La Belgique va céder une dizaine d’hectares aux Pays-Bas

Christophe Lamfalussy Publié le - Mis à jour le

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C’est une belle réserve naturelle, de broussailles, d’arbustes et d’oiseaux. Elle est logée sur une presqu’île de la Meuse à cheval entre la Belgique et les Pays-Bas, en face de l’ancien fort d’Eben-Emael.

De temps à autre, sur cette presqu’île de 14 hectares, on peut découvrir de vieilles bornes coniques marquées du chiffre 1843.

La date marque le traité de 1843 qui fixa définitivement la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, après bien des querelles. Seulement voilà : au fil des ans, la Meuse a bougé.

Et la frontière de 1843 ne correspond plus au centre du lit du fleuve, le taalweg, le critère qui servait à l’époque pour délimiter les deux pays. De plus, la police belge ne peut avoir accès à la presqu’île d’Eijsder Beemden qu’en passant par le territoire néerlandais.

Du coup, une modification de la frontière est en cours de négociation et sera bientôt présentée aux gouvernements et aux chambres des deux pays, a appris La Libre Belgique.

Dans l’accord qui est en train de se dessiner, la Belgique, et la commune de Visé en particulier, perdra environ 14 hectares. L’idée est de refixer la frontière au centre du lit de la Meuse et d’abandonner l’ancienne frontière qui serpente désormais sur 3,8 km à hauteur de Visé côté belge et d’Eijsden côté néerlandais.

"Je n’ai pas de problème avec cela, réagit le bourgmestre de Visé, Marcel Neven (MR). On perd quelque chose de beau mais, à notre époque, si on veut se promener de l’autre côté de la frontière, il n’y a aucun obstacle. Il est rationnel de dire que tout ce qui se trouve d’un côté d’une rive appartient à un pays et tout ce qui se trouve de l’autre appartient à un autre pays."

Le problème date de la rectification du cours de la Meuse dans les années 60-80. Par ces travaux, des bouts de presqu’île se trouvent maintenant "de jure" sur le territoire des Pays-Bas, et inversement. Peu après, il avait déjà été question de rectifier la frontière.

Des parlementaires belges avaient visité les lieux mais, au bout du compte, le dossier s’était enlisé. L’homme des Fourons, José Happart, tout-puissant à l’époque, s’était opposé à l’échange, pour des raisons de protection des intérêts wallons, car, à l’époque, les contrôles douaniers aux frontières existaient encore.

Les négociations ont repris à la fin 2011, indique Albert Stassen, commissaire d’arrondissement. Elles se sont déroulées au sein d’une commission ad hoc qui regroupe les bourgmestres de Visé et d’Eijsden, des experts du cadastre, le délégué du gouverneur du Limbourg néerlandais et M. Stassen lui-même. Cette commission a conclu un accord final, en mars dernier. Elle a reçu, côté wallon, un avis favorable des Eaux et Forêts et attend celui des Voies hydrauliques.

Quand le dossier sera complet, il remontera au gouvernement belge, principalement à Didier Reynders, aux Affaires étrangères. Et parce qu’il s’agit d’une modification de frontière, les chambres des deux pays devront se prononcer. "Sur le plan de secteur, tout est en réserve naturelle, relève Albert Stassen. La presqu’île gérée par le Département de la nature et des forêts (DNF) wallon a déjà été concédée à une association néerlandaise."

Et, de fait, le bout de la presqu’île se trouve dans la continuation d’une zone protégée par la fondation néerlandaise Het Limburgs Landschap et d’une zone de loisirs avec plages et bateaux de plaisance, durant l’été. "C’est un merveilleux endroit touristique, inattendu", souligne Marcel Neven, qui y est rarement allé durant sa vie, comme la plupart des habitants de la région.

Sur le fait que la Belgique va perdre quelques hectares, le commissaire d’arrondissement est de bon compte. "N’oubliez pas, dit-il, que la Belgique va récupérer un bandeau de terre près des écluses de Lanaye (à la jonction de la Meuse et du canal Albert, NdlR). Les Néerlandais participent à la construction de la nouvelle écluse à hauteur de plusieurs millions d’euros."

Les Pays-Bas financent, en effet, le projet de quatrième écluse à hauteur de 10 % du coût total (64,4 millions d’euros), le reste étant à charge de la Région wallonne.

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