Belgique

La Belgique n'est pas à l'abri de nouveaux attentats, a prévenu mercredi l'ancien "patron" de la Sûreté de l'Etat, Alain Winants, qui s'est étonné que Bruxelles, "cible idéale", n'ait pas été touchée plus tôt par le terrorisme d'inspiration djihadiste, d'autant que les gouvernements successifs n'ont, selon lui, jamais accordé beaucoup d'attention et de moyens au service civil de renseignement.

"A l'avenir, nous allons devoir vivre avec l'idée que des attentats sont possibles, que des attentats se produiront", a-t-il affirmé devant la commission d'enquête parlementaire de la Chambre sur les attentats du 22 mars contre l'aéroport de Bruxelles-National et de la station de métro Maelbeek, qui avaient fait 32 morts et avaient été revendiqués par le groupe terroriste Etat islamique (EI).

"Je crois que nous serons encore souvent confrontés aux menaces terroristes au cours des prochaines années", a ajouté l'ancien administrateur-général de la Sûreté (2006-2014). "Les acteurs potentiels sont présents ici", a-t-il dit en insistant sur le "rôle logistique" joué dans le passé par le groupuscule Sharia4Belgium dans l'envoi de combattants belges en Syrie.

M. Winants s'est aussi étonné devant les parlementaires que "cela ait duré si longtemps" avant de voir Bruxelles touchée par le terrorisme islamique.

La capitale belge "était une cible idéale" en raison de la présence du siège des institutions européennes et de l'Otan, combinée à la participation de la Belgique à des conflits, a-t-il dit, en faisant allusion à l'engagement militaire dans la lutte contre l'EI (alias Daech selon acronyme arabe).

"Plus l'EI perdra du terrain, plus ils seront enclins à montrer qu'ils sont en mesure de commettre des attentats en Europe", a ajouté l'ex-patron de la Sûreté, rappelant que des membres de Daech présents en Syrie appelaient des sympathisants à passer à l'acte.

M. Winants a par ailleurs démenti, en réponse à des questions des députés, avoir sous-estimé les risques du terrorisme islamique en Belgique.

"Pour ce service, le terrorisme est depuis les attentats du 11 septembre (2001 aux Etats-Unis) une des principales priorités", a-t-il fait valoir.

"La Sureté de l'Etat était aussi l'une des premières à attirer l'attention sur Sharia4Belgium", a-t-il dit, déplorant que cet avertissement sur ce que certains qualifiaient de "clowns barbus avec des longs vêtements blancs" n'ait pas été suivi d'effet. "Mais maintenant quant des arrestations ont lieu dans un dossier de terrorisme, un lien est toujours fait avec Sharia4Belgium".

Ayant quitté la Sûreté en 2014 "pas entièrement de (son) plein gré" pour être remplacé par Jaak Raes, M. Winants n'a guère abordé les attentats du 22 mars. Mais il est revenu sur le manque chronique de moyens dont souffre ce service depuis des années, assurant avoir régulièrement tiré la sonnette d'alarme sur la "situation dramatique" en ce qui concerne le personnel.

Il a, tout comme son successeur Jaak Raes, plaidé en faveur d'un doublement des effectifs et du budget en citant l'exemple de l'équivalent néerlandais de la Sûreté, l'AIVD, qui dispose de 1.500 agents pour un budget annuels de 200 millions d'euros.

"Ce n'est qu'après Verviers (le démantèlement d'une cellule djihadiste le 15 janvier 2015, dans la foulée de l'attaque contre l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, ndlr) que l'on a décidé d'augmenter le budget", a déploré l'ex-l'avocat général près la cour d'appel de Bruxelles.

Il a comme d'autres personnes entendues par la commission d'enquête mis les parlementaires en garde contre la tentation de "judiciariser" trop vite les dossiers de renseignement car cela peut porter préjudice aux enquêtes.