Belgique L’ami MR de Sarkozy aurait tenté d’influencer le ministre de la Justice.

L’ancien président du Sénat et ancien ministre Armand De Decker (MR) aurait bien joué un rôle central dans l’affaire de corruption, qualifiée de Kazakhgate et liée au milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev, rapportaient ce week-end Le Soir et le site d’information français Mediapart, qui ont eu accès à des pièces des procédures judiciaires belge et française relatives à ce dossier.

Selon ces procès-verbaux, Armand De Decker est intervenu, le 20 février 2011, auprès du ministre de la Justice de l’époque, Stefaan De Clerck (CD&V), à son domicile de Courtrai, puis, le 22, auprès de membres de son cabinet, en compagnie de Me Catherine Degoul, l’avocate française de Chodiev. Cette démarche intervenait quelques jours après le renvoie de M. Chodiev devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.

Selon les documents en possession des deux médias, Me De Decker et sa consœur auraient plaidé en faveur de l’homme d’affaires.

L’ex-président du Sénat se serait présenté comme "l’avocat de l’Elysée", occupé alors par Nicolas Sarkozy. Pour rappel, le président de la République française de l’époque négociait l’achat d’hélicoptères par le Kazahstan, dont le président, Nursultan Nazarbaiëv, était un ami intime de M. Chodiev.

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Selon Le Canard enchaîné, M. Nazarbaiëv aurait accepté de négocier ce contrat si l’on aidait M. Chodiev à se sortir du guêpier judiciaire dans lequel il se trouvait en Belgique à la suite de son inculpation, dans le cadre du dossier Tractebel, pour faux, usage de faux, blanchiment et association de malfaiteurs.

Deux jours après la visite de M. De Decker, qui nie toute implication, au cabinet du ministre de la Justice, une proposition de loi visant à élargir le champ d’application de la transaction financière en matière pénale était déposée.

Par ailleurs, Armand De Decker aurait perçu plus de 740.000 euros d’honoraires pour 350 heures déclarées comme prestations d’avocat auprès de M. Chodiev, prestations qu’aucune pièce de procédure judiciaire ne confirmerait.

M. De Decker, qui se dit "écœuré" par le traitement dont il fait l’objet, affirme n’être à aucun moment intervenu dans l’élaboration de la loi, "prioritairement conçue par le Collège des procureurs généraux". Il ajoute que la rédaction du texte était en voie d’achèvement au moment où il est intervenu, "exclusivement en sa qualité d’avocat, aux côtés de deux autres avocats bruxellois et d’une avocate française".

Les révélations du Soir semblent, en tout cas, confirmer que l’entourage de Nicolas Sarkozy a pris contact avec Armand De Decker pour que celui-ci fasse accélérer le vote, très controversé (voir ci-contre), de la loi sur la transaction pénale.

De Decker convoqué au MR le 16 novembre

Suite aux nouvelles accusations portées contre Armand De Decker dans le "Kazakhgate", l’ex-président du Sénat va devoir s’expliquer devant le conseil de conciliation et d’arbitrage du MR. Il s’agit d’un organe interne au parti qui tranche les questions déontologiques impliquant des mandataires et militants. Cette entrevue est fixée au 16 novembre prochain, à 10 h 30, au siège du parti libéral (avenue de la Toison d’Or). Le MR va-t-il exiger un pas de côté de la part du bourgmestre d’Uccle ? Non. Ou pas tout de suite, en tout cas. Au MR, on veut laisser la justice poursuivre son travail, selon la formule consacrée.