Belgique Le nombre d’étudiants belges touchant le revenu d’intégration sociale du CPAS est passé, entre 2002 et 2016, de 3.654 à 27.133.

Le nombre d’étudiants vivant en Belgique grâce au revenu d’intégration sociale (RIS) délivré par un CPAS est passé, entre 2002 et 2016, de 3.654 à 27.133, soit un chiffre multiplié par 7,4 en l’espace de 15 ans. Une hausse qui a pris une tournure encore plus importante ces deux dernières années et qui témoigne de la précarisation croissante de la population, indique le président du CPAS de Saint-Gilles, Jean Spinette (PS).

En 2002, le nombre d’étudiants touchant le RIS était respectivement de 615, 847 et 2.192 à Bruxelles, en Flandre et en Wallonie. En 2016, 8.263 étudiants bruxellois vivaient grâce à l’aide d’un CPAS, pour 5.400 et 13.470 au Nord et au Sud du pays. "Nous constatons que le nombre de jeunes percevant le RIS augmente depuis plusieurs années. Le même constat vaut pour le nombre de jeunes qui étudient avec l’aide du CPAS. C’est interpellant. C’est pour cette raison que j’ai demandé à mes services d’investiguer quant aux causes, afin de prendre les mesures adéquates pour réduire ce nombre. C’est dans ce contexte que je souhaite mettre en place un PIIS étudiant réellement orienté vers l’emploi. Je donnerai encore cet été des consignes aux CPAS pour aller dans ce sens", indique, de son côté, le ministre de l’Intégration sociale Willy Borsus (MR), dont le cabinet a transmis les chiffres.

Pour le socialiste Jean Spinette, à la tête du CPAS de Saint-Gilles, la cause est toute trouvée : il s’agit de la pauvreté croissante touchant principalement la Région bruxelloise et la Wallonie. "Cette hausse, on la remarque très clairement sur le terrain. La raison principale est la paupérisation d’une partie de la population. J’ai aussi l’impression, même si c’est difficile à vérifier, qu’il est plus difficile qu’avant de trouver un job étudiant. Même si le phénomène m’inquiète, je me réjouis que les CPAS puissent remplir leur mission qui est d’assurer l’équité pour tous sur le marché de l’emploi", explique l’élu bruxellois.

Reste que l’évolution des chiffres du RIS étudiant témoigne également d'importantes disparités en termes de paupérisation entre les trois régions du pays. Alors que le nombre d’étudiants concernés explose littéralement en Région bruxelloise, les chiffres sont presque moitié moins importants en Flandre, alors que la population y est pourtant… six fois supérieure ! De manière générale, le décrochage économique des francophones par rapport à la Flandre s’accentue. Bruxelles et Wallonie totalisaient, en 2016, 81 % des RIS étudiants, pour seulement 77 % en 2002.

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Les critères d’accès aux allocations d’étude considérés comme trop sévères

La Fédération des étudiants francophones (FEF), la Ligue des familles et le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) ont demandé conjointement, en février dernier, au ministre francophone de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), d’apporter des aménagements urgents à la réforme du système d’allocations d’étude, essentiel pour les étudiants issus de familles modestes. En cause : des critères d’accès qui seraient parfois trop sévères, et donc pénaliseraient injustement certaines familles précarisées. " Une famille monoparentale est, avec cette réforme, désormais pénalisée parce qu’elle touche une pension alimentaire. Idem avec l’aide au handicap. C’est complètement aberrant" , s’était ainsi indignée, à l’époque, la Ligue des familles. Depuis lors, le ministre socialiste a présenté un nouveau projet de décret visant à assouplir certains des critères d’accès. En raison de la crise politique entre le CDH et le PS, le dossier est désormais mis en stand-by.