Belgique

Un retour inattendu au gouvernement wallon après 13 ans d'opposition et la conclusion d'un accord budgétaire et socio-économique au gouvernement fédéral. 

Les quelques jours écoulés ont été une semaine de rêve pour un MR qui est sorti de son isolement d'une manière inespérée. Le 5 juin 2014, lorsque le PS et le cdH, accompagnés de DéFI à Bruxelles, annoncent qu'ils entament des négociations dans les entités fédérées, le ciel tombe sur la tête des libéraux francophones. Charles Michel s'était fait fort de ramener son parti au pouvoir dans les Régions et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Craignant un accord conclu dans son dos au fédéral, Elio Di Rupo a précipité le jeu des alliances mais a condamné du même coup le MR à cinq années d'opposition de plus. Le coup est rude, la réaction l'est tout autant: le MR noue une alliance avec la N-VA, le CD&V et l'Open Vld. La coalition reçoit le surnom de "kamikaze" car le MR est le seul parti francophone face à trois partis flamands, dont une N-VA au faîte de sa gloire.

Les années qui passent se traduisent par un isolement profond du MR sur la scène politique. Au parlement fédéral, il fait penser à une citadelle assiégée par les autres partis francophones qui ne lui passent rien. Les relations avec les entités fédérées sont tendues, donnent lieu à des incidents réguliers qui débordent même de la scène nationale lorsque la Wallonie menace de bloquer le Ceta. Deux personnages sont alors mis souvent en opposition: le premier ministre Charles Michel et le ministre-président wallon Paul Magnette.

L'affaire Publifin et surtout celle du Samusocial bouleversent une situation que l'on pensait figée jusqu'aux élections de 2019. Redoutant d'être emporté par le PS dans sa chute, le président du cdH, Benoît Lutgen, appelle le 19 juin à un renouveau dans l'espace francophone et rompt 13 ans d'alliance avec les socialistes.

Ecolo et DéFI se font prier et déclinent finalement l'invitation. L'occasion est en revanche trop belle pour le MR. Après onze jours de négociation, un nouvelle majorité MR-cdH voit le jour en Wallonie. Le MR reçoit quatre portefeuilles ministériels, dont la ministre-présidence qu'exercera Willy Borsus. A la faveur d'une crise qu'ils n'ont pas provoquée, et qu'ils ont contribué à résoudre en partie, les libéraux renouent avec le pouvoir en Région wallonne 13 ans après en avoir été chassé. Certes, l'incertitude demeure sur les exécutifs bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles... mais le MR n'y est pour rien.

Quant au gouvernement fédéral, il semble sorti de sa période hivernale. Au mois d'octobre, les partenaires de la majorité n'ont pu s'accorder sur la réforme de l'impôt des sociétés, chère à la N-VA. Le CD&V a calé. Elle a joint au dossier la revendication d'une taxation des plus-values poussant les libéraux à réclamer une législation favorisant la mobilisation de l'épargne. Et, lors du discours de politique générale, le dossier Arco, cher au CD&V, est revenu sur le devant de la scène.

Les mois qui passent révèlent des relations tendues entre les trois partis flamands de la majorité à tel point que, face au blocage de certains dossier, le gouvernement fédéral est qualifié de gouvernement en affaires courantes. Le MR apparaît parfois comme l'arbitre de ses partenaires et le comptable de leurs divergences, voire de leurs disputes.

Quelques semaines d'un travail intense et discret ont permis au gouvernement fédéral de résoudre la quadrature du cercle entre les exigences des uns et des autres. A l'aube du 26 juillet, le premier ministre annonce un accord sur le budget et une série de réformes, quitte à repousser à nouveau le retour à l'équilibre budgétaire dont il faisait une priorité en 2014. Certains parlent d'un nouvel accord de gouvernement. Sa mise en oeuvre sera une tâche ardue mais, en attendant, l'équipe Michel semble avoir trouvé un nouveau souffle. Les commentaires dans la presse flamande sont élogieux. "De Standaard" va jusqu'à décerner au premier ministre le titre de "numero uno", le surnom d'un certain Guy Verhofstadt.