Belgique

Personne n’a oublié l’annonce du décès inopiné, le 31 juillet 1993, de celui qui régna sur la Belgique pendant 42 ans. Souvenirs.

Il est de ces instants pas comme les autres qui s’inscrivent dans les mémoires. La mort du Roi Baudouin, victime d’un arrêt cardiaque dans la soirée du 31 juillet alors qu’il séjournait dans sa villa de Motril en Espagne, en est, incontestablement. Les journalistes qui étaient déjà dans nos rédactions racontent encore ces heures particulières avec force détails. ”La voiture était rangée dans le garage et les valises étaient déjà dans le coffre. Nous avions mis le réveil. Nos deux fils piaffaient d’impatience. Nous étions montés nous coucher assez tôt pour affronter notre voyage le plus frais possible” , se souvient un collègue qui renonça bien sûr à son projet. ”L’événement reste un grand moment de journalisme qui se prolongea plus d’une semaine durant.”

Dans les familles aussi, ces jours-là restent vivaces. “Maman est venue nous réveiller. Elle pleurait. Cela m’a fait un choc car c’était la première fois que je voyais pleurer ma mère” , témoigne Marie-Madeleine. Et Julien : “Nous étions en vacances en famille dans un camping en France. Comme toujours, la radio fonctionne. Ma mère se fige et je comprends qu’un événement important vient de se produire. Le Roi est mort. Beaucoup de voisins campeurs rejoignaient les vacanciers belges pour leur témoigner leur solidarité.”

À quelques jours de la date anniversaire, nous offrons à quelques personnalités publiques l’occasion de faire un saut vingt-cinq ans en arrière. Elles parlent de surprise, d’émotion, d’amour…


Gabriel Ringlet, prêtre, théologien,professeur émérite de journalisme à l’UCL - Etre éloigné m’était insupportable

Je me trouvais dans le sud de la France. A travers les journaux français et les journaux télévisés, je voyais ce qui se passait: la foule qui se rassemblait, les défilés. Je sentais que tout un pays se préparait à célébrer la mort de Baudouin. C’était la première fois de ma vie que j’avais le sentiment d’être exclu d’une célébration publique. Vivre de loin toute cette émotion qui s’emparait d’un pays, c’était difficile. Cela m’était insupportable. Je me suis surpris à être dans cet état-là. J’ai interrompu mes vacances pour être ici le jour des funérailles. Je ne suis pas allé à la cathédrale mais j’étais rentré en Belgique.


Edouard Vermeulen, créateur de la maison Natan et couturier attitré de diverses familles royales européennes - Le silence de 100 personnes

Nous avions une réunion de famille dans un jardin pour les 50 ans de mariage de mon oncle et ma tante. Quand on a appris la mort du roi Baudouin, tout le monde était sous le choc. Mon frère a pris la parole pour lancer une minute de silence en mémoire du défunt. Nous étions cent personnes à table. C’était vraiment un moment émouvant, parce que la famille étant royaliste, il y a eu un moment de recueillement avant le discours pour les 50 ans de mariage de mon oncle et de ma tante.

Ce moment m’a marqué car le roi Baudouin m’a toujours énormément impressionné. Je suis né en 1957 et j’ai en quelque sorte grandi avec lui. Un jour, j’ai eu l’occasion de le rencontrer à Laeken. Il était d’une sérénité, d’une dignité, d’un charisme et d’une gentillesse incroyables.


Gérald Watelet, couturier, cuisinier et animateur télé - Le sentiment d’être Belge

J’étais en vacances dans les Hamptons aux USA. Le soir, je suis allé dîner chez des amis, et me suis retrouvé assis entre deux dames. Ma voisine de droite, très prévenante, me dit : “Quelle tristesse, votre roi est mort.” Étonné, je lui réponds : “Pas du tout, il en vacances en Espagne avec son épouse.” Elle a insisté. En rentrant, le décalage horaire le permettant, j’ai contacté mes parents qui m’ont confirmé la triste nouvelle.

Sentiment bizarre d’un homme parti bien trop vite et qui nous laissait un peu orphelins, nous les Belges. Je n’ai pas pu suivre ses obsèques. Une amie avait enregistré la cérémonie et c’est avec beaucoup de tristesse, les larmes aux yeux, que je l’ai suivie en vidéo, si humble et grandiose à la fois. J’avais le sentiment d’être BELGE !


Stéphane Rosenblatt, ex-directeur Général de la Télévision RTL Belgium S.A. - L’impact profond de ce décès sur l’inconscient collectif national

Ce fut un ascenseur émotionnel tant personnel que professionnel. Personnel, car je venais d’arriver le soir même dans le sud de la France pour une première nuit de vacances en famille avec mon premier enfant âgé alors de 2 ans. Professionnel, car je venais d’être nommé Directeur de la Rédaction et Rédacteur en chef des journaux de RTL TVI, fonction occupée jusque-là par Eddy De Wilde dont je devais prendre la relève en septembre. Comme première expérience à distance, de gestion du journal, je ne suis pas près de l’oublier. La rédaction s’est parfaitement débrouillée cette nuit-là sous la direction de Luc Herinckx et Philippe Malherbe. Eddy De Wilde et moi-même, nous nous sommes retrouvés le lendemain matin dans un Sabena Nice-Bruxelles, dont la moitié des sièges étaient occupés par des journalistes belges sommés d’écourter leurs vacances.La mort du Roi Baudouin fut bel et bien un choc. S’ensuivit la découverte parfois incrédule de l’impact profond de ce décès sur l’inconscient collectif national belge qui nous a tous pris de court par son ampleur.


Jean-Pierre Jacqmin, directeur Information et Sports Rtbf - C’est par quelques notes de mozart qu’ils se sont dit : “quelque chose de grave s’est produit.”

Premier août 1993. 1H00 du matin. Fin d’une soirée entre collègues que nous avions passée à l’élaboration d’un reportage de l’un d’entre nous en partance vers la Bosnie en guerre. J’écoute le flash de France Inter. Il se termine par une brève au conditionnel, je cite de mémoire : “EFE, l’agence espagnole de presse, indique que le Roi des Belges serait décédé dans la soirée.”

Journaliste attaché à l’info-radio RTBF, je plonge sur mon téléphone et appelle le chef de rédaction Pierre Couchard. Il est déjà au courant. On se retrouve avant 2H00 à la rédaction pour convenir de la couverture. Le patron de l’info Pierre Delrock est présent, il a été informé par le Palais. La RTBF à ce moment-là n’a pas de rendez d’information durant la nuit. Le web n’existe pas, les téléphones portables non plus.

Nous battons vaille que vaille le rappel des équipes pour assurer un flash d’information vers 4H00 ce matin-là, instaurer une programmation musicale dite “de circonstances” sur l’ensemble des programmes de la RTBF. Pour de nombreux auditeurs qui brancheront leur radio ce matin-là, c’est par quelques notes de Mozart qu’ils se sont dit : “Quelque chose de grave s’est produit.”

Pendant ce temps-là, afin d’assurer nos missions d’information, ce sera le branle-bas de combat à Francorchamps. Au cours de la nuit, les cars de captation quittent les uns après les autres le grand prix de Francorchamps pour rejoindre la Place Royale. Des journalistes tentent dare-dare de trouver des places dans des avions pour le Sud de l’Espagne.
Et les premières questions se posent déjà, au moment où l’aube pointe : qui va monter sur le trône ? Philippe, tel que certains ont cru comprendre dans les messages implicites du Roi défunt ou bien son frère Albert, premier dans l’ordre de succession du Trône ? On traque déjà les premières interviews, on cherche déjà à savoir la suite, alors que le pays découvre seulement la mort de celui qui a maintenu sa cohésion pendant presque un demi-siècle. Cette question-là aussi surgit déjà alors que la dépouille du Roi repose toujours à Motril, et que les premiers Belges en larmes rejoignent les grilles du Palais, devant les objectifs et les micros de nos premiers reporters sur place.

Nous allons y rester 7 jours et nuits. Et depuis lors, la RTBF diffuse de l’information 24 heures sur 24.


Francis Delpérée, député fédéral (CDH) - Réveillé au milieu de la nuit

Je suis réveillé au milieu de la nuit du 1 er août par un coup de téléphone. “Ici Kathryn Brahy, le roi est mort.” C’est une ancienne étudiante et une journaliste de talent. Je ne méprends pas sur la portée du message.

“Que va-t-il désormais se passer ?” A sa grande surprise, j’explique tout de go le déroulement des opérations telles qu’elles sont prévues par la Constitution et la pratique.

“Pouvez-vous passer en studio pour répéter cela ?” Aussitôt dit, aussitôt fait. La Constitution à la main, je rejoins le studio de RTL.

À 8 heures, je suis à la RTBF pour le même exercice. À chaque fois, la même question : “Albert ou Philippe ?” A tout un chacun, je rappelle l’ordre de succession : “Albert et, s’il devait renoncer, Philippe.” Les commentaires vont se succéder durant toute la journée. Un va-et-vient ininterrompu, d’un plateau à l’autre.

Je ne peux masquer une certaine émotion. J’avais revu Baudouin à la fin juin. J’avais entendu son discours du 21 juillet. C’est une page de l’histoire de Belgique qui se tourne.


Céline Frémault, Ministre régionale bruxelloise de l’Environnement (CDH) - Le temps était suspendu

Quand j’ai appris le décès du Roi Baudouin, j’étais une jeune cheftaine Guides chez les Ardentes St Michel à peine rentrée du grand camp d’été. J’ai proposé de pouvoir apporter une aide concrète aux milliers de citoyens qui faisaient la file devant le Palais afin de saluer la dépouille du Souverain.

J’ai accompagné ainsi des personnes à mobilité réduite, distribué des bouteilles d’eau,… C’était un moment très particulier, le temps était suspendu. Surtout quand la Reine Fabiola est venue saluer la foule…


Catherine Fonck, chef de groupe CDH au parlement fédéral - Ces moments partagés

Quand j’ai appris la mort du roi Baudouin, j’étais tout juste diplômée en médecine et je venais d’être engagée dans un hôpital. Je devais commencer le surlendemain de la mort du Roi. J’ai été très marquée par l’impact de ce décès sur mes patients. Tous, quels qu’ils soient, avaient besoin d’en parler. Cet événement les touchait très personnellement. C’était très impressionnant. Quelle ferveur! J’ai le souvenir de ces moments partagés avec mes patients.

Je garde également en mémoire les images des files incroyables devant le palais royal pour rendre un dernier hommage au roi Baudouin, preuve de l’attachement des Belges.


Laurette Onkelinx, Présidente du PS bruxellois - Notre relation avait mal commencé

Quand j’ai appris la mort du Roi Baudouin, j’étais en vacances au Maroc. La nouvelle a été pour moi un véritable choc. J’avais tissé une relation un peu particulière
avec le Roi Baudouin. Cela avait mal commencé.
En effet, lorsqu’il a refusé de signer la loi dépénalisant l’avortement, j’avais été très sévère à son égard lors de mon intervention
devant les chambres réunies. Je me souviens que la première fois qu’il m’a invitée, c’était à Laeken après ma désignation comme ministre de l’Intégration sociale. Il m’avait dit : “Ah je suis très content que vous soyez Ministre, on va pouvoir un peu parler tous les deux.” Et effectivement, on a beaucoup parlé, notamment de tout ce qui avait trait à la pauvreté et aux enfants, thèmes qui nous étaient chers. En la matière, il connaissait ses dossiers sur le bout des ongles. C’est lui aussi qui, la première fois, m’a envoyé chez un ostéopathe, me voyant souffrir du dos. C’était un habitué. Bien sûr j’ai pris le premier avion, et avec tous mes collègues, j’ai accueilli la dépouille. Je vois encore la Reine Fabiola, dans une dignité extraordinaire, tout en blanc, qui consolait les uns et les autres. Et quelle émotion populaire ! J’ai en tête cette image de foule devant le Palais royal pour lui rendre hommage.


Olivier Maingain, président de DéFI - Le chauffeur, ému aux larmes

Quand j’ai appris la mort du Roi Baudouin, j’étais en vacances en France, en Charente-Maritime. Je me suis mis en rapport avec le président du parti, Georges Clerfayt, pour l’hommage à rendre au Roi défunt. J’ai pris mes dispositions pour rentrer au plus tôt. J’ai dû prendre un vol à Bordeaux pour m’assurer d’être présent pour la prestation du Roi Albert II car il n’y avait plus aucune possibilité de réserver une place dans un train. Là où j’étais, mes interlocuteurs, dont le maire de la localité, Monsieur Dominique Bussereau, futur ministre de la République, m’interrogeait pour connaître le fonctionnement des institutions belges et la manière dont la succession était constitutionnellement prévue. En arrivant à Bruxelles, j’ai pris la mesure de l’ampleur de l’émotion populaire dont la presse française faisait état. Le chauffeur de taxi qui me ramenait à la maison était ému aux larmes. Le long règne du Roi Baudouin avait ancré dans les esprits de nombreux Belges son rôle de protecteur de la nation.


Sophie Wilmès, Ministre fédérale du Budget (MR) - La nouvelle m’a stupéfaite

Quand j’ai appris la mort du roi Baudouin, j’avais 18 ans. Je me souviens à quel point la nouvelle m’a stupéfaite, et pour cause. J’avais toujours connu le roi Baudouin. C’était une figure emblématique.

Pour moi comme pour beaucoup de jeunes à l’époque, il y avait le sentiment que son règne ne pouvait pas s’arrêter puisque nous étions nés avec lui. En grandissant, on perçoit mieux l’homme sous la couronne. Il n’en reste pas moins que le roi Baudouin demeure un personnage marquant de l’histoire de notre pays.


François Bellot, Ministre fédéral de la Mobilité (MR) - L’émotion dans notre région

J’étais à l’étranger, en séjour dans le sud de la France. Quand nous avons appris la nouvelle, nous avons décidé d’écourter nos vacances et de rentrer en Belgique. Le roi Baudouin, très familier de la ville de Rochefort avec le château de Ciergnon tout proche, était très fréquemment sur place et rencontrait souvent, en toute simplicité et avec grande écoute, de nombreux habitants.

Nous avions fait connaissance chez une dame qui s’était occupée de lui durant son séjour au château de Ciergnon pendant la seconde guerre mondiale. Je me rappelle de plusieurs rencontres au cours desquelles il m’interrogeait beaucoup sur les nouvelles techniques de construction de pont comme les ponts haubanés. Et puis il y avait aussi ses présences régulières à l’office religieux du dimanche, à l’abbaye trappiste de Rochefort, où il saluait tout simplement et chaleureusement les participants à la sortie de la messe.

Son décès inopiné a beaucoup ému les habitants de notre région car nombreux sont ceux qui avaient un proche qui travaillait à la donation royale sachant que le Roi était très attentif à chacun de ces travailleurs.


Anne Barzin, chef de groupe MR au Sénat - J’ai eu du mal à y croire

Je me rappelle très bien de cette journée. J’ai appris le décès du roi Baudouin en écoutant la radio le matin. Comme beaucoup de Belges, j’ai eu du mal à y croire car il était encore jeune et on l’avait vu lors de son discours à l’occasion de la fête nationale quelques jours auparavant.

C’était le jour où nous partions en vacances en famille en Suisse et nous avons passé la journée sur la route. Ensuite, j’ai suivi là-bas les journaux télévisés et émissions spéciales qui lui ont été consacrées.

J’avais été très impressionnée en voyant les images montrant les Belges venus en si grand nombre rendre hommage au Roi et assister à ses funérailles.


Louis Tobback, Ministre de l’intérieur en 1993 (sp.a) - Dehaene était parti au foot

J‘étais en train de préparer mes valises et de trier les derniers papiers sur mon bureau avant de partir en vacances lorsque le téléphone a sonné, tard dans la soirée. J’ai immédiatement reconnu la voix particulière de Jacques van Yperzele, le chef de cabinet du Roi. À l’époque, les portables n’existaient pas. On avait juste un brol dans la voiture ministérielle. Mais le Premier ministre Jean-Luc Dehaene était parti au foot ce soir-là avec la voiture de sa fille. Ce qui explique que j’aie été contacté le premier. J’ai été fortement surpris car j’avais encore rencontré le souverain quelques jours auparavant. En quelques heures, on a convoqué tous ceux qui pouvaient l’être, on a tenu réunion à minuit au 16 pour prendre les décisions qui s’imposaient. Jean-Luc Dehaene, joint entretemps, s’est envolé dans un avion privé (car rien d’autre n’était disponible), à destination de Grasse d’abord (pour consulter l’alors prince Albert) puis de l’Espagne.


Pierre-Yves Jeholet, Vice-Président du Gouvernement wallon Ministre de l’Economie - Indestructible

J’étais encore journaliste à Radio Ciel à l’époque et je venais tout juste d’épouser Hélène, ma femme, le 3 juillet. Le 31 juillet, nous étions en vacances au Lac de Serre-Ponçon dans les Hautes Alpes, je me souviens d’avoir été très choqué d’apprendre le décès, on le pensait indestructible...


Jacques Brotchi, Sénateur - Une histoire de confiance

J'étais en vacances lorsque j'ai appris, avec beaucoup de tristesse, le décès inopiné du Roi Baudouin. J'avais eu l'honneur de le rencontrer une première fois en 1986 : j'avais opéré le Président Chadli Bendjedid, chef de l'Etat algérien, et le Roi Baudouin ainsi que la Reine Fabiola lui avaient rendu visite durant son hospitalisation dans mon service, à Erasme. J'ai, par la suite, eu l'occasion de le revoir à plusieurs reprises et ai toujours été très touché par la confiance qu'il me témoignait


Boris Dilliès (MR), bourgmestre d'Uccle - Un souvenir marquant

Quand j'ai appris la mort du Roi Baudouin, j’avais 20 ans et j’étais à une fête d’été avec des amis. A l’annonce, tout s’est brusquement arrêté. Nous n’en revenions pas et nous sommes immédiatement rendus devant le palais. Nous avions besoin de nous retrouver avec d’autres pour nous consoler de l’impensable. A titre personnel, j’avais justement eu l’occasion de voir le Roi Baudouin peu de temps avant, lors d’une visite privée qu’il avait rendu à mon grand-père maternel, qui fût l’un de ses proches collaborateurs. Son souvenir était donc d’autant plus marquant.


Mark Eyskens, Premier Ministre (CD&V) d'avril à septembre 1981 - Inconcevable

Le soir du décès du roi Baudouin, j’étais allé me coucher de bonne heure pour une fois. Vers minuit la sonnerie du téléphone retentit dans notre chambre à coucher. Les appels téléphoniques nocturnes sont toujours un peu angoissants car ils n’apportent pas souvent de bonnes nouvelles. Je décrochai et un journaliste me dit de manière assez désinvolte : "Monsieur Eyskens, le roi est mort ! On voudrait avoir votre réaction !" Je n’eus pas d’emblée conscience de la portée de la question. Je ne pouvais m’imaginer en aucun cas que le roi Baudouin venait de mourir. La nouvelle m’anéantit et je demandai au journaliste de me retéléphoner plus tard. Le décès du roi Baudouin me paraîssait inconcevable et en plus inacceptable. A peine quelques semaines auparavant, j’avais encore déjeuné avec le roi et les membres du conseil d’administration de la fondation Francqui à la fondation universitaire. Comme ministre et premier ministre je voyais régulièrement le souverain. J’avais eu l’occasion d’accompagner le roi Baudouin et la reine Fabiola lors d’inoubliables voyages à l’étranger. Le couple royal avait à plusieurs reprises rendu visite à mes parents dans leur domicile Louvaniste, quand j’étais encore jeune assistant à l’université. Le roi Baudouin était pour moi dès ma jeunesse beaucoup plus que le souverain.


Gaëtan Van Goidsenhoven, député MR - Stupeur

Ce fut un coup de fil de mon grand-père - colonel en retraite et fort ému pour l'occasion – qui m'apprit la nouvelle de la mort du Roi Baudouin. Cette journée ordinaire de vacances à la campagne se transforma en longues heures d'incrédulité et de stupeur à écouter sans fin les informations sur un mauvais poste de télévision.


David Clarinval, chef du groupe MR à la Chambre - Une cérémonie avec le Patro

J'avais à peine 17 ans lorsque j'ai appris le décès du Roi Baudouin. Nous étions en plein camp d'été avec le Patro, dans la région de Chimay. Nous n'avions à l'époque que très peu de contact avec le monde extérieur, puisque les GSM et encore moins les réseaux sociaux n'existaient alors. Les animateurs nous ont appris la triste nouvelle, qui nous a tous surpris, et avons organisé une cérémonie en sa mémoire afin de partager ce moment de deuil national. Nous avions toujours vécu avec ce souverain, il faisait en quelque sorte partie de la famille, l'émotion était grande car il était très apprécié.


Alain Courtois (MR), Premier Echevin de la Ville de Bruxelles - Des connaissances sportives

J'ai appris la mort du Roi Baudouin quand un ami m'a téléphoné pour me prévenir. Comme Secrétaire général de la Fédération belge de football, j’ai souvent été reçu, en compagnie des Diables rouges au Palais, et le Roi Baudouin avait toujours une grande connaissance des choses sportives. Il faisait, pour ainsi dire, partie de notre vie quotidienne. Comme beaucoup de Belges, je suis allé déposer une rose aux grilles du Palais royal et, quelques jours plus tard, j'ai fait partie de la foule pour saluer sa dépouille.


Vincent De Wolf (MR), député bruxellois et bourgmestre d'Etterbeek - Abasourdi

Lorsque j'ai appris la nouvelle du décès du Roi Baudouin le 31 juillet, j'ai été peiné, choqué et abasourdi. J'avais eu l'honneur et le plaisir de l'accueillir personnellement quelques jours auparavant pour le 21 juillet à l'occasion de la fête nationale.


Alain Destexhe, Sénateur et député bruxellois (MR) - Je n'avais connu que lui comme roi

Quand le Roi Baudouin est mort, j'étais à Siem Reap, au Cambodge. J'étais le Secrétaire général de Médecin Sans Frontière – International, et je visitais l'équipe qui était en mission dans ce qui était, à l'époque, un gros village situé tout près des ruines d'Angkor. Un site qui n'était alors pas visitable, la région n'étant pas encore tout à fait sûre et les ruines étant encore recouvertes par la jungle.

J'ai été très touché par son décès car, étant né en 1958, je n'avais connu que lui comme roi. Mais ce n'est qu'à mon retour en Belgique, quelques jours plus tard, que j'ai véritablement compris l'émotion collective qui avait saisi le peuple belge. En effet, il y a vingt-cinq ans, il n'y avait pas Internet comme aujourd'hui et on ne pouvait pas, de l'étranger, percevoir les grandes émotions populaires comme lors de la mort du roi Baudouin ou comme lors de la récente Coupe du Monde de football.


Olivier de Clippele, Député au Parlement régional bruxellois - Une intention de prière à la messe

La nouvelle s’est répandue lentement dans le village de Lichtaart où je résidais dans ma belle-famille ; c’était la consternation car personne ne l’avait vu malade. Une intention de prière fut faite à la messe dominicale et beaucoup l’ont appris à ce moment précis.


Christophe Verbist, directeur du Centre d’études Jacques Georgin - Son image s’effaçait

Je venais juste de finir mes études (droit et un diplôme en communication) et j’étais au Portugal en vacances. J’ai appris la mort du Roi à la télévision portugaise le soir, et je me souviens d’une image où le souverain était photographié assez jeune avec des personnalités officielles et, à la fin du reportage, son image s’effaçait. J’ai regardé comme bon nombre de Belges les funérailles à la télévision. Je me souviens de cette foule immense attendant devant les portes du Palais Royal pour rendre un dernier hommage.

Mon père était assez ému durant la cérémonie, il a toujours été animé d’un sentiment patriotique beaucoup plus affirmé que moi. Durant son service militaire en 1961, il avait été victime d’une très grave chute avec une fracture du crâne et une hémorragie méningée et, pendant son long séjour à l’hôpital, il avait reçu une gigantesque corbeille de fruits de la part de Baudouin et Fabiola (la corbeille est toujours chez mes parents). Je suis convaincu qu’un lien filial fort liait les Belges au roi Baudouin, selon moi plus profond qu’avec les souverains suivants et, surtout, il y avait chez lui une forme de bienveillance et de générosité, assez sincère je crois.


Marc Ysaye, directeur Classic 21 - Consternation sur le circuit

Nous étions avec une bonne partie de l’équipe à Francorchamps dans le cadre des 24 heures. Nous nous apprêtions à commencer une soirée dans un chapiteau bondé au moment où il nous a semblé qu’il se passait quelque chose de grave. Nous avons appris le décès du Roi. Nous n’avons pas joué un seul morceau mais il était moins une. Puis la course s’est arrêtée et la consternation s’est emparée du paddock mais également de l’ensemble du circuit et des spectateurs. Il a régné une très grande émotion. On s’est rendu compte que finalement on l’aimait bien ce Roi-là.