Belgique Selon des députés de l’opposition, les audits demandés à propos du remplacement des F-16 n’apportent que peu voire pas de réponse aux questions essentielles.

C’est hier que les membres de la commission Défense ont pu consulter les audits internes et externes commandés au sujet de ce qu’on a appelé le F-16 gate. Vendredi dernier, les députés n’avaient pu lire que les résumés de ces deux enquêtes, soit quelques pages qui disculpaient les hauts gradés de la force aérienne.

Ne communiquant pas les infos sur la prolongation de la durée de vie des F-16, ils n’ont pas commis de faute d’après ces audits, parce que ces infos n’étaient pas suffisamment pertinentes. Les résultats complets de ces audits sont donc consultables auprès des membres de la commission Défense mais sous un contrôle trop strict, selon les députés. "Nous avons pu y rentrer avec de quoi prendre des notes. Mais impossible d’emporter de quoi faire des copies des documents, comme un smartphone équipé d’un appareil photo par exemple. D’ailleurs, le rapport est exclusivement en néerlandais et se veut très technique et long, surtout que nous pouvons le consulter seulement durant deux jours, ce qui est beaucoup trop court. La consultation des audits se fait dans des conditions exécrables ", regrette Georges Dallemagne (CDH).

Ces conditions de consultation sont imposées pour des raisons de confidentialité de certains documents. "Le fait de devoir consulter ces documents dans une pièce secrète pose question démocratiquement. Il n’y a aucune raison que ces documents soient secrets car on parle ici de budget public et de sommes colossales ", tient à rappeler Benoît Hellings (Ecolo). Les deux enquêtes relatent notamment la chronologie de ces études, depuis un discours de clôture en 2016 de l’Aircraft Structural Integrity Program au Texas, où cette prolongation des F-16 est évoquée, jusqu’à une réunion au sein de la composante air de l’armée belge en mai 2017 où l’étude de Lockheed Martin est discutée.

Un lieutenant-colonel anonyme estime que les résultats peuvent avoir une influence sur la procédure de remplacement des avions de combat et doivent donc être communiqués au chef de la Défense et au ministre de la Défense. Son supérieur, le colonel Peter Letten, en charge du matériel volant, juge au contraire que ce n’est pas nécessaire. Les autres officiers supérieurs mis au courant, dont le chef de la composante air, le général, et le chef du programme de remplacement ne remettent pas en cause cette décision. Alors qu’il livre, selon les parlementaires, peu d’informations, l’audit réalisé par l’armée pointe tout de même du doigt le lieutenant-colonel X.

L’homme indique également qu’il serait frustré du poste qu’il occupe. Son audition, ce mercredi, devant les parlementaires de la commission Défense de la Chambre est très attendue, lui qui tient à donner sa vérité et sa version des faits. Et selon des députés de l’opposition, des pièces importantes du dossier ne sont pas communiquées au Parlement. "La légitimité de cet achat n’est pas assez argumentée. Or il se doit d’être précis et indiscutable au vu des investissements engagés et ce n’est pas le cas actuellement. Ce n’est pas une façon sérieuse d’exercer le contrôle parlementaire ", regrette Georges Dallemagne.

" La décision du ministre de la Défense s’est faite sur des informations partiellement tronquées vu qu’il n’était pas au courant de tout, et même si une information a été bloquée au niveau de la composante air comme l’indique l’audit, ça ne change pas le fond du problème : ce n’est pas aux militaires de décider quelles sont les informations dont doivent disposer les politiques. C’est aux politiques de prendre les décisions ", regrette Benoît Hellings (Ecolo). La consultation dans leur intégralité des deux rapports d’audit doit permettre aux députés de préparer une nouvelle réunion de la commission Défense ce mercredi, qui s’annonce électrique.