Belgique La pression se fait de plus en plus forte sur les 500 000 navetteurs qui, chaque jour, entrent dans Bruxelles par la route. Si des péages urbains comme à Londres semblent complexes à mettre en place, un projet pilote vient d’être lancé par les trois Régions du Royaume : il s’agit de tester un système de taxation au kilomètre parcouru pour les voitures dans la zone suburbaine autour de Bruxelles. Si l’expérience est concluante, les conducteurs paieront aussi en fonction des horaires d’utilisation du réseau routier : ce sera plus cher pendant les heures de pointe, évidemment.

Quoi qu’il en soit, les conclusions du projet pilote ne seront connues que dans un an et l’instauration ou non de ce système sera renvoyée aux futures majorités régionales mises en place après les élections de 2014. Toutefois, le projet fait déjà bondir l’opposition MR du côté wallon qui, dans La Libre Belgique, démolit l’éventuel futur modèle de taxation des navetteurs. "Je ne suis pas du tout favorable à un péage quel qu’il soit pour entrer Bruxelles. À mes yeux, on fait ici le premier pas vers une nouvelle taxe qui va frapper les innombrables navetteurs wallons", dénonce Willy Borsus, le chef de groupe libéral au Parlement wallon.

Bâton parafiscal

Pour le MR, ce projet est d’autant plus imbuvable que l’offre de transport en commun permettant aux navetteurs de laisser leur voiture au garage et d’opter pour le transport public est insuffisante. "On nous parle de cette taxe au kilomètre alors qu’il n’y a pas d’alternative évidente… On manie juste le bâton parafiscal mais sans avoir le RER, sans avoir un vrai réseau de parkings près des gares wallonnes, sans avoir un vrai maillage de transports en commun pour atteindre Bruxelles ! Il faut d’abord renforcer l’offre publique vers Bruxelles avec des transports qui ne seraient pas hyperbondés et qui seraient raisonnablement à l’heure et disponibles à une fréquence correcte. Des transports qui ne tomberaient pas systématiquement en panne à la moindre contrainte technique ou climatique…"

Non, décidément, les libéraux n’aiment pas beaucoup cette taxe au kilomètre et Willy Borsus demande que l’on active au contraire l’instauration d’une vignette routière généralisée : "C’est quand même étonnant de voir que les Régions vont mener cette expérience pilote alors que la priorité pour la Wallonie devrait d’abord être la mise en place du prélèvement kilométrique pour les camions qui est reporté à 2015-2016 et l’instauration d’une vignette routière pour les véhicules légers. À ce niveau, on est quasi nulle part… Ces deux projets permettraient pourtant la rémunération de la Région pour l’utilisation de son réseau."

Vive la vignette !

Pourquoi opter pour une vignette qui toucherait tout le monde plutôt qu’une taxe pour entrer dans Bruxelles ? "La vignette repose sur un principe de neutralité entre les utilisateurs et est équilibrée. Les usagers étrangers paieraient comme les Belges doivent payer pour utiliser le réseau en France ou en Suisse par exemple. Mais on est vraiment nulle part…. Et voilà qu’on lance ce projet pilote qui ne correspond pas du tout à ce qui avait été annoncé !".

Du côté bruxellois, Joris Poschet, le porte-parole de la ministre régionale des Transports, Brigitte Grouwels (CD&V), nuance quelque peu : "Pour la taxe au kilomètre pour les voitures, il y avait bien un accord entre les 3 Régions depuis 2011 pour mener un projet pilote. Actuellement, on a désigné un consortium pour mener l’expérience. On aura les conclusions dans un an : on saura si le système est une bonne idée ou non, s’il n’y a pas de mauvaise surprise, etc. Mais la question sera de toute manière renvoyée aux prochaines majorités régionales qui trancheront. Je pense que ce système est appelé à remplacer la vignette pour les véhicules légers si le test se révèle concluant."

En effet, note le porte-parole, on ne peut pas imaginer deux systèmes de taxation différents qui cohabiteraient pour les voitures… L’un général pour toute la Belgique (la vignette), l’autre taxant uniquement l’entrée dans Bruxelles.