Belgique Elle se présente aux yeux de nombreux observateurs comme un cheval de Troie salafiste au cœur de Bruxelles.

Les documents Wikileaks médiatisés cette semaine (voir ci-contre) sont venus réveiller un vieux dossier, celui de la sulfureuse mais non moins influente mosquée du Cinquantenaire.

Cette vieille institution appelée également Grande Mosquée de Bruxelles abrite l’important Centre islamique et culturel de Belgique.

Le risque du salafisme

C’est en 1963 que ce Centre voit le jour, mais c’est en 1967 qu’un accord royal lui octroie le pavillon oriental dans le parc du Cinquantenaire.

À l’époque, en effet, les autorités belges sont déjà soucieuses de reconnaître le culte musulman et, en pleine crise du pétrole, décideront de reconnaître le Centre, financé par les autorités saoudiennes, comme principal interlocuteur.

Mosquée historique aux financements importants (notamment via la saoudienne Ligue islamique mondiale), elle se présente aux yeux de nombreux observateurs comme un cheval de Troie salafiste au cœur de Bruxelles. "Cette doctrine", précisait sur son blog en décembre dernier l’islamologue de l’UCL Felice Dassetto, "n’est pas dangereuse en soi, […] mais elle me semble proposer un enseignement de l’islam difficilement compatible avec l’habitation de musulmans dans le contexte européen. Et elle me semble même poser les prémices et constituer le terreau d’une radicalisation en aboutissant dans son fond au fait que l’islam est difficilement compatible avec des sociétés plurielles."

Une lutte d’influence

Ces inquiétudes, on les retrouve au sein de la communauté musulmane, même si la mosquée y garde une influence certaine. "Tous ceux qui la fréquentent ne sont pas extrémistes pour autant", tempère le journaliste indépendant Samir Ben El Caid qui admet que les accords commerciaux entre la Belgique et l’Arabie saoudite ont permis à l’institution de ne jamais être trop inquiétée. "Beaucoup de Belges s’y retrouvent simplement pour prier car c’est la plus grande mosquée, située qui plus est dans un cadre magnifique."

Profitant adroitement de sa situation, le Centre propose également une formation pour les imams, un appui pour les convertis, des cours d’arabe réputés, mais aussi, et surtout, un service de consultation religieuse. Tout qui le souhaite peut ainsi y soumettre des questions relatives à sa vie quotidienne afin de la confronter aux prescrits religieux du Centre.

Référence reconnue et pour certains inquiétante, le Centre continue donc à faire de l’ombre à l’autorité théologique de l’Exécutif des musulmans de Belgique, actuel organe représentatif du culte musulman.

Ce dernier, en quête d’une légitimité plus assurée, promet cependant d’ici à la fin de l’année de réorganiser son conseil des théologiens, peu actif pour l’instant, afin de se présenter lui aussi comme une référence apte à "contrer" le Cinquantenaire.

Il sera en cela soutenu par des imams marocains, car même à Rabat, l’influence saoudienne auprès des Belgo-Marocains inquiète les autorités.



Grâce à Wikileaks

Le 14 avril 2012, un Saoudien quittait discrètement la Belgique dans un avion d’Egyptair. Khalid Alabri, le directeur du Centre islamique et culturel de Belgique (CICB), venait d’être expulsé à la demande des autorités belges. La cause ? Ses prêches virulents, salafistes et antijuifs, à la grande mosquée du Cinquantenaire. Riyad accepta de rapatrier son concitoyen.

Cette histoire , l’opinion publique belge n’en aurait jamais rien su si Wikileaks n’avait publié en juin près de 61 000 câbles diplomatiques saoudiens. Certains concernent la Belgique. Le site Noterror.eu évoqua cette affaire Alabri en juillet, puis la RTBF a creusé l’information, diffusée mercredi.

Le CICB a été financé par l’Arabie saoudite et est considéré comme un vecteur de la diffusion du salafisme dans le pays. A noter que l’imam et le bibliothécaire de la mosquée ont été assassinés en 1989.