Belgique Choquée que les attentats soient commis au nom d’Allah, la majorité des musulmans du pays ne sait comment réagir.

"Comme toutes les religions monothéistes, l’islam condamne et rejette la violence. Il y a bien quelques passages dans le Coran qui parlent de guerre et de violence, mais il faut les remettre dans leur contexte historique. Il est insupportable de voir des individus commettre des attentats en invoquant l’islam" , explique vendredi midi Mohamed Galaye Ndiaye, de la grande Mosquée du Cinquantenaire. "Nous sommes tous les fils d’Adam et Eve" , confirme, en arabe, Abdelhadi Sewif, l’imam égyptien de cette mosquée.

Que les représentants de la mosquée du Cinquantenaire sortent de leur habituel mutisme pour inviter des journalistes est un fait assez exceptionnel pour être souligné. Cela montre que les attentats de Paris choquent plus que d’habitude au sein de la communauté musulmane. Et si certains croyants n’avaient pas caché, en janvier dernier, avoir du mal à être "Charlie" en raison du caractère jugé injurieux de certains des dessins de l’hebdomadaire français, les tueries du vendredi 13 novembre semblent avoir fait l’unanimité contre elles.

"Je connais des familles qui n’ont pas réussi à dormir de la nuit en apprenant que ces jeunes venaient de la commune. C’est horrible", explique Jamal Habbachich, le président du Conseil des Mosquées de Molenbeek. "Depuis vendredi, nous avons peur comme tout le monde. Ils ont attaqué des personnes simplement installées dans des bars. Cette semaine, j’ai d’ailleurs pris peur quand j’ai vu un sac abandonné dans la mosquée. Ces gens sont capables d’entrer des mosquées pour tuer. Ce ne sont pas de vrais musulmans", ajoute-t-il.

"On se pose énormément de questions sur les individus qui ont commis des attentats. Notre imam a répété ce vendredi aux fidèles qu’il ne s’agissait pas de musulmans. Où sont la religion et les valeurs de ces personnes horribles ? Ils se droguaient dans leur vie, puis finalement ils se sont donnés la mort en faisant couler du sang !", confirme Jamal Zahri, le président de la mosquée Arafat, située à Molenbeek.

Si la communauté musulmane ressent de la tristesse pour les victimes, la peur des amalgames et d’une montée de l’islamophobie est encore plus importante. "La majorité des musulmans est consciente qu’elle risque d’être reliée à ce qui s’est passé, et que la confiance s’est détériorée vis-à-vis des non-musulmans", indique Jamal Habbachich.

Si la communauté a condamné les attentats de Paris, le message ne semble pas toujours entendu par les non musulmans du pays, dont certains ont demandé aux fidèles de se démarquer avec davantage de force. L’inaudibilité du message tient notamment au fait que la communauté musulmane est extrêmement divisée. Sur les 300 mosquées du pays, 155 sont arabophones, 102 turcophones, une vingtaine sont pakistanaises et albanaises, tandis que les autres sont chiites ou d’Afrique subsaharienne. "Après les attentats de vendredi, j’ai été en contact avec deux ou trois mosquées, et seulement par téléphone. Tout le monde n’arrive pas à s’entendre", insiste le président du Conseil des Mosquées de Molenbeek.

Quant à l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), l’interlocuteur officiel reconnu par l’État belge, il est, comme toujours, très discret, restant ainsi injoignable par téléphone durant tout ce vendredi.


Une Mosquée du Cinquantenaire financée par l’Arabie Saoudite

© Thomas Julien

"Les gens qui ont commis ces attentats ne sont pas des musulmans. On devrait plutôt appeler leur organisation l’État terroriste plutôt que l’État islamique ! Les gens vont de nouveau faire des amalgames, et c’est aussi à cause des journalistes", explique vendredi Hassan, 47 ans, accompagné de Nassim, son fils de 13 ans, alors qu’il vient d’assister à la prière à la Mosquée du Cinquantenaire. Une heure plus tôt, les représentants de la mosquée avaient réuni la presse pour rappeler que l’islam était une religion de paix. Reste que les dignitaires de cette mosquée financée par l’Arabie Saoudite n’ont en revanche pas convaincu l’assemblée lorsqu’ils ont été interrogés sur leur ouverture envers la communauté de non-croyants. Venu tout droit d’Égypte, l’imam n’a pas su dire un seul mot en français. Interrogés sur les raisons qui font que la mosquée n’a jamais demandé à être reconnue par les autorités, les religieux n’ont pas caché que cela ne faisait pas partie de leurs projets.


"Parmi les victimes du Bataclan, il y avait aussi des musulmans"

Taoufik Amzile, p résident de l’Association Belge des Professionnels Musulmans (ABPM)

1. Pourquoi les musulmans ne sortent pas dans la rue pour condamner une bonne fois pour toute ces attentats ?

“ On a déjà condamné, depuis des années, de nombreux attentats terroristes. Il faut croire que les gens oublient vite. Dans ce cas-ci, les attentats
de vendredi ont de nouveau été condamnés avec force !”

2. Oui, mais pourquoi pas une manifestation ?

 On n’a pas à faire plus que les autres pour condamner ou alors cela voudrait dire que nous ne sommes pas des citoyens comme les autres, mais d’abord des musulmans. On l’oublie, mais parmi les victimes du Bataclan et également parmi
les policiers et les secouristes , il y avait des musulmans.”

3. Il ne faut rien faire alors ?

Je n’ai pas dit cela.  Avec d’autres citoyens musulmans, on a ainsi lancé cette semaine
le mouvement
#OnEstLà qui appelle les autorités à davantage considérer que les musulmans doivent plus être impliqués afin de lutter contre la haine et la radicalisation. Qu’on le veuille ou non, les musulmans feront partie de la solution.”