Belgique Malgré la menace terroriste maximale, les écoles de la capitale rouvrent leurs portes. Des dispositifs exceptionnels sont prévus.

Depuis samedi dernier, Bruxelles est totalement paralysée par la menace terroriste, maintenue à son niveau 4 en raison d’un "risque imminent d’attentat" . Ce niveau maximal sera en vigueur jusqu’à lundi prochain, mais le Conseil national de sécurité a malgré tout décidé, lundi soir, de rouvrir toutes les écoles. De quoi susciter l’inquiétude des enfants et de leurs parents ?

"Les écoles ne sont pas répertoriées comme cibles potentielles par l’Organe de coordination et d’analyse de la menace (Ocam). Leur fermeture était une mesure de précaution pour trouver le temps d’assurer la sécurité au moment de l’arrivée et du départ des élèves ", tente de rassurer le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS).

L’ambiance sera particulière ce mercredi dans les établissements scolaires. Sur l’ensemble de la Région bruxelloise, 300 policiers viendront en renfort des zones de polices locales (voir ci-dessous), et de nombreuses mesures de sécurité ont été décidées par les 19 communes. Par exemple, aucun adulte à l’exception des membres du corps enseignant et du service pédagogique, n’est autorisé à entrer dans les écoles tandis que l’ensemble des excursions et des activités en extérieur (piscine, visites…) sont annulées.

Certaines mesures prises varient cependant d’un établissement à l’autre. Par exemple, la commune de Woluwe-Saint-Pierre demande à tous ses établissements de prévoir un ou plusieurs endroits où l’on puisse se mettre en sécurité et se protéger en attendant l’arrivée des services de secours.

Par ailleurs, les écoles de la commune doivent veiller à ce que les couloirs et espaces publics soient vides ou bien rangés pour qu’un objet abandonné puisse rapidement être repéré.

En cas d’alerte, la commune de Saint-Gilles conseille aux établissements scolaires de ne pas effectuer d’évacuation précipitée, mais de fermer les locaux et de faire en sorte que les élèves se cachent sous les bureaux en attendant de l’arrivée des forces de l’ordre.

À Evere, les horaires de sorties des classes sont réorganisés en salves pour éviter de trop grands rassemblements aux abords des écoles. À Schaerbeek, ce mercredi après-midi, les parents devront venir chercher leurs enfants à la garderie à des heures bien définies (14h, 16h ou 18h) afin de limiter les flux d’entrées et de sorties. Toutes les crèches et garderies bruxelloises seront normalement ouvertes, même si certaines fermeront leurs portes plus tôt que d’habitude.

Les universités bruxelloises vont également rouvrir mais avec des mesures de sécurité drastiques. "Nous avons reçu la garantie que la périphérie du campus va être surveillée, et les cours peuvent donc reprendre. De plus, nos agents de sécurité effectueront des patrouilles un peu partout" , explique Nicolas Dassonville, porte-parole de l’ULB. "Nous avons besoin d’une série de renforts policiers pour nous aider à sécuriser le campus car c’est encore plus complexe qu’un établissement scolaire avec une seule entrée" , ajoute-t-il. L’ULB conseille à ses étudiants de porter leur carte d’étudiant de manière visible afin que les patrouilles puissent contrôler d’éventuels intrus.

Du côté de l’Ihecs, la haute école de communication dans le centre-ville, un contrôle de cartes d’étudiant est effectué à l’entrée de l’établissement et "aucun rassemblement ne doit se former à la sortie des cours ou sur la voie publique" . Enfin, la direction précise que les sacs ne seront pas admis à l’intérieur.

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"L’école ne doit pas se transformer en bunker"

Les écoles de la Région bruxelloise ont rouvert leurs portes ce matin. Pour faire face à la menace terroriste, toujours bien présente, la sécurité y sera renforcée, notamment par toute une série de mesures mises en place par les directions.

Parmi elles, le besoin de limiter au maximum l’accès des parents aux établissements. En pratique, des employés seront présents aux entrées et contrôleront chaque parent, chaque enfant.  "Chez nous, les parents devront confier les élèves à un membre du personnel. Celui-ci l’amènera ensuite dans sa classe. Le soir, au moment de revenir les rechercher, les parents seront invités à quitter directement l’enceinte de l’école. Cela représente beaucoup de travail supplémentaire. Nous allons donc devoir compter sur la bonne volonté de nos employés pour assurer tout cela" , explique Marc François, directeur de l’école Saint-Michel, à Jette, qui accueille près de 900 élèves.

Mais cette situation inquiète le directeur.  "Les parents sont habitués à pouvoir se déplacer librement dans l’école. Cela leur permet aussi de rencontrer les enseignants et de nouer contact avec eux. Toutes ces mesures risquent donc de couper le lien qui existe entre les différents acteurs de l’école. Cela n’est pas une bonne chose. De plus, l’école ne doit pas se transformer en bunker, et si des terroristes veulent vraiment entrer, ils y arriveront" , s’inquiète M. François.

Au niveau des écoles secondaires, la situation sera un peu différente. Les parents rentrent en effet rarement dans les établissements. Le plus difficile sera donc de réussir à canaliser le flot des élèves.  "Ils ont l’habitude, au début ou à la fin des cours, de se réunir tous devant les portes de l’établissement. À partir de mercredi, cela ne sera plus possible. Des éducateurs seront sur place et leur demanderont de rentrer directement dans les locaux" , note Réginald Maessen, directeur du centre d’enseignement Ernest Richard, à Etterbeek.

Reste à savoir combien de temps ces mesures seront d’application dans nos écoles. Selon certains directeurs, elles pourraient se prolonger au-delà de la durée de la menace terroriste.


Pas de policiers en faction devant chaque école

Les 19 bourgmestres de la Région bruxelloise avaient exigé de l’aide du fédéral pour surveiller les 745 sites scolaires censés rouvrir leurs portes ce mercredi. Le gouvernement Michel a répondu à cette demande en mobilisant 300 policiers pour la protection des écoles bruxelloises, et ce dès aujourd’hui.

Outre ce renfort du fédéral, un effort sera effectué par les zones de police locales pour renforcer la présence de policiers sur le terrain. Par exemple, 160 personnes supplémentaires patrouilleront ce mercredi sur le territoire de la zone Nord (Evere, Saint-Josse, Schaerbeek) parmi lesquelles 40 policiers fédéraux et 23 militaires. Dans cette zone, on passe donc de 45 agents à un total de 205, soit plus du quadruple. Une telle intensification des patrouilles est également prévue dans les cinq autres zones de police de la Région bruxelloise.

Pour autant , les policiers ne resteront pas en faction devant chaque établissement scolaire. Ce manque de visibilité directe angoisse d’ailleurs certains parents d’élèves qui sont demandeurs d’une présence policière permanente devant l’école de leurs bambins. Même s’il n’est pas toujours simple de l’expliquer aux parents, le recours à des patrouilles mobiles serait pourtant plus efficace, explique-t-on du côté de la commune de Schaerbeek.

"Les zones sont divisées en secteurs de patrouille au sein desquels sont identifiés les points sensibles, parmi lesquels figurent les écoles qui sont une priorité. Ces secteurs seront saturés de patrouilles en mouvement, ce qui est plus utile que d’avoir des policiers en faction qui sont dans l’attente plutôt que dans la prévention. S’il devait se passer quoi que ce soit, il y a un nombre très important de policiers prêts à intervenir dans le secteur. C’est la solution la plus sécuritaire" , fait valoir le chef de cabinet du bourgmestre de Schaerbeek Bernard Clerfayt (DéFi).

Dans la plupart des communes, des gardiens de la paix seront présents en permanence devant les établissements scolaires.