Belgique À Deux-Acren, entre tradition colonialiste et polémiques contre le racisme, les habitants ont choisi le divertissement

Ce samedi 15 septembre, le village Deux-Acren, dans l’entité de Lessines, ouvrira ses rues à la sortie des Nègres.

Le comité organisateur de la kermesse des Culants se défend de toute considération raciste dans cette appellation issue du patois local, E Nééke. Laurent Pevenage, membre du collectif, précise : "Il s’agit de représenter la libération du Congo durant les années 1960. On voit les Noirs sous dominance belge qui reprennent leur indépendance, sous l’œil éloigné du roi Baudouin."

Jacques Haegeman, secrétaire de la société Rue Culant, explique la constitution du cortège. "Le moami, chef de la tribu, accueille le roi belge. Ils symbolisent l’union belgo-congolaise et sont tirés par une jeep remplie de coloniaux. À la suite du convoi, il y a une vingtaine de danseurs, grimés en membres de la tribu. Ils s’agitent autour d’une charrette sur laquelle trône un chaudron où trempe un colon blanc. Cela simule la mise à mort de ce dernier. On est dans la dérision. Beaucoup d’enfants considèrent notre ducasse comme un carnaval. C’est une occasion pour se déguiser, se maquiller, avec divers événements, comme la sortie de la Musique des zincs ou celle des Nègres."

Laurent Pevenage va plus loin : "On veut montrer la réalité du comportement des Belges vis-à-vis des Noirs à l’époque, pour les jeunes générations. On veut rappeler que le Roi n’a pas eu une façon correcte de se comporter, et qu’on a aussi des choses à se reprocher."

Il dément toute représentation stigmatisante ou humiliante. "Ce sont juste des Noirs maquillés, avec des boucliers, autour d’un Blanc. Il n’y a pas de simulation de coups de fouet ou d’esclavage. Au contraire, c’est le Blanc qui est puni !" L’important, à ses yeux, est de véhiculer un esprit d’ouverture "vers l’ensemble des populations, catégories ou générations" à travers la ducasse. Le membre du comité envisage toutefois de mettre en place un discours explicatif avant le cortège, afin d’atteindre le but éducatif susmentionné. "On ne contrôle pas les gens, et c’est vrai que l’on pourrait mal interpréter ce folklore. Le cadrer est donc une bonne idée."

Jacques Haegeman insiste que la kermesse des Culants est un événement principalement divertissant pour les locaux. Le but est de perpétuer la tradition et non l"a polémique avec les personnes de couleur". "De toute façon, aujourd’hui, on veut donner des leçons, mais dans le monde, les dirigeants actuels ne sont pas plus blancs. Sans mauvais jeu de mots. Et j’ai oublié : on a aussi des gorilles, des singes… Mais j’espère que Gaïa ne nous attaquera pas (rires) . Parce que maintenant, on ne sait jamais !"

Un folklore belge attaché à la tradition

Les traditions belges peuvent être jugées problématiques par les afrodescendants. Tour d’horizon d’un folklore ancré dans la coutume.

Les Noirauds sont une activité philantropique bruxelloise datant de 1876. Costumés de couleurs vives, le visage noirci, ses membres font le tour des restaurants de la capitale pour récolter des fonds en faveur des enfants en difficultés.

Père Fouettard, compagnon de saint Nicolas, trouve ses origines au XVIIe et XIXe siècle. Le visage grimé de noir, habillé en page dans des tons criards, il menace de punir les enfants insolents.

Le Sauvage, de la ducasse d’Ath, est présent depuis le XIXe siècle et symbolise le personnage ramené de l’île légendaire de Gavatao. Vêtu et peint de noir, il vocifère depuis une barque, arborant un anneau dans le nez et un chapeau de plumes.

Les Basoulous rythment le carnaval de Basècles depuis les années 80. Ils se déguisent dans les tons noirs, ajoutant perruques et breloques, pour représenter "une tribu de sauvages venue d’une lointaine Afrique".

Le Magnon, diable noir et cornu d’Ath du XIXe, entoure la compagnie des Bleus, héritière de l’ancien serment militaire des canonniers-arquebusiers.