisque son frère est l’homme qui se trouve derrière Iqra, une chaîne de librairies extrémistes qui possède des magasins à Bruxelles et à Anvers.

Iliass Azaouaj lui-même était lié à la mosquée anderlechtoise Al-Amal - dont il fut question l’an dernier pour un sermon sexiste et antisémite d’un imam. Et sur YouTube, on trouve de lui des prêches où il se déchaîne violemment contre l’homosexualité.

Pour autant, il fréquente volontiers les cocktails où il se fait photographier en présence de Stromae ou de Jean-Marie Pfaff. Mais aussi avec le cheikh saoudien Mohammed Al-Arifi - qui est venu inciter les musulmans belges à aller se battre en Syrie - et Ekrima Said Sabri, une intellectuelle palestinienne qui qualifie l’Holocauste de "fable".

En d’autres mots , c’est une compagnie qu’une ministre a intérêt à éviter. Même si Joëlle Milquet parle d’un "hasard innocent", et que sa porte-parole évoque un "complot politique".

"Ne serait-il pas plus utile d’enquêter sur la personne qui fait circuler cette photo plutôt que de l’utiliser pour faire apparaître la ministre sous un jour défavorable ?"

Que cette photo de Milquet aux côtés d’Azaouaj fasse le tour du monde, voilà qui risque de ridiculiser la direction de l’antiterrorisme de notre pays.

Ainsi, on peut lire à côté de la photo sur le site Facebook en anglais Syria News : "Vous demandez-vous toujours qui soutient les terroristes ?" Réponse : "La ministre belge Joëlle Milquet !"

Une publicité négative qui risque de rendre les rapports entre Milquet et ses enquêteurs de l’antiterrorisme encore plus tendus.