Belgique La destruction de la Tour Foraki, monument du patrimoine carolo, a commencé hier

MARCINELLE Jeudi matin. Une cinquantaine de personnes est rassemblée sur le site du Bois du Cazier. 10h30. La foule se tait. Le silence s'installe. Un bruit sourd. La Tour Foraky vient de recevoir le premier coup de sa mise à mort.

L'émotion se lit sur les visages. Les larmes perlent dans les yeux dans anciens mineurs et des riverains. Pour un instant, les descendants de mineurs survivants replongent en enfance, lorsque leurs parents leur racontaient l'histoire tragique du Bois du Cazier. Avec la destruction de la Tour Foraki, c'est tout un pan du patrimoine historique de Charleroi qui disparaît.

Du haut de ses 62 mètres, la Tour Foraki est visible à des kilomètres à la ronde. Les habitants de Marcinelle-Haies appréhendent le moment où elle disparaîtra définitivement de leur horizon: «Je suis profondément attaché à la tour. C'est un point de repère. Pour moi, comme pour beaucoup de riverains, c'est même le prolongement de notre jardin. C'est vraiment dommage de la démolir», confie M. Jacques. De nombreux riverains regrettent également de ne pas avoir été consultés sur le devenir de la Tour.


Consultées, les amicales des anciens mineurs, véritables mémoires vivantes de la catastrophe qui s'est jouée au Bois du Cazier le 8 août 1956, ne se sont pas opposées à la démolition de la tour Foraki. Lors du drame, le bâtiment n'avait pas encore été érigé. Seul le puits Foraki existait. C'est d'ailleurs en sortant par ce puits que trois mineurs ont pu survivre à tragédie. Dans l'avenir, un cône de plusieurs mètres de diamètre en marquera l'entrée. Dans la dernière phase des travaux, les promoteurs du site prévoient également la construction d'une passerelle surplombant le puits.

Pour Jean-Louis Delaet, le directeur du Bois du Cazier, la réhabilitation de la tour était tout simplement «inconcevable» car beaucoup trop coûteuse. «Aucun investisseur sérieux n'était prêt à mettre de l'argent dans l'assainissement et la sécurisation de la tour», explique-t-il. «Elle représentait plutôt un obstacle pour le développement du site. La seule solution pour que le site du Cazier continue à se développer comme lieu de mémoire et de recueillement, c'était de la détruire. Maintenant, le verrou est levé et les trois prochaines phases de travaux peuvent avoir lieu», précise-t-il. L'ancienne recette et les deux châssis à molettes devraient être réhabilités pour le 8 août 2006, soit pour le cinquantième anniversaire de la catastrophe.

© La Dernière Heure 2004