Belgique

Les cigarettes bon marché cartonnent, le tabac à rouler aussi

BRUXELLES Parmi les mesures qui feront le plus mal au portefeuille, le gouvernement a décidé, dans le cadre du budget 2007, d'augmenter de manière sensible les accises sur le tabac. Pour un tiers de la population - la proportion de fumeurs en Belgique -, il s'agit évidemment d'un coup dur. Le prix du paquet de cigarettes subira - en principe (voir notre encadré) - une hausse de 20 cents, celui du tabac à rouler (50 grammes) de 40 cents.

Certains fabricants font grise mine. Ils considèrent en effet que cette mesure favorise les cigarettes bon marché, en ne comblant pas le différentiel avec les marques plus chères; alors que le tabac à rouler continue à bénéficier "d'un traitement de faveur inexplicable, à la fois sur le plan de la santé publique et en termes de rentrées fiscales". Tout, en fait, tient au régime - complexe - des accises appliquées à ces différents produits; système qu'il conviendrait, affirment les mécontents, "de simplifier et d'uniformiser dans les plus brefs délais, afin de mettre tout le monde sur un pied d'égalité". Et de noter que "les ministres prennent des décisions sans vraiment maîtriser les mécanismes fiscaux qui s'appliquent dans ce secteur très spécifique".

De fait, le marché du tabac connaît un chambardement spectaculaire depuis deux ou trois ans. Nous avons obtenu des données saisissantes éclairant ce bouleversement.

Les cigarettes bon marché. Elles représentaient 5% des ventes de clopes en 2002. Elles occupent aujour-d'hui (chiffres arrêtés en août 2006)... 21 % de parts de marché. Les cigarettes supérieures (4 € le paquet de 20) sont passées, dans le même temps, de 47 % à 39 %. Les cigarettes appartenant au segment moyen (4,80 € les 25) ont quant à elles régressé de 48 % à 40 %.

Exemplaire aussi, l'évolution entre 2005 et 2006 (projection), avec une perte de 600 millions d'unités vendues pour les clopes supérieures (5,7 à 5,1 milliards), idem pour les moyennes (5,6 à 5 milliards), avec tout bénéfice pour les bon marché, qui explosent de 900 millions d'unités (1,8 à 2,7 milliards). Cela étant, les recettes fiscales engendrées par les différents segments n'évoluent pas dans les mêmes proportions : ceci est dû, indique-t-on auprès des cigarettiers, au bénéfice proportionnellement plus faible engendré par les clopes pas chères.

Le tabac à rouler. On en fume quasiment autant, aujourd'hui, que de cigarettes classiques. Pour comparer ce qui est comparable, il faut recalculer la consommation de tabac de coupe comme s'il s'agissait d'une cigarette (1 clope = 0,75 gramme). Résultat : en 2002, le tabac à rouler représentait 44 % du marché (11,2 milliards de cigarettes contre 14,3 milliards pour les classiques). Son taux de pénétration est passé à 45 % en 2005 (10,9 milliards contre 13,3 milliards) et sera de... 48 % cette année, selon des projections réalisées par les cigarettiers (11,9 milliards contre 13 milliards).

Coté rentrées fiscales, même phénomène que pour les cigarettes bon marché : pas beaucoup de différences, proportionnellement, entre les clopes classiques et le tabac à rouler, malgré l'évolution du marché.

Les habitudes des fumeurs ont donc clairement changé. "Ils n'achètent plus juste une image comme par le passé, mais ils y regardent deux fois plutôt qu'une au prix", indique-t-on auprès d'un fabricant. Et il n'y a pas photo, c'est évident. Prenez les cigarettes dites supérieures : elles reviennent à 200 € les 1.000 unités. Or, la même quantité de tabac à rouler - pour le plus cher ! - coûte 55,50 €. Si on prend les clopes bon marché, le rapport s'établit à 160 € contre 44 €. On fume donc trois à quatre fois plus pour le même prix. Et ce ne sont pas les feuilles à rouler qui changent la donne...



© La Dernière Heure 2006